Madame Fourneyron a présenté à la presse l'audit qu'elle a fait réaliser sur la situation financière de la ville. Sur le principe d'un diagnostic extérieur, rien à dire. En revanche, sur la méthode, sur le fond comme sur l'interprétation des données, il y a beaucoup à dire !
La méthode est franchement orientée :
- présentation à la presse avant toute information des élus
- aucun caractère contradictoire de l'audit
- comparaison limitée à 5 villes (pourquoi elles alors qu'il existe 37 villes de plus de 100 000 habitants ?)
- prospective n'intégrant que les dépenses et non les recettes attendues de la modernisation de la ville.
Sur la situation financière, aucun élément nouveau :
Par rapport à la Chambre régionale des comptes dont les observations ont été communiquées au conseil municipal en novembre dernier et par rapport au compte administratif 2007 qui sera soumis aux élus en juillet prochain, l'audit ne fait que confirmer les indicateurs suivants :
- "niveau de recettes de fonctionnement supérieur à la moyenne de l'échantillon"
- "potentiel financier par habitant plutôt plus élevé"
- "effort fiscal en dessous de la strate des communes" de 100 Ã 300 000 habitants
- dépenses de fonctionnement d'un "poids plus conséquent"
- "effort d'investissement soutenu" ces dernières années
- "fléchissement limité" de l'épargne brute.
Ce constat est parfaitement en phase avec les résultats du dernier compte administratif qui précise que le
ratio d'endettement (10,7 ans) est "largement en-dessous du seuil d'alerte communément admis (15 ans). Tous ces points sont vérifiables, le rapport de la CRC, l'audit financier comme le compte administratif doivent être communiqués à tout contribuable qui le demande. Comment passe-t-on d'une appréciation aussi convergente, venant de 3 sources différentes à la description "catastrophique" que le Maire croit pouvoir faire ? La réponse est on ne peut plus simple : le projet présenté par la nouvelle équipe ne tient aucun compte des
dépenses récurrentes (maintenance) et des
engagement pris par l'équipe précédente, de 2001 à 2008 : GPV, opérations d'urbanisme (Luciline, Rouen Innovation Santé), grands équipements (médiathèque, Auberge de jeunesse), contrat de partenariat (éclairage feux tricolores, gestion du quartier piéton et de la circulation). Ce cumul représente environ
150 M € sur les années à venir.
Or les seules mesures nouvelles contenues dans les "100 projets" de Rouen motivée s'élèvent à plus de
200 M €. Comment assumer désormais des promesses impossibles à tenir ? Cette découverte tardive explique mais ne le justifie pas le stress du Maire, dans les mâchoires d'un étau que sa démagogie a créé. Il est alors plus commode d'accuser son prédécesseur que d'avouer son imprévoyance antérieure.
Sur la prétendue absence de transparence : les engagements antérieurs ont tous été assortis d'une présentation au conseil municipal et d'un vote. Un exemple parmi d'autres : les opérations d'aménagement ont fait l'objet chaque année d'un bilan prévisionnel (dépenses-recettes-participation de la ville). Dois-je rappeler que ces bilans ont été quasiment tous approuvés par la minorité socialiste dans laquelle siégeaient de nombreux élus d'aujourd'hui ? Ont-ils la mémoire courte ? ils peuvent la rafraîchir en consultant les PV ou les enregistrements des conseils successifs. Je mets au défi quiconque de trouver un seul des engagements en question qui n'ait été formellement présenté et débattu ! Dans ces conditions, parler de "dissimulation" est totalement abusif.
Le développement de la ville : les dépenses d'investissement engagées par mon équipe n'ont qu'un but : moderniser la ville, la rendre plus attractive, lui donner les moyens de préparer son
avenir. Elles produiront des
recettes supplémentaires (taxe d'habitation, taxe foncière, droits de mutation, sans parler de la taxe professionnelle perçue par l'agglomération). Cela donnera donc des marges pour les années à venir. Or cet aspect n'est nullement évoqué par le consultant, ce qui rend sa prospective partielle, sinon partiale. Tous ceux qui investissent (ménages, entreprises, collectivités) savent que, dans un premier temps, on dépense et que, dans un second temps, on recueille les fruits. Une ville ne s'aménage pas en un seul mandat. L'histoire de Rouen ne s'arrête ni ne commence en 2008.
Le scénario le plus probable : après l'indignation (réelle ou feinte) de Madame Fourneyron, on peut imaginer ce que seront les prochaines décisions municipales :
- forte contraction des objectifs du GPV
- appel à des concours de la région et du département pour certains équipements (la médiathèque, par exemple) ou à la prise en charge d'opérations par l'agglomération (Rouen-Innovation-Santé)
très probable hausse de la fiscalité en 2009, contrairement aux promesses faites imprudemment
- abandon ou report de nombreux aspects des "100 projets" : qui parle encore sérieusement des Jeux Olympiques de la jeunesse, par exemple ?
Dans l'ensemble, ce sont les ambitions de la ville qui seront ainsi réduites. Au moment où l'on évoque le développement du "Grand Paris" ou la réunification de la Normandie, je crains que Rouen ne rate encore l'occasion de devenir une véritable métropole régionale.