lundi 7 mai 2012
Je siffle la fin de la partie
Par Pierre Albertini, lundi 7 mai 2012 à 16:25 :: General
Après plusieurs années de dialogue avec des lecteurs pour la plupart inconnus, j'ai décidé d'interrompre ce blog. Même si je regrette quelques jugements aveuglés par la passion, j'ai beaucoup appris en mettant mes idées en ordre et en vous lisant, dans la diversité de vos réactions. Merci pour ce que vous m'avez apporté.
En même temps, le CDD qui me liait à François Bayrou (c'est une façon de parler) s'interrompt aussi. J'ai participé, en avançant des idées, à la campagne présidentielle. Conformément à l'engagement que j'avais pris, je reprends maintenant des "activités normales". Comme beaucoup d'entre vous, je pense que l'élection de dimanche est paradoxale. C'est moins le rejet d'un bilan que celui d'un homme (et d'un style) qu'elle sanctionne. Comme en 1981, avec Giscard, mais en plus net encore. On aurait tort de sous-estimer cet élément psychologique, très important dans une élection aussi personnalisée. Pour François Hollande, le plus dur commence. S'il s'enferme dans l'application d'un projet inadapté à la situation financière du pays, il court à sa perte. Saura-t-il construire une politique unificatrice dans un esprit de cohésion nationale ? Je le souhaite, sans en être sûr.
Entre la gauche et la droite, la création d'un pôle d'équilibre et de vigilance, constructif et non prisonnier d'un dogme, est plus que jamais nécessaire. Comme l'histoire le montre, c'est une condition indispensable pour redresser le pays. Cela suppose de rompre avec notre culture binaire. A ceux qui voulaient le classer, Raymond Aron répliquait avec finesse : "être de gauche, être de droite, c'est être hémiplégique. Il faut garder toute sa tête". Les humanistes, les républicains modérés sauront-ils dépasser leurs querelles de chapelle et surmonter l'égo démesuré de leurs chefs pour édifier enfin un courant central ? Plus une chose est difficile, plus elle exige de volonté.

