Blog de Pierre Albertini

mercredi 11 septembre 2013

Les conditions de la confiance : ultime priorité, un discours lucide et courageux



Si la compétitivité, l'emploi et la formation constituent les axes prioritaires d'un redressement économique et moral du pays, d'autres sujets taraudent l'opinion publique. Au premier chef, la montée des inégalités : en matière de revenus, de retraite , de santé ou de logement, les écarts se creusent entre les mieux pourvus et les plus vulnérables. Parmi ceux-ci, on retrouve souvent les jeunes auxquels notre pays ne fait pas vraiment la place qu'ils méritent. Ainsi cohabitent plusieurs mondes entre lesquels les points de rencontre, au moins dans les villes, sont de plus en plus rares. Même ceux qui ne sont pas aujourd'hui menacés craignent pour leur avenir et se demandent, sans raison immédiate, s'ils n'iront pas demain rejoindre le flot des précaires. L'insécurité et l'immigration qui frappent d'ailleurs les plus défavorisés de nos concitoyens alimentent aussi l'inquiétude collective, de manière sournoise et irrationnelle. Personne ne croit plus les statistiques (tronquées) avancées par les gouvernements successifs.

Sur tous ces aspects, ce qui est en cause, c'est l'avenir des générations futures, c'est notre modèle républicain, un art de vivre aussi, bref une certaine identité de la France et de l'Europe (il ne faut pas avoir peur du mot, même s'il a été employé à mauvais escient récemment). Au sentiment d'insécurité (sociale, physique), on ne peut répondre que par une parole présidentielle lucide et courageuse, identifiant les causes, et les difficultés rencontrées, mais surtout ne renvoyant pas aux calendes grecques l'amélioration espérée. Que demandent nos concitoyens ? Que ceux qui ne respectent pas les règles essentielles du vivre ensemble soient poursuivis et punis, que les flux migratoires soient régulés et non subis, que cesse la concentration des plus défavorisés dans des ghettos ingérables.

Le président se grandirait à tenir un discours ferme et réaliste sur tous ces aspects plutôt qu'à se réfugier derrière des principes, souvent foulés aux pieds. Ainsi, en matière de justice, le débat actuel est bien trop caricatural. Personnellement, je suis favorable à des solutions alternatives à la prison pour les délits mineurs mais cette réponse n'est pas à la hauteur du véritable enjeu qui est d'abord de faire exécuter les jugements et les peines (de toutes natures) qui sont prononcées. On ne résout pas les problèmes graves que nous rencontrons à coup de principes, on ne les résoudra que par une action politique cohérente et de longue haleine. Est-ce au-dessus de nos forces ? Je ne le crois pas, à condition de le vouloir ensemble.

mardi 3 septembre 2013

Les conditions de la confiance : la formation



L'investissement dans la formation des générations à venir est la clé de l'adaptation de nos sociétés aux défis du monde. Or la performance de notre école ne cesse de se dégrader. Elle n'est plus, aujourd'hui, ni le creuset de notre unité républicaine, ni l'outil de promotion qu'elle a été. Elle ne parvient pas à inculquer les valeurs essentielles du "vivre ensemble" et reproduit les inégalités sociales plus qu'elle ne les corrige. Ne cédons pas pour autant à la démagogie facile : l'école ne peut, à elle seule, résoudre tous les maux de la société. En ce sens, c'est bien d'une crise politique que nous souffrons d'abord (individualisme excessif, culte de l'argent, perte des repères, creusement des inégalités).

La solution n'est pas, quoi qu'en disent les syndicats d'enseignants, dans l'affectation prioritaire de moyens supplémentaires. Elle réside dans la formulation d'un nouveau pacte entre la société et l'école pour en préciser les missions respectives. Cela suppose d'investir clairement les enseignants d'une noble mission et de restaurer l'autorité du savoir et des maîtres. Non pas l'autorité ancienne qui a vécu (les coups de règle et les bonnets d'âne), mais un respect absolu de ce que représente l'institution. A charge pour celle-ci d'être tout à la fois plus accueillante, plus dynamique et plus diversifiée dans les méthodes et les parcours. Le point clé est, non le collège comme on l'a dit souvent, c'est l'école primaire, là où se joue l'acquisition des fondamentaux (connaissances de base et apprentissage de la vie en commun). La qualité de la formation des maîtres (y compris leur soif d'enseigner) et la conception des programmes sont des conditions essentielles de la réussite dont profiteront tout naturellement les collégiens.

Quant à la formation professionnelle, elle mérite d'être entièrement refondue. Les 30 milliards d'euros (et un peu plus) qu'elle mobilise ne profitent pas à ceux qui en ont le plus besoin (les demandeurs d'emploi, les jeunes, le personnel des entreprises menacées). Doit-on confier encore longtemps la gestion (inefficace) de ces fonds aux partenaires sociaux ?

mercredi 21 août 2013

Les conditions de la confiance : compétitivité et emploi



Jusqu'ici, la politique conduite n'a guère été marquée par la cohérence : les aspects négatifs (hausse répétée d'impôts, emplois aidés) l'ont emporté, et de loin, sur les aspects positifs (création du crédit d'impôt emploi-compétitivité). Quant à la signature de l'Accord National Interprofessionnel, désormais validé par la loi, et à la Banque d'investissement public, elles ne produiront d'effets qu'à moyen et long terme.

Les deux aspects majeurs pour développer la compétitivité et donc l'emploi dans notre pays sont, à mon sens, les suivants : d'abord, une visibilité et une stabilité des règles, fiscales, sociales, nécessaires aux chefs d'entreprise pour se projeter dans l'avenir et investir. Après les 15 premiers mois de présidence socialiste, rien n'autorise à dire aujourd'hui que cette condition sera satisfaite. Ensuite, un allégement des charges sociales qui pèsent indûment sur le travail (comme c'était le cas lorsque la France connaissait le plein emploi). La solution raisonnable est le transfert partiel de ces charges, sur l'assiette la plus large des revenus. François Hollande, candidat, avait annoncé une grande réforme fiscale que François Hollande, Président, s'est empressé d'oublier !

On ajoutera enfin que l'Etat devrait investir, plus qu'il ne le fait, dans les filières et les technologies d'avenir. Or, empêtré dans des dépenses de gestion qu'il n'a pas maîtrisées, il n'y consacre que des sommes insignifiantes par rapport aux pays plus dynamiques. Sur ce point, la responsabilité est partagée entre tous les Gouvernements successifs, de droite comme de gauche. Mais est-ce une raison pour ne pas entreprendre les réformes de structure indispensables ?

lundi 29 juillet 2013

Les conditions de la confiance : deux ou trois priorités simples



Le désarroi français remonte aux années 1980. Il touche la gauche comme la droite, aucune couche de la société, aucune classe d'âge n'est épargnée. L'ampleur et la persistance de ce moral au plus bas imposent de concentrer l'action publique sur quelques axes forts, à l'opposé de l'actuelle dispersion des moyens, au fil des opportunités et des circonstances, qui aggrave le mal au lieu de le traiter.

Priorité n° 1 : la compétitivité et l'emploi. Dans l'environnement concurrentiel qui nous entoure, seules l'innovation, la qualité des produits et des services contribueront au redressement de notre économie, par la création de richesses et de nouveaux postes de travail. Cet effort s'impose d'autant plus que nous avons abandonné des pans entiers de notre production et que l'investissement des entreprises est insuffisant. Paradoxalement, notre productivité individuelle est bonne, mais la quantité de travail fournie n'est plus à la hauteur des besoins.
Priorité n° 2 : la formation (initiale et continue). Les performances de notre école se dégradent régulièrement. Or, la qualité de la formation conditionne notre créativité, notre capacité d'adaptation, donc notre avenircollectif. Tout (ou presque) se passe ici dans les premières années : le socle des connaissances doit donc faire l'objet d'une stricte évaluation, avant l'entrée au collège. C'est le seul moyen efficace de lutter contre l'échec qui, chaque année, concerne environ 150 000 jeunes. Quel formidable gâchis individuel et social ! L'éducatlon nationale suppose de la constance, de l'autorité et un suivi personnalisé des élèves. Tout le contraire de la démagogie ambiante.
Priorité n° 3: un discours lucide, courageux qui n'élude pas les problèmes les plus sensibles (inégalités, insécurité et même immigration). C'est parce que les choses sont difficiles qu'il faut les entreprendre, disait déjà Sénèque. Si l'on veut une nation unie, solidaire, fière sans arrogance de son histoire, de sa culture et de son art de vivre, on ne saurait différer l'application de ce sage conseil.

lundi 22 juillet 2013

Les conditions de la confiance : la parole présidentielle



La France est identifiée aujourd'hui comme l'un des pays les plus pessimistes du monde. Son moral collectif est au plus bas, depuis les années 1980 où la rupture s'est produite. Ainsi, à la question : "Les Français sont-ils heureux ?", les 3/4 d'entre eux répondent négativement. Pourtant, à la question posée, individuellement "Et e nation a besoin vous êtes-vous heureux ?", ils répondent positivement, dans la même proportion. Ce paradoxe ne s'explique que par une perte régulière de confiance dans le destin collectif du pays. Peur du déclassement, pour eux ou pour leurs enfants, perception d'une perte d'influence politique et économique, crainte d'une dilution des valeurs, les sociologues ont bien décrit cette montée des incertitudes qui affaiblit le socle du "vivre ensemble".

Mais alors, pourquoi parler d'abord de la parole présidentielle ? Parce qu'une nation aussi diverse que la nôtre a besoin de se retrouver autour de quelques lignes directrices, d'un cap que doivent fixer ses dirigeants. Leur parole, seule, ne suffit pas à dénouer la crise, mais elle peut aider à reprendre confiance peu à peu dans un avenir aujourd'hui assombri. Pour cela, elle doit, à mon sens, respecter deux principes élémentaires : le premier est la rareté, le second la cohérence. Depuis mai 2012, le discours du Président satisfait-il à ces deux exigences ? A l'évidence, non. Sa prise de parole est quasi quotidienne, elle intervient sur des registres très divers, ce qui ne fait que la banaliser. Il suffit pour s'en convaincre d'égrener ses interventions depuis une dizaine de jours : à l'entretien du 14 juillet (plutôt réussi dans la forme) succèdent une présence sur le Tour de France, la visite immédiate à Brétigny-sur-Orge côtoie un commentaire sur l'otage français assassiné, une visite à Jacques Chirac et une ballade sur le marché de Tulle prennent place après un dîner "informel" avec une centaine de journalistes accrédités auprès de la présidence, sans oublier la condamnation des violences urbaines de Trappes. Cette communication échevelée brouille le message, affaiblit le maigre crédit accordé aujourd'hui aux hommes politiques.

Plus grave encore : cette gesticulation désordonnée rythme une parole présidentielle qui sème le doute parmi ses soutiens et renforce l'hostilité de ses adversaires. Comment peut-on, successivement, louer les réformes entreprises par G. Schroeder, laisser ses ministres s'en prendre à la Commission européenne et à M. Barroso, célébrer devant des patrons l'esprit d'entreprise et annoncer, à mots à peine couverts, une nouvelle hausse d'impôts en 2014, rendre hommage à notre armée et au succès de l'opération au Mali et la soumettre aussitôt à de nouvelles restrictions restrictions budgétaires ? Il faut choisir. "On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment", écrivait le Cardinal de Retz. Cette conception de l'action politique est, pour moi, révolue. Un homme d'Etat doit donner sa vision de la France et de l'Europe, tenir un discours cohérent, parler un langage de vérité.

M. Hollande, encore un effort ! Personne ne vous tiendra rigueur de vous être trompé si vous nous parlez résolument de l'avenir.

dimanche 14 juillet 2013

FĂŞte nationale : les conditions de la confiance



Dans un numéro récent de Marianne, Jacques Julliard signe un édito, intitulé "En avant la France". Regrettant que notre pays soit le champion du pessimisme et des imprécations, il en appelle à un sursaut : selon lui, "le déclin actuel de la France ne repose pas sur des causes matérielles insurmontables" mais plutôt sur l'absence d'une "volonté commune au-dessus des intérêts particuliers". Il conclut donc logiquement : "s'il le veut, ce pays peut inverser la courbe de son destin".

Cette analyse me paraît fondée. Rien ne condamne irrésistiblement la France à la récession économique, ni son potentiel géographique, ni sa démographie, ni ses ressources humaines, ni ses capitaux relativement abondants. La question centrale est bien celle que pose Jacques Julliard, celle de la confiance dans l'avenir. A quelles conditions, celle-ci peut-elle être restaurée ? Je vous propose, dans les prochaines semaines, de les explorer avec vous.

jeudi 4 juillet 2013

La France, patrie des droits de l'homme ?



Si j'en crois Le Monde, la France aurait refusé, par la voix du ministre de l'Intérieur, d'accorder l'asile politique au lanceur d'alerte Edward Snowden. Ce dernier se serait adressé à 21 pays dont le nôtre. J'ai honte. J'espère que sa demande sera honorée par une autre démocratie.

samedi 29 juin 2013

La perte des repères : le recul des connaissances en histoire-géo



On vient de publier les résultats d'une enquête sur les connaissances, en histoire et en géographie, des collégiens français. 5 000 ont été testés comme ils l'avaient déjà été en 2006. La comparaison est édifiante : le recul est général. Le nombre des très bons élèves dans ces disciplines diminue, celui des plus mauvais augmente. A peine la moitié des collégiens sont capables de répondre correctement à une question sur deux. On ne pourra pas incriminer ici le caractère international, donc inadapté, de l'enquête comme on le fait régulièrement, celle-ci est en effet purement française !

Inutile de chercher des explications savantes dans la pédagogie, les programmes, ou je ne sais quoi encore. Il faut nommer simplement les choses. Le recul des connaissances en histoire-géo traduit une perte des repères, dans le temps et dans l'espace. D'où venons-nous, que recevons-nous en héritage ? En quoi sommes-nous, à la fois, citoyens de notre pays, de l'Europe et du monde, quelle solidarité géographique nous unit aux autres peuples ? La conscience d'être un maillon de la chaine des générations, un élément infiniment petit de l'univers s'érode peu à peu. Elle est remplacée par une culture du temps présent, de l'instant, des plaisirs immédiats. Ce sont les "valeurs" et les signes de la réussite que véhicule aujourd'hui notre société de consommation et de gaspillage. C'est aussi la logique d'internet qui rend accessible immédiatement une masse d'informations, sans les hiérarchiser ni les relativiser. Qu'importe ce qu'ont fait avant nous les poilus des tranchées, les mineurs de fond ou les soldats de l'an II, tout cela a disparu corps et biens dans un passé révolu ! A quoi bon étudier les mouvements de population, les inégalités de richesses du monde, les paysages naturels, tout cela est si loin de nous et ne concerne pas notre vie quotidienne ?

Prenons garde aux effets de ce laisser-aller : si l'on veille pas à l'acquisition, au sein de l'école, d'un socle commun de connaissances, on préparera l'avènement, non d'une société ordonnée et solidaire, mais d'une collection d'individus déboussolés entre lesquels les inégalités seront de plus en plus accusées.

vendredi 21 juin 2013

Le pari risqué de François Hollande

Depuis un an, le Président de la République répète à qui veut l'entendre (c'est-à-dire à une petite minorité de nos concitoyens) que la courbe du chômage s'inversera à la fin de cette année. Au moment où le chômage atteint un niveau record, qui peut souhaiter qu'il se trompe ? Evidemment personne. Pourtant, il y a comme un doute entourant cette affirmation qui prend l'allure d'un leitmotiv. Essayons d'y voir clair, le plus objectivement possible.
Sur quoi peut compter F. Hollande avant décembre 2013 ? sur un léger frémissement de la production industrielle, une microscopique amélioration de la marge des entreprises, un petit rebond de nos exportations. Ce n'est pas suffisant pour alimenter la croissance qui restera nulle (ou proche de 0, en 2013). Le coup de pouce qu'il espère est ailleurs : la montée en puissance des contrats d'avenir (un tiers seulement a été signé), des contrats de génération et une amélioration de l'offre de formation faite aux demandeurs d'emploi (qui fera sortir des statistiques les bénéficiaires).
En revanche, il existe plusieurs facteurs contraires. La consommation des ménages stagne car, faute de confiance dans l'avenir, les Français préfèrent épargner, les plans de licenciement se poursuivent à un rythme élevé (l'INSEE prévoit une perte de 114 000 emplois sur toute l'année), les investissements des entreprises sont insuffisants. Au mieux donc, la courbe du chômage se stabilisera à la fin de l'année. C'est sans doute ce que le Président appelait une "inversion de la courbe". J'écrirais plutôt une stabilisation. En 2014, les perspectives devraient être meilleures. Et le chômage finira par baisser dans notre pays. Depuis le premier choc pétrolier de 73-75, cela représentera 40 ans de chômage persistant, à un niveau élevé, donc plus d'une génération sacrifiée ! Je ne laisserai jamais dire qu'en France, en ce domaine, "on a tout tenté".

jeudi 13 juin 2013

Big Brother



Comme il y a dix ans, avec le réseau Echelon, les révélations sur le programme américain PRISM posent à nouveau la question de l'équilibre à trouver entre liberté et sécurité. Jusqu'où peut aller la lutte contre le terrorisme, sans porter atteinte à nos libertés de penser, d'aller et venir ? C'est aussi toute la question des limites et de la protection de la sphère privée qui est en jeu. Ce débat concerne chacun de nous, il faut l'aborder sans naïveté ou candeur.
Dans le cyberespace, la masse de données stockées est considérable. Selon IBM, on collecterait, chaque jour, 2,5 quintillions de bytes de données nouvelles (I quintillion, c'est 10 puissance 30). Les sources de ces données sont les messages, les clics sur les sites, les contenus des réseaux sociaux (Facebook, Twitter), les paiements électroniques, les relevés de téléphone mobile, les utilisations de transport, les statistiques économiques etc, etc. Or, ces "données sont rangées dans un dispositif numérique connecté à Internet. Elles peuvent donc être traitées et croisées entre elles" (La condition numérique, Grasset 2013).
En outre, ces données ont une valeur commerciale qui augmente avec le volume des informations collectées. Enfin, il semble qu'il soit aujourd'hui moins coûteux de stocker ces données que de les effacer ! Voilà pourquoi, ce débat, par ses aspects juridiques et techniques, nous concerne tous.

vendredi 7 juin 2013

La décentralisation vire au cauchemar



Annoncé comme un fait marquant du quinquennat, le nouvel acte de décentralisation ne cesse de perdre en contenu et de gagner en confusion et en reculade. Pilotée par Mme Lebranchu, le projet -qui affichait au départ une certaine ambition, à défaut d'une grande clarté- a d'abord été scindé en plusieurs textes. Il a donc perdu en visibilité avant même d'être discuté. Ce saucissonnage était déjà un premier aveu d'échec. Mais, en matière de déconfiture, ce n'était encore rien. Le Sénat vient de mettre en pièce le dispositif imaginé par le Gouvernement : il a rétabli la clause générale de compétence au profit de chaque catégorie de collectivité (commune, département, région) et, au contraire, vidé de son contenu la "gouvernance territoriale" destinée à mettre un peu de cohérence dans les choix des élus locaux. Bien plus, il a adopté la création d'une métropole à Lyon et à Marseille mais repoussé celle de Paris. Comprenne qui voudra !

La vérité est que le projet concocté par Mme Lebranchu était à la fois médiocre et complexe. Mais, à cette insuffisance initiale s'ajoutent la fronde des grands élus socialistes et le caractère conservateur du Sénat, en matière d'administration locale : ce dernier n'est plus tout à fait le représentant du "seigle et de la châtaigne" mais il reste étroitement marqué par son collège électoral. Ce qui rend toute réforme des collectivités locales plus difficile au Palais du Luxembourg. A ce rythme, la simplification du millefeuille, la recherche d'économies et d'efficacité ne sont pas près d'aboutir. C'est d'autant plus paradoxal que la majorité du Sénat est de gauche, depuis septembre 2011. Ces blocages montrent encore une fois que la société civile évolue beaucoup plus vite que notre appareil administratif, au main des hauts fonctionnaires et des notables.

vendredi 24 mai 2013

Deux fers au feu



On s'est interrogé, depuis un an, sur la capacité du Président de la République à décider. On sait maintenant de quoi il retourne. Comme il l'a déclaré lui-même, lors de sa conférence de presse, il prend souvent des décisions. On ne peut donc plus lui adresser le reproche d'être indécis, hésitant. Flamby n'est plus Flamby, il s'est métamorphosé en Président actif. Ses collaborateurs et amis politiques disent même qu'il a une forte propension à décider seul, dans le silence de son bureau. Qu'on se le dise : la petite lumière qui en éclaire les fenêtres jusque tard le soir est bien le signe incontestable d'une réflexion et d'un travail solitaires.

Le problème ne se situe donc pas là où j'avais cru, comme beaucoup d'autres, le déceler. François Hollande décide chaque jour. Il n'est pas paralysé par l'angoisse de devoir trancher, dans un sens ou dans un autre. Non. Le véritable problème est qu'il a décidé d'alterner des décisions d'inspiration contraire pour satisfaire, en même temps, des courants politiques différents. Quelques exemples récents illustrent ce parti pris. Ainsi, François Hollande est capable, à quelques jours d'intervalle, d'affirmer qu'il est un président socialiste puis de faire, en Allemagne, l'éloge de la politique sociale-libérale de Schroeder. Il engage l'Europe dans une lutte contre la fraude fiscale et renonce, le lendemain, au plafonnement de la rémunération des chefs d'entreprise, avant de confirmer que la taxation à 75 % des revenus annuels supérieurs à 1million d'euros reste d'actualité. En politique internationale, il annonce, de concert avec les britanniques, qu'il faut armer les rebelles syriens puis, quelques semaines plus tard, abandonne cet objectif en rase campagne. Il présente l'intervention militaire au Mali comme faisant aimer la France dans toute l'Afrique mais s'engage, peu après, dans une réduction de 24 000 hommes du format des armées. Scrutez bien les décisions qu'il prend, pour donner des gages aux uns et aux autres. C'est la clé de son attitude depuis un an : un coup à droite, un coup à gauche, savant dosage d'un politicien aguerri. Mais dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner que l'opinion publique, déboussolée, ne suive pas. Cette godille permanente n'est pas le meilleur moyen de lui redonner confiance.

Une nouvelle loi sur l'enseignement supérieur et la recherche : des intentions aux actes

Le Gouvernement soumet au Parlement l'examen d'un projet de loi sur l'ESR, concocté par les services de Geneviève Fioraso. Ce sera la 7e loi sur le sujet en cinquante ans. Quels que soient les buts poursuivis -ils sont louables- cette démarche illustre avant tout un mal français, profond, auquel on succombe une fois encore

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lundi 13 mai 2013

Le conseil constitutionnel et la loi sur le mariage homosexuel



Saisi par les groupes parlementaires UMP et UDI, le Conseil constitutionnel va se prononcer prochainement sur la conformité à la Constitution de la loi sur le mariage de personnes de même sexe. Sans avoir eu accès aux mémoires présentés et à la réponse du Gouvernement, on peut cependant tenter d'imaginer quelle sera la réponse des Sages. Sur le principe même de l'ouverture du mariage aux homosexuels, le Conseil ne censurera probablement pas la loi votée par le Parlement. Dans sa jurisprudence, il a en effet toujours tenu à préciser qu'il ne disposait pas d'un pouvoir d'appréciation de même nature que le législateur. C'est à ce dernier de décider de l'opportunité et du contenu des lois nouvelles. Il n'appartient au Conseil que de vérifier leur conformité à l'ensemble des dispositions et des principes de valeur constitutionnelle. Or l'argument invoqué par les parlementaires d'opposition est que le mariage entre personnes de même sexe contredirait un "principe fondamental reconnu par les lois de la République" : le mariage réservé à un homme et à une femme. A supposer qu'il reconnaisse un tel principe, ce qu'il n'a pas fait jusqu'ici, il ne serait pas contredit par la loi nouvelle qui se contente d'étendre le bénéfice du mariage à des personnes qui n'en bénéficiaient pas jusqu'alors. Sur cette question centrale, le CC a déjà indiqué, en 2011, qu'il appartenait au législateur de fixer les contours du mariage. Il validera donc, selon moi, le texte adopté par les assemblées.

La question de l'adoption, ouverte désormais aux mariés de même sexe, est plus complexe. La question sera certainement examinée avec plus d'attention par les juges. En effet, c'est le droit de la filiation qui est ainsi modifié substantiellement, sans qu'une véritable étude d'impact des effets prévisibles de la loi nouvelle ait été entreprise. Le Conseil pourrait donc être tenté d'assortir son analyse de réserves d'interprétation. Reste enfin la crainte des auteurs de la saisine (que je ressens moi aussi) de voir bientôt consacrées l'assistance médicale à la procréation (PMA) et la gestation pour autrui (GPA) : mais ce moyen n'est pas d'une grande portée devant le Conseil. Peut-on censurer une loi au motif qu'une autre -hypothétique- irait plus loin encore, ultérieurement.

Je me trompe peut-ĂŞtre. Je le saurai, avec vous, dans les tout prochains jours.

lundi 29 avril 2013

Une proposition pour les jeunes



Notre pays souffre de trois handicaps en matière d'emploi des jeunes :
- globalement, le taux d'emploi des 16-25 ans est un des plus faibles des pays comparables
- l'échec scolaire est élevé (150 000 jeunes sortent chaque année de l'école sans qualification)
- la formation par alternance est encore insuffisamment développée (elle ne concerne qu'un quart des jeunes contre la moitié en Allemagne)

Cette situation est parfaitement connue, elle dure depuis près de trente ans. Un rapport du CAE (conseil d'analyse économique) d'avril 2013 vient utilement rappeler combien il est urgent d'améliorer cette situation très dégradée. Car près de 1,9 million de jeunes de 15 à 29 ans ne sont aujourd'hui ni à l'école, ni en emploi, ni en formation. Le nombre des jeunes sans aucun diplôme s'élève à 900 000. Faut-il rappeler que la jeunesse devait être, heureusement, la priorité du quinquennat ? Je voudrais formuler ici une proposition simple, à l'intention de Valérie Fourneyron qui est, théoriquement, en charge de ce dossier et que j'ai vue, hier, patauger devant un public de jeunes impatients de savoir ce que l'on faisait pour eux. Il s'agit, à crédits constants, de reconvertir les emplois d'avenir (réservés au secteur non marchand) en contrats en alternance -pris en charge à 75 % par l'Etat- au sein d'entreprises. Ainsi, on offrirait aux jeunes non qualifiés, les plus touchés par la galère, la possibilité de travailler et de se former en même temps. Cela serait, à mon sens, plus efficace et plus durable que les actuels emplois d'avenir qui ne sont que des expédients passagers et qui ont bien du mal à monter en puissance, en raison notamment des difficultés financières rencontrées par les associations (17 % seulement sont pourvus). Je ne suis pas loin de penser aussi que l'on pourrait faire de même pour les contrats de génération dont l'application reste encore problématique.