Blog de Pierre Albertini

samedi 4 septembre 2010

Equipe de France de foot : le chemin sera long



Après les péripéties loufoques du mondial, qui ont ridiculisé notre équipe nationale, on attendait, non une résurrection impossible mais un mieux collectif, une envie de gagner, un plaisir de jouer ensemble. Les matchs contre la Norvège puis contre la Biélo-russie, hier, montrent que le chemin sera long. Il faut apprendre un système de jeu simple, fait de passes précises et peu nombreuses, il faut un placement mobile et inventif, non une répétition de gestes stériles au centre du terrain, il faut un distributeur de balles dont nous n'avons pas disposé jusqu'ici, il faut des tireurs décomplexés et opportunistes.

On dit souvent que, pour donner un son à un orchestre, il faut cinq à dix ans de travail. Pour rendre à l'équipe de France la confiance et la sérénité de celle des années 1998, 2000 et 2006, Laurent Blanc devra mettre en oeuvre un patient programme de réapprentissage des fondamentaux du football. Après, peut-être, l'équipe en formation pourra nous enchanter à nouveau. Pour atteindre ce but, le rendez-vous de l'euro (2012) est bien proche !

mardi 24 août 2010

On n'est pas sorti de l'auberge



La rentrée qui se prépare est dominée par plusieurs problèmes lourds : l'augmentation du chômage, en particulier chez les premières victimes que sont les jeunes, la réforme des retraites, la diminution des déficits publics, la sécurité. La réponse sera-t-elle à la hauteur des enjeux ? J'en doute. La popularité du président, véritable inspirateur de la politique, est la plus faible de toutes les courbes enregistrées depuis trente ans. Mais les solutions de l'opposition sont-elles plus crédibles ?

Deux sondages récents témoignent du scepticisme des Français sur la capacité des gouvernants, actuels et futurs, à modifier le cours des choses. Une majorité de personnes interrogées souhaite la victoire de la gauche, en 2012. Mais, dans le même temps, une proportion identique estime que les mesures proposées par les socialistes ne seront pas plus efficaces. L'alternance n'est pas (pour le moment au moins) la source d'un espoir de changement positif. C'est bien là la preuve du fossé qui sépare la classe politique des électeurs : nous sommes dans une société du désarroi, de la "défiance", selon le titre de l'ouvrage de deux économistes (Algan et Cahuc). La première condition pour que revienne la confiance est une politique unificatrice, qui rassemble et non qui divise, qui partage les efforts de manière équitable, qui donne une perspective collective à notre pays. Je n'en vois pas encore les prémices.

samedi 24 juillet 2010

Le feuilleton Woerth : quelles leçons en tirer ?



Depuis plusieurs semaines, chaque jour apporte son lot de témoignages contradictoires sur le financement de l'UMP ou de tel ou tel de ses membres, les conditions du recrutement de la femme du ministre, l'évasion fiscale et les dons de Liliane Bettencourt. On a bien du mal à séparer le vrai du faux dans ce feuilleton alimenté de surcroît par un pitoyable règlement de comptes entre une fille et sa mère. Trois questions dominent l'affaire :
-y a-t-il eu financement occulte d'un parti politique ou de la campagne de tel ou tel candidat ?
-le ministre du budget a-t-il pesé, directement ou indirectement, sur l'embauche de sa femme ?
-est-il intervenu auprès de ses services pour éviter à la famille Bettencourt un contrôle fiscal ?

Personnellement, les versions contradictoires fournies par des témoins pas toujours désintéressés ne me permettent pas d'avoir sur ces divers points une réponse tranchée : j'avoue ne pas savoir. Beaucoup de gens sont sans doute dans le même état de doute. Ma seule certitude est l'exposition à un risque de conflit d'intérêts résultant des fonctions exercées par son épouse : le bon sens qui est souvent une forme élémentaire d'éthique aurait dû conduire Eric Woerth à lui déconseiller d'occuper un tel poste.

Dans cette affaire, l'emballement médiatique a été à son comble. On n'a pas hésité à faire état de l'enregistrement, illégal, de conversations, de procès-verbaux de dépositions...On a assisté à une véritable course à la révélation, entre les sites internet, les journaux et les magazines. Qu'on s'entende bien : je ne reproche nullement aux journalistes de recueillir des sources, de procéder à des investigations pour délivrer au public la petite part de vérité qu'ils recherchent. Ils ne font que leur métier. Et si nous n'avions que des médias asservis, nous perdrions beaucoup au change. Ce qui me choque en revanche, dans cette démocratie de l'instantané et de l'émotionnel, c'est la disparition totale de toute présomption d'innocence. Si la justice disposait, dans notre pays, d'une réputation d'indépendance à l'égard du pouvoir politique, l'accusé ne serait pas ainsi condamné avant d'avoir été jugé. On attendrait plus sereinement le verdict du juge. Certes, le soupçon ne disparaîtrait pas pour autant mais la confiance faite au pouvoir judiciaire, reposant sur un statut protecteur, serait un contrepoids naturel aux medias impatients. Il n'en est rien, hélas. La France ne veut pas reconnaître la justice comme un véritable pouvoir équilibrant les autres. Le vrai progrès serait d'abandonner cette culture héritée de l'Ancien Régime. Dans un Etat de droit, on a besoin de jugescapables de résister aux pressions des grands intérêts et des puissants.

En attendant cette petite révolution, le fossé entre le peuple et ses dirigeants ne cesse de s'approfondir. Le seul bénéficiare sera le populisme. .

vendredi 9 juillet 2010

Un citoyen impressionné



Comme beaucoup de rouennais, j'observe sous tous les angles l'oeuvre édifiée sur le pont Boieldieu. J'ai d'abord cherché le sens de cet assemblage d'allumettes colorées. Le rapport avec l'impressionnisme ne m'a pas vraiment sauté aux yeux : ni les couleurs ni la structure de l'objet ne dialoguent avec la célèbre peinture. Renonçant à trouver un lien avec l'exposition du musée des Beaux-Arts, j'ai pensé qu'à défaut de signification évidente, cette structure susciterait une émotion, un frisson, un choc qui vous parcourt l'échine et vous interpelle. Hélas, rien n'est venu. La contemplation de ce mikado qui n'épouse pas toute la longueur du pont m'a laissé de marbre.

J'étais pourtant insatisfait de ne pas entrer en rapport avec l'idée du créateur. Et puis un matin, au réveil (c'est souvent à ce moment-là que les choses obscures s'éclairent), j'ai compris ce que ce sculpteur de bois avait voulu exprimer. Doué d'une étonnante faculté divinatoire, son oeuvre orange et or est un hommage anticipé à la finale de la coupe du monde opposant l'Espagne et la Hollande. Cet embrasement de couleurs évoquant les maillots des deux équipes qui vont s'affronter dimanche est un hymne au foot. Et connaissant l'intérêt que notre maire porte au sport, j'ai poussé un eurêka joyeux. J'avais enfin trouvé le sens caché de cette oeuvre éphémère.

mercredi 30 juin 2010

Croissance de la dette inexorable



Pour la première fois, la dette publique française a dépassé 80 % de la richesse nationale, mesurée par le PIB. Rappelons que le traité de Maastricht avait placé la barre à 60 %. Pour l'essentiel, cette augmentation récente, imputable à l'Etat et à la Sécurité Sociale, résulte du plan de relance de l'économie mis en oeuvre après la crise. Elle ne constituerait pas un réel problème si elle ne venait s'ajouter à un accroissement continu de notre endettement depuis des années et des années. Le laxisme financier se paie toujours au prix fort.

Pour le moment, la signature de la France est bonne comme s'est empressée de le souligner la ministre Christine Lagarde. Mais il n'y a pas de quoi pavoiser. Mécaniquement, le poids de la dette va continuer de s'alourdir en 2011 et 2012. C'est inexorable. Mais surtout, le plus préoccupant est notre extrême sensibilité aux taux d'intérêt auxquels nous allons souscrire nos prêts à venir. Déjà, nous empruntons à des conditions moins favorables que l'Allemagne. Si cette dérive se poursuivait, notre situation s'aggraverait rapidement, ilustrant la fameuse "théorie des dominos". Après la Grèce, l'Espagne, le Portugal...Vous devinez la suite.

Quant au déficit budgétaire, il équivaut actuellement à 8 % du PIB. Le Gouvernement voudrait le ramener à 6 % l'an prochain et à 3 % en 2013. Cela nécessiterait 100 milliards d'euros (en dépenses économisées, pardon "rabotées", et en recettes fiscales supplémentaires). Une réduction est en effet à notre portée. Mais pour respecter le rythme annoncé, il nous faudrait une croissance soutenue. Or on peut être sceptique à cet égard. En France comme en Europe, la croissance est molle et le chômage augmente. Redonner du tonus à notre vieux continent dont le niveau de protection sociale est plus élevé qu'ailleurs implique une capacité d'innovation décuplée, hélas perdue au fil du temps. C'est là que se jouera principalement notre avenir. Tout le reste est littérature.

mercredi 23 juin 2010

Fin de la "garden party" de l'Elysée ?



La décision de supprimer la "garden party" organisée par l'Elysée, à l'occasion du 14 juillet, semble avoir été prise. Au moment où la rigueur, sinon l'austérité, justifierait une chasse ouverte aux gaspillages de l'argent public, elle ne peut qu'être approuvée. On aurait dû mettre un terme à ces invitations débridées depuis longtemps. Non que la Fête Nationale ne doive pas être célébrée. Bien au contraire. Mais cette célébration doit rester dans des limites décentes et non se perdre dans une course effrénée aux cartons de champagne et autres réjouissances coûteuses pour l'Etat, donc pour le citoyen.

En tant que parlementaire, j'ai été personnellement invité à plusieurs reprises par F. Mitterrand puis par J. Chirac, à l'Elysée. Je ne m'y suis jamais rendu, tant ce faste pourtant qualifié de républicain me paraissait hors de propos. Il y a des manières à la fois plus efficaces et plus économes de rappeler le sens du 14 juillet : à l'origine fête de la Fédération, dans une France encore monarchique, aujourd'hui symbole d'une unité nationale dont on ne devrait jamais perdre de vue qu'elle est le ciment qui nous unit.

samedi 12 juin 2010

Promis, juré...

Je n'écrirai plus un mot sur la coupe du monde de foot ni sur les performances de l'équipe de France. Au regard de la gigantesque pollution pétrolière, au large de la Louisiane, par exemple, toutes ces gesticulations apparaissent dérisoires.

vendredi 4 juin 2010

Le ridicule ne tue plus...



Si l'équipe de france n'avait pas livré ses trois matchs contre le Costa-Rica, la Tunisie et la Chine, on aurait pu au moins entretenir un certain suspense sur sa capacité à franchir le premier tour. Hélas, le doute n'est plus permis maintenant. Sauf chamboulement de la composition de l'équipe, nous allons tout droit à une élimination comparable à celle du mondial de 2002, en Corée. Lenteur du jeu, imprécision des passes, flottement dans la défense, incapacité à se créer des espaces, tout concourt à nous mettre en position d'infériorité, dans quelques jours, face à l'Uruguay et au Mexique. Ajoutez à ces défauts les mauvais choix de Raymond Domenech et nous avons là tous les ingrédients d'un échec programmé. Si l'entraîneur avait un peu d'amour propre, il reverserait tout ou partie de la prime qu'il a indûment perçue, après la qualification (discutable) de l'équipe de France.

A quoi bon se réjouir d'avoir obtenu l'organisation de l'Euro, en 2016, si c'est pour présenter un football aussi stérile ? Il y a quelque chose de cassé entre le public et son équipe. Merci amer aux imbéciles heureux qui président aux destinées du foot français !

A quoi sert le blocus de Gaza ?



Le gouvernement israélien est tombé dans le piège médiatique et diplomatique que lui tendait la flotille parrainée par la Turquie. En décidant d'intervenir hors des eaux territoriales, non seulement il victimisait les commanditaires de cette action politique mais encore il isolait plus encore Israël dans le concert des nations. La fermeté des réactions internationales l'a rapidement montré. Mais au-delà de cet usage inutile de la force, c'est la question même du blocus qui est posée. A quoi servent les souffrances infligées à 1,5 million de Palestiniens ? A faire progresser les chances d'une paix durable ou à renforcer l'emprise du Hamas qui n'en demandait pas tant ? Si Israël et l'Egypte (qui inflige elle-aussi un blocus à la bande de Gaza) espéraient détacher la population civile du Hamas, le calcul est déjoué depuis longtemps. Tous les blocus entrepris récemment, contre l'Irak, l'Iran, la Corée du nord, ont plutôt reserré les liens entre le peuple et ses dirigeants.

Si l'on veut que la raison l'emporte sur la passion dans cette zone tourmentée du monde, et on en est encore loin, il faut renoncer, de part et d'autre, aux actions dont les populations civiles sont les premières victimes.

jeudi 3 juin 2010

Classement des villes les plus dynamiques : doit beaucoup mieux faire !



L'Express vient de publier le palmarès des aires urbaines françaises. La méthode pratiquée par de nombreux magazines est maintenant éprouvée. Il s'agit de recueillir des indicateurs pondérés, regroupés ici en deux grands chapitres : compétitivité économique et qualité de vie offerte aux habitants.

Disons-le tout de suite, le classement de Rouen n'est pas brillant : 30e sur 51 aires urbaines étudiées. Dans sa catégorie, 14e, sur 15 (métropoles de plus de 500 000 habitants). L'article reconnaît d'ailleurs que Rouen figure, avec Marseille, Toulon et Lille, parmi les villes "plus mal classées que prévu".
Une analyse plus fine révèle que Rouen a beaucoup d'efforts à entreprendre sur le plan du dynamisme économique (42e), du tourisme (20e), de l'offre de soins (24e), de l'éducation (25e), de la sécurité (38e), du cadre de vie (48e). L'agglomération obtient ses meilleurs résultats dans deux domaines seulement, celui de la culture et de la ville durable et solidaire. Modeste satisfaction que le classement plus mauvais encore du Havre (48e) ne saurait entretenir. Même si l'on peut toujours contester la méthode retenue, la répétition de ces enquêtes permet de dégager des tendances. Celle de 2010 est franchement médiocre. M. Fabius, une action résolue pour mieux former les jeunes, attirer des cadres, développer l'innovation et l'emploi, lutter contre les exclusions s'impose. Je ne suis pas sûr que le saupoudrage actuel, même couronné par une exposition prestigieuse mais temporaire, suffira à combler notre retard.

mercredi 26 mai 2010

Comprenne qui pourra



Les marchés sont-ils animés par une logique rationnelle ? On peut en douter à voir comment ils se retournent et sont agités de préoccupations contraires.

Il y a quelques semaines, ils s'attaquaient à certains pays européens, la Grèce, notamment, contrainte d'emprunter à des taux de plus en plus élevés qui l'étouffaient littéralement. On a dit alors que cette attitude s'expliquait par le niveau d'endettement, trop élevé, de nombreux Etats, en Europe notamment. De doctes experts expliquaient la chute de l'euro par l'impossibilité de faire face au risque de contagion affectant de plus grands pays (Espagne, Italie, France...). Longtemps paralysée par les tergiversations de l'Allemagne, l'Europe a réagi en mobilisant une série de garanties (750 milliards) provenant des Etats, du FMI et de la Banque centrale.

La réaction des marchés à cette forme de solidarité a été positive, les indices boursiers ont augmenté significativement. Mais cette embellie a été de courte durée. A nouveau, les marchés financiers connaissent une "grande déprime". On nous dit maintenant qu'elle s'explique par la crainte de voir les plans de rigueur compromettre durablement le retour de la croissance en Europe. La réalité est que la finance est devenue opaque, que les règles prudentielles ont sauté, que la recherche du profit à court terme l'emporte sur toute logique économique de long terme. A quand la régulation promise ? L'Union européenne avance à pas lents mais le Sénat américain vient d'approuver un projet assez ambitieux. Un signe d'espoir ?

mercredi 19 mai 2010

La belle attitude de Clothilde Reiss



Beaucoup de Français ont été, comme moi, profondément émus par la joie profonde de Clothilde Reiss, à son retour en France. En quelques mots simples, elle a dit sa fierté de retrouver à la fois son pays, sa famille et la liberté dont elle a été privée pendant près d'une année. Elle n'a pas manqué de rendre hommage aux iraniens avec qui elle était détenue et qui l'ont "traitée comme une soeur". Enfin, elle a dit que ses pensées allaient aussi vers les deux hommes, assis à ses côtés lors d'un procès inique, exécutés par un pouvoir barbare. Une formidable leçon de dignité et de sobriété que bien des communicants devraient méditer. Merci Clothilde !

lundi 10 mai 2010

Solidarité européenne, enfin !



Après trois mois de tergiversations, allemandes en particulier, les pays européens viennent de mettre en place des mécanismes de solidarité conséquents avec la Grèce et, potentiellement, avec les autres nations qui en auraient besoin. Ces mécanismes sont de diverse nature :
60 milliards débloqués en faveur de la Grèce
440 milliards de garanties données par les Etats
250 milliards procurés par le FMI
auxquels s'ajoute, sans qu'on puisse en définir le montant, la possibilité de rachat des dettes sur le marché, par la Banque centrale européenne, notamment. Le pragmatisme a fini par l'emporter sur la posture idéologique.

Il était temps. Après la crise bancaire qui avait provoqué l'intervention massive des Etats, c'est la zone euro et, au-delà d'elle, l'économie mondiale qui était menacée par des comportements agressifs, alimentés par l'endettement excessif de nombreux pays européens. Cela explique que le président américain ait pesé lui-aussi pour la mise en place de mécanismes de solidarité qui dépassent le seul cadre de l'Union. C'est un pas important qui a été franchi. Est-ce suffisant ? Non. L'endettement et la faible croissance La solidarité mise en place implique donc un sérieux effort des pays les plus vulnérables (la France y compris) et un rapprochement des politiques budgétaires. La création d'une monnaie commune, sans gouvernement économique commun, n'était une fiction temporaire. Ce sera la prochaine étape à franchir. Elle le sera sans doute lentement mais l'évolution est amorcée. Restera à concrétiser au niveau mondial, les engagements pris par le G 20, et c'est plus difficile encore. D'ores et déjà, c'est bien la fin de l'hyperpuissance américaine et l'avènement immédiat de la Chine (en attendant l'Inde et les autres) que consacrent ces épisodes chaotiques.

vendredi 7 mai 2010

Elections britanniques : la glorieuse incertitude des urnes



A l'heure où j'écris ce billet, les résultats définitifs des élections en Grande-Bretagne ne sont pas encore connus. Cependant, après 13 ans de gouvernement travailliste, l'interprétation du scrutin d'hier se révèle particulièrement délicate. Aucune majorité cohérente ne se dégage. Les travaillistes seront à coup sûr minoritaires à la Chambre des Communes mais les conservateurs, pourtant en tête, seront loin d'atteindre la majorité absolue : 326 sièges sur 650). Le tiers parti, les libéraux-démocrates, ne réalisent pas la percée espérée et perdront probablement des députés par rapport à la chambre sortante, malgré les bonnes prestations télévisées de leur jeune leader: Nick Clegg. Seule, une coalition (travaillistes-libdem ou conservateurs-libdem) pourra assurer le futur gouvernement d'un soutien parlementaire. Le pays, réputé pour son alternance régulière droite-gauche, va entrer dans la voie de tractations politiques dont l'issue est indécise.

Malgré une participation électorale élevée, comment ne pas ressentir une certaine déception au vu de ce verdict ininterprétable ? Les travaillistes ont perdu les élections mais les conservateurs ne les ont pas gagnées. Comme en France avec François Bayrou, l'attirance éprouvée pour la troisième voie ne se concrétise pas. Tout cela est le fruit du mode de scrutin à un seul tour et de l'inégale répartition des forces politiques sur le territoire britannique. Le premier favorise le vote "utile" et décourage les sympathisants du tiers parti. La seconde pénalise aujourd'hui les conservateurs qui, pour gagner en sièges, ont besoin d'une avance de près de 10 points en voix sur leur concurrent travailliste. Paradoxalement, c'est la plus petite formation qui va arbitrer et faire pencher la balance, soit à gauche soit à droite. On ne sait pas aujourd'hui qui va être Premier ministre. Décidément, le scrutin uninominal à un tour, célébré pour sa vertu simplificatrice, n'est plus ce qu'il était.

lundi 26 avril 2010

L'affaire du voile intégral



La question du voile intégral connaît depuis quelques mois un regain d'intérêt que ne justifient pas le nombre de ses adeptes mais plutôt le respect des principes. Elle a été ouverte par la commission parlementaire présidée par André Gérin, maire de Vénissieux : celle-ci a conclu en souhaitant le vote d'une résolution solennelle mais dépourvue d'effet obligatoire qui condamnerait l'usage du voile intégral dans l'espace public. Depuis, elle a rebondi avec l'initiative de JF Copée, le président du groupe UMP à l'Assemblée, et surtout avec la prise de position récente en faveur d'une loi d'interdiction, la plus générale et la plus rapide possible, par Nicolas Sarkozy.

Essayons de voir plus clair dans cette polémique. Disons d'emblée que ce débat mérite d'être ouvert même si les moyens proposés ne sont pas exempts d'arrière-pensées politiques. Ce qui choque, dans le port de la burqa, c'est d'abord l'atteinte à la dignité de la femme qui le porte. Soustraire son visage au regard des autres, c'est lui enlever une part d'elle-même, la considérer comme un être à part ne pouvant se montrer à l'égal des hommes auxquels personne n'a proposé jusqu'ici de se couvrir eux ausssi la face. Ce n'est pas non plus une prescription du Coran qui n'exige nulle part le port d'un voile intégral. Sur un milliard de musulmans dans le monde, seul un petit nombre sacrifie à la burqa qui n'est, au mieux, qu'une tradition minoritaire. Enfin, l'espace public est, par nature, un lieu d'échange et de rencontre : il implique de se présenter aux autres à visage découvert, dans l'égal respect dû à toute personne, quels que soient son sexe, son âge, sa couleur de peau. On aura compris que je suis résolument hostile au voile intégral, même porté par des femmes "volontaires" qui prétendent s'assumer ainsi librement.

Pour moi, la question majeure est celle des moyens pour y parvenir, sans céder à l'exploitation électorale ou à la stigmatisation injuste d'une religion dont on doit encourager l'esprit tolérant et non l'interprétation intégriste. La loi est-elle la réponse adaptée ? Personnellement, j'en doute. Dans une matière qui touche au vivre ensemble, à la conception de la dignité humaine, au respect de l'autre, le rappel des principes, l'explication sont toujours préférables. Une règle spontanément acceptée par le corps social a plus de force qu'une interdiction, au demeurant difficile à faire respecter dans certaines circonstances : un samedi matin, sur le marché d'une ville de banlieue parisienne, par exemple. Voter une loi, n'est-ce pas se donner bonne conscience à peu de frais, donner des gages à l'opinion publique, sans agir véritablement sur les causes? Si au sein des familles comme à l'école les principes de toute vie en communauté étaient enseignés avec force, aurions-nous besoin d'une norme supplémentaire ?

L'inflation législative n'est pas un signe de bonne santé, c'est au contraire celui d'une société dont les valeurs, la cohésion et le sens du bien commun s'effritent. Malheureusement, il est plus facile hélas de voter une loi nouvelle que de conduire une politique publique, dans la cohérence et dans la durée.