Blog de Pierre Albertini

lundi 7 mai 2012

Je siffle la fin de la partie



Après plusieurs années de dialogue avec des lecteurs pour la plupart inconnus, j'ai décidé d'interrompre ce blog. Même si je regrette quelques jugements aveuglés par la passion, j'ai beaucoup appris en mettant mes idées en ordre et en vous lisant, dans la diversité de vos réactions. Merci pour ce que vous m'avez apporté.

En même temps, le CDD qui me liait à François Bayrou (c'est une façon de parler) s'interrompt aussi. J'ai participé, en avançant des idées, à la campagne présidentielle. Conformément à l'engagement que j'avais pris, je reprends maintenant des "activités normales". Comme beaucoup d'entre vous, je pense que l'élection de dimanche est paradoxale. C'est moins le rejet d'un bilan que celui d'un homme (et d'un style) qu'elle sanctionne. Comme en 1981, avec Giscard, mais en plus net encore. On aurait tort de sous-estimer cet élément psychologique, très important dans une élection aussi personnalisée. Pour François Hollande, le plus dur commence. S'il s'enferme dans l'application d'un projet inadapté à la situation financière du pays, il court à sa perte. Saura-t-il construire une politique unificatrice dans un esprit de cohésion nationale ? Je le souhaite, sans en être sûr.

Entre la gauche et la droite, la création d'un pôle d'équilibre et de vigilance, constructif et non prisonnier d'un dogme, est plus que jamais nécessaire. Comme l'histoire le montre, c'est une condition indispensable pour redresser le pays. Cela suppose de rompre avec notre culture binaire. A ceux qui voulaient le classer, Raymond Aron répliquait avec finesse : "être de gauche, être de droite, c'est être hémiplégique. Il faut garder toute sa tête". Les humanistes, les républicains modérés sauront-ils dépasser leurs querelles de chapelle et surmonter l'égo démesuré de leurs chefs pour édifier enfin un courant central ? Plus une chose est difficile, plus elle exige de volonté.

vendredi 4 mai 2012

Que ferez-vous dimanche ?



Pour la première fois de ma vie, dimanche prochain, je voterai blanc.

mercredi 25 avril 2012

Les grenouilles qui demandent un roi



Toute ressemblance entre la fable et la réalité serait purement fortuite.

"Les grenouilles, se lassant
De l'état démocratique,
Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique.
Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique :
Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant
Que la gent marécageuse,
Gent fort sotte et fort peureuse,
S'alla cacher sous les eaux,
Dans les joncs, dans les roseaux,
Dans les trous du marécage
Sans oser de longtemps regarder au visage
Celui qu'elles croyaient être un géant nouveau :
Or c'était un soliveau,
De qui la gravité fit peur à la première
Qui de le voir s'aventurant
Osa bien quitter sa tanière.
Elle s'approcha, mais en tremblant.
Une autre la suivit, une autre en fit autant,
Il en vint une fourmilière ;
Et leur troupe à la fin se rendit familière
Jusqu'à sauter sur l'épaule du roi.
Le bon sire le souffre, et se tient toujours coi.
Jupin en a bientĂ´t la cervelle rompue.
Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue.
Le monarque des Dieux leur envoie une grue,
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe Ă  plaisir,
Et grenouilles de se plaindre ;
Et Jupin de leur dire : eh quoi ! votre désir
A ses lois croit-il nous restreindre ?
Vous avez dû premièrement
Garder votre gouvernement ;
Mais ne l'ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier roi fût débonnaire et doux :
De celui-ci contentez-vous,
De peur d'en rencontrer un pire".

mardi 17 avril 2012

Démocratie, démagogie...



Les tracts des candidats à l'élection présidentielle sont souvent plus révélateurs que leurs programmes. Le style est moins léché, la simplicité des slogans prime, l'étroitesse du volume laisse moins de place aux nuances. Celui que j'ai eu, ce matin, dans ma boîte aux lettres vaut son poids de cacahuètes. Jugez-en par vous-même !

Sous l'intitulé "Sortir de la crise, nous on peut", voici un florilège de promesses inaccessibles :
"droit de reprise des entreprises par les salariés"
"véritables 35 heures pour tous"
"gratuité des premières tranches d'eau, gaz et électricité"

"retraite Ă  60 ans Ă  taux plein"
"remboursement à 100 % par la Sécurité sociale des frais médicaux"
J'ai gardé pour la fin le plus lyrique : "contre la précarité, le droit au bonheur".

Je pense qu'à me lire vous avez deviné de qui émanent ces propositions. Si vous avez un doute, je vous mets sur la voie : de celui qui, de surcroît, propose "le SMIC à 1700 euros".

jeudi 5 avril 2012

DrĂ´le de campagne



Nous sommes aujourd'hui à J-17. L'impression qui domine est l'absence d'enthousiasme, pire l'intérêt décroissant pour une campagne qui ne suscite aucune ferveur (meetings mis à part) pour les deux candidats "principaux". En 2007, au contraire, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy étaient parvenus, l'un et l'autre, à créer un élan, un espoir dépassant les limites de leur camp. Rien de tout cela, en 2012. La seule surprise est le score de Mélenchon qui parvient à séduire par la fonction protestataire qu'il joue, à coups de formules lyriques et de mouvements de menton, depuis quelques mois. Ses électeurs croient-ils en ses propositions ? J'en suis moins sûr mais, dans un univers dépressif, ils se rallient à cette forme de fronde bien française qui consiste à nier le poids des réalités pour mieux évoluer dans le monde des idées.

Plus inquiétant que ce mouvement hétérogène de sympathie pour un candidat qui, entre les deux tours, rentrera dans le rang, les questions fondamentales qui domineront les choix à venir ne sont évoquées que subrepticement. Qui parle vraiment d'écologie, d'emploi, de santé ou d'Europe dans la campagne, aujourd'hui ? Or notre avenir dépendra en grande partie des réponses apportées à ces questions. Qui peut faire croire aux Français que notre destin est indépendant de celui de l'Europe, que notre modèle social est garanti pour les générations futures ? C'est, en réalité, un monde nouveau qui se dessine sous nos yeux et, au lieu d'en parler ouvertement, on préfère se rattacher à ce que nous connaissons, c'est-à-dire à ce qui est déjà derrière nous. Comme si nous voulions encore profiter de quelques années de répit. Le président sortant lui-même a dit, il y a deux jours, que "la crise était derrière nous". llusion funeste, car plus dure sera la chute.

"Encore une minute, Monsieur le bourreau ", "O temps, suspends ton vol". Les formules ne manquent pas pour décrire cette volonté de jouir encore du moment présent. Mais est-ce la meilleure façon de préparer notre avenir et, plus encore, celui de nos enfants ?

mardi 27 mars 2012

Conférence : Le modèle rouennais d'assistance publique, 1887-1927



L'Université Populaire de Rouen accueille le professeur Yannick MAREC, historien, qui viendra parler du modèle rouennais de protection sociale, au tournant des XIXe et XXe siècles.
Professeur d'histoire contemporaine à l'université de Rouen, président de l'Association normande pour l'étude de la sécurité sociale et de la protection sociale, Yannick MAREC expliquera comment est née, dans notre ville, une organisation singulière de bienfaisance et de traitement de la pauvreté.

Un propos passionnant, à suivre : le jeudi 29 mars, à 18 heures, à la Faculté de droit (avenue Pasteur)
entrée libre

jeudi 15 mars 2012

1962-2012 : 50e anniversaire de l'indépendance de l'Algérie



Le 19 mars 1962, le cessez-le-feu concrétisait la signature des Accords d'Evian. Le 5 juillet, l'indépendance de l'Algérie était consacrée après un référendum. Cela n'a pas mis fin aux relations avec la France mais a placé sur un pied d'égalité ces deux nations désormais souveraines.
Cet anniversaire a un sens politique que l'histoire est en train de façonner. Commencée en 1830 pour s'achever en 1962, la période de colonisation a longtemps été ressentie de manière passionnée et même passionnelle. Aujourd'hui, les faits prennent peu à peu leur place dans le travail des historiens, dans la mémoire collective des témoins et des Français et des Algériens. L'histoire en marche autorise maintenant à décrire les multiples facettes, les unes positives, les autres négatives, de la présence française sur ce territoire. Elle permet aussi de constater, plus objectivement, ce que fut le drame des dernières années des « événements », de 1954 à 1962, que la France n'a qualifiés de « guerre » que récemment. De part et d'autre, de nombreuses atrocités ont été commises.
Faut-il pour autant les oublier ? Non. Il faut les regarder en face, avec le regard de Camus, promeneur de Tipasa et de la vallée des Consuls, qui n'a cessé de les vivre comme un drame, à la fois personnel et collectif. Beaucoup d'hommes et de femmes de bonne volonté auraient souhaité pouvoir vivre longtemps ensemble, pacifiquement, sur une terre qu'ils aimaient pour des raisons différentes mais d'un amour aussi intense. L'histoire ne l'a pas voulu ainsi. Comme la tragédie grecque, elle s'est terminée dans le sang.
Cinquante ans après, c'est un regret et un souhait que je voudrais exprimer.
Le regret, d'abord : il concerne l'attitude du Gouvernement français de l'époque, à l'égard des pieds-noirs et des harkis. Pour les premiers, rien n'a été vraiment préparé pour les accueillir dignement. On se rappelle cette phrase cruelle qui, devant l'exode massif de nos compatriotes, sur des bateaux surchargés, évoquait leur venue « pour passer leurs vacances ». Je veux rendre hommage au courage, à la fierté de ce petit peuple de Français, émigrés de la Commune de Paris, de l'Alsace-Lorraine ou venus d'Espagne ou de Malte. Ils ont su trouver la force de créer, en métropole comme on disait alors, de nouvelles racines.
Pour les harkis, on peut parler, sans exagérer, d'un abandon programmé. 150 000 d'entre eux ont été massacrés dans les mois qui ont suivi le cessez-le-feu, au mépris des engagements pris. S'il n'y avait eu des officiers, refusant d'obéir aux consignes officielles, ils auraient été plus nombreux encore. Cette lâcheté à l'égard de ceux qui avaient fait le choix de servir le drapeau de la France restera comme une tache ineffaçable de notre histoire. Je veux leur présenter ici des excuses et leur dire ma tristesse et ma reconnaissance. Ils sont pour nous des Français à part entière, nous avons des devoirs à leur égard et à l'égard de leurs enfants.
Le souhait, ensuite : que la France et l'Algérie, l'Algérie et la France, deux peuples fiers, trouvent la voie, non seulement de la réconciliation, déjà largement tracée, mais aussi d'une coopération fraternelle. La Méditerranée est le berceau de nos civilisations. Elle doit être le cadre géographique et humain de relations confiantes. N'ayons pas peur de reconnaître que nous avons, bien au-delà des intérêts économiques, une destinée commune. La présence d'Algériens, sur notre sol, témoigne de la force de ces liens. L'histoire partagée, même sanglante, nous fait mieux nous comprendre et nous estimer. Je n'oublie pas non plus le sacrifice fait pour notre liberté par les tirailleurs algériens, pendant les deux guerres mondiales.
Cette reconnaissance mutuelle passe, à mes yeux, par un droit de visite plus ouvert pour permettre, de part et d'autre, un échange entre familles. Les visas de court séjour sont accordés trop parcimonieusement par la France, au prix de tracasseries et de délais incompréhensibles et parfois vexatoires. Inversement, l'impossibilité, cinquante après, pour un certain nombre de harkis demeurant en France de se rendre auprès de leurs parents n'est pas acceptable. Par un effort de générosité réciproque, dépassons cette crispation indigne. Si la France et l'Algérie font ce pas l'une vers l'autre, s'ouvrira alors une ère féconde de coopération et de respect mutuel.
C'est le voeu que je forme pour nos deux peuples.

samedi 25 février 2012

Les propositions de François Bayrou pour moraliser la vie publique



Refonder une République exemplaire. François Bayrou vient de proposer une série de mesures, dont la plupart seraient d'application immédiate, pour éviter la confusion des genres et des intérêts, les réseaux d'influence qui ont pénétré l'Etat et les collectivités locales, pour restaurer le Parlement dans sa fonction de législation et de contrôle, pour garantir l'indépendance de la justice et le pluralisme des médias. La méthode est simple : soumettre une loi-cadre au référendum, à l'occasion du premier tour des élections législatives, soit le 10 juin prochain. En voici les principales :

-interdiction du cumul des mandats pour les députés, vote personnel obligatoire et au scrutin public pour tous les parlementaires
-diminution du nombre des députés, élus pour les 3/4 au scrutin majoritaire et pour 1/4 à la représentation proportionnelle
-reconnaissance du vote blanc
-extension de l'obligation de parité
-définition légale du conflit d'intérêts, assortie d'une déclaration par les hauts fonctionnaires et les élus, création d'une Autorité nationale de Déontologie et extension des incompatibilités
-reconnaissance de l'indépendance de la justice, garantie par le statut particulier du ministre de la justice, nommé après approbation par le Parlement et responsable devant lui
-indépendance des médias et abrogation de la nomination des responsables de l'audiovisuel public par le chef de l'Etat
-procédure nouvelle pour éviter les nominations de complaisance
-limitation du nombre des ministres Ă  moins de 20.

Certains objecteront peut-être que tout cela est bien rapide, qu'une concertation serait nécessaire, que le référendum ne se justifie pas...On entend déjà le concert de ceux qui sont pour le changement à condition que rien ne bouge. On a trop attendu : il faut passer à l'acte. Et quoi de plus démocratique et solennel qu'une décision prise par le peuple lui-même ?

vendredi 17 février 2012

Mais qui est le véritable Nicolas Sarkozy ?



Depuis quelques jours, à lire et à écouter le candidat Sarkozy, je me demande qui a été Président de la République pendant ces cinq dernières années. Après tout, il est légitime de proposer un recours plus fréquent au référendum. Donner la parole au peuple, sur des questions importantes, c'est dans la logique même de la Constitution qui précise : "la souveraineté nationale appartient au peuple, qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum". Mais pourquoi cet engouement subit pour ce procédé que le général de Gaulle avait beaucoup utilisé mais que ses successeurs ont peu à peu délaissé ?

En 2007, le Président qui s'appelait, si ma mémoire est bonne, Nicolas Sarkozy a signé et fait ratifier par le seul Parlement le Traité de Lisbonne, copie fidèle du Traité constitutionnel européen que les électeurs avaient pourtant rejeté deux ans plus tôt. La réforme des retraites, question importante s'il en est, a été réalisée par la seule voie parlementaire, que je sache. Pour le retour dans l'organisation militaire de l'OTAN, le même Président n'a guère éprouvé de scrupule alors que le retrait décidé par le Général de Gaulle faisait consensus dans notre pays. Cet appétit référendaire me paraît suspect. Surtout si je le rapporte à la condamnation très vive par l'actuel chef de l'Etat de l'idée de Georges Papandréou (vite remisée) de consulter les Grecs à propos du traitement de la crise financière.

Pendant cinq ans, les occasions d'un débat démocratique, ponctué par un référendum, n'ont pas manqué. La dernière en date est le nucléaire. Conserver, réduire le nombre des centrales, voilà un beau sujet qui engage l'avenir. Je n'ai pas entendu le Président, sûr de son fait, émettre la moindre idée de donner la parole au peuple. Tout cela prêterait à sourire s'il ne révélait l'extraordinaire capacité du candidat Sarkozy d'oublier ce que le Président Sarkozy a fait pendant son quinquennat.

Je ne dis rien de l'objet même des référendums futurs, évoqués depuis huit jours. Je n'en dis rien car, vous l'avez compris, ces référendums n'auront jamais lieu. Il ne s'agit pas en effet de ce que le candidat fera s'il est élu, il s'agit seulement de mettre l'opinion en condition pour rallier des électeurs déçus, partis depuis longtemps à la pêche.

mardi 7 février 2012

Université populaire : Droits et Devoirs dans l'entreprise



L'université populaire propose un cycle de conférences-débat, en février-mars, sur le thème, ô combien actuel, des Droits et Devoirs dans l'entreprise. Ces conférences sont animées par Dominique MAHIEU, ancien directeur adjoint du Travail et chargé de mission auprès du préfet. Pour chacune d'elles, un témoin (avocat, syndicaliste, chef d'entreprise ou DRH) apportera le fruit de sa propre expérience. Après "l'entreprise est-elle sociale" (2 février), les questions suivantes seront abordées :
9 février : Complexité et souplesse du droit du travail
16 février : Employeurs et salariés : un mariage de raison ?
23 février : Conditions de travail
15 mars : Relations collectives du travail
22 mars : Restructurations, licenciements économiques, conflits collectifs

Maison des Associations (11, avenue Pasteur)
18 heures - entrée libre -

lundi 6 février 2012

Conflits d'intérêt ou l'art de noyer le poisson



Après les affaires Bettencourt, Woerth et quelques autres, le Président de la République avait bruyamment annoncé, comme à son habitude, un projet de loi sur la prévention des conflits d'intérêts. Au Vice-Président du Conseil d'Etat avait été confiée la tâche de préparer un texte chargé d'éviter la confusion des genres, aussi bien de la part des ministres que des parlementaires ou des fonctionnaires. L'idée de base est d'empêcher qu'une autorité investie de prérogatives de puissance publique ne profite de sa situation pour satisfaire ses propres intérêts ou ceux d'une autre personne privée (une entreprise, par exemple). Péniblement, un texte, en recul par rapport à l'objectif initial, a été mis au point. Travail délicat car le conflit d'intérêts est multiforme et se prête mal à une définition générale et absolue.

Patatras ! La tentative de moralisation de la vie publique est abandonnée. Comme à son habitude, le Président de la République a discrètement jeté à la rivière ce qu'il avait lui-même annoncé à grand fracas. Il faut le regretter. Voilà une nouvelle occasion perdue. La politique a-t-elle si bonne presse qu'elle puisse faire l'économie de cet effort de moralisation ? Les hauts fonctionnaires ont-ils si bonne réputation qu'ils puissent eux-aussi renoncer à des règles claires de non-confusion des genres et de "pantouflages" douteux ?

dimanche 15 janvier 2012

Retour de bâton



Le recul d'un cran de la France dans le classement d'une agence de notation ne mérite pas vraiment le tapage médiatique dont on nous abreuve depuis vendredi après-midi. Il était en réalité attendu depuis plusieurs mois et les marchés en avaient anticipé l'effet. L'écart de taux entre l'Allemagne et la France (le spread comme disent tous ceux qui se poussent du col) en est l'illustration la plus claire. Dans l'immédiat, il est peu probable que notre pays subisse une hausse sensible de taux. Ce dernier reste d'ailleurs historiquement bas. Mais si tel n'était pas le cas, nous pourrions ressentir de forts désagréments en 2012 et surtout les années suivantes. Il faut donc attendre avant de mesurer les conséquences de la dégradation subie.

En revanche, d'ores et déjà, le choc subi est, sur le plan politique, violent. Le Président qui se présentait jusqu'ici comme le meilleur garant des intérêts du pays est directement touché. Son changement de langage ne trompe personne. On ne peut pas proclamer successivement, avec un égal bonheur, que la conservation du triple A est essentielle puis en sous-estimer, depuis quelques jours, la perte. Le retour de bâton est inévitable.

Plus fondamentalement encore, ce que nos concitoyens ressentent le plus cruellement, c'est le décrochage avec l'Allemagne et l'impression persistante que la solidarité européenne a bien du mal à trouver la bonne riposte. Depuis le déclenchement de la crise grecque, l'Europe tourne en rond, bricole des plans de sauvetage inefficaces et diffère les grands choix sur son avenir. J'espère encore que ce déficit n'est pas définitif. En réalité, l'Europe sera politique (c'est-à-dire forte) ou elle ne sera plus.

samedi 31 décembre 2011

Meilleure année 2012 !



L'année 2011 s'achève sur de mauvaises perspectives pour notre pays. La plus préoccupante, à mes yeux, est celle qui concerne l'emploi. Le chômage est en effet à son plus haut niveau depuis douze ans, il frappe aujourd'hui 4,5 millions de personnes. Depuis 2008, il a augmenté de 30 % et ce sont les plus de 50 ans et les jeunes qui en subissent les conséquences négatives. Au même moment, la situation plombée de nos finances publiques réduit les marges de manoeuvre des pouvoirs publics.
Seul, un traitement de choc pourra nous sortir de cette situation qui perdure depuis plus de trente ans. Il devra être inspiré par la recherche de l'efficacité à long terme et par une juste répartition des efforts demandés. Ce n'est pas le jour de l'évoquer mais on ne pourra pas faire l'économie d'une révision drastique des politiques publiques poursuivies jusqu'ici.
Dans ce contexte, est-il encore utile de former des voeux ? Certainement. Quoi qu'en disent les Cassandre, le pire n'est jamais sûr. Notre destin collectif nous appartient. Surtout en période de crise où nous devons préparer un monde nouveau, fait de partage, d'échange, de respect mutuel et de solidarité.
Dans cette perspective, je souhaite à chacun de trouver, dans l'année qui vient, toutes les joies simples que recèle la succession des jours.

jeudi 15 décembre 2011

M. Le Ministre, vous ĂŞtes dans l'erreur



Les professeurs doivent être évalués. Oui mais comment ?
Aujourd'hui, ils le sont de deux manières : par une évaluation pédagogique, réalisée certes trop rarement par des inspecteurs de la même discipline et par une évaluation administrative, effectuée par le chef d'établissement. Le Ministre Luc Chatel propose que les proviseurs et les principaux procèdent à un entretien d'évaluation portant également sur la qualité des cours dispensés. C'est un non-sens. Comment un chef d'établissement, mathématicien ou physicien, pourrait-il valablement juger de la discipline enseignée par un professeur de français, d'anglais ou d'histoire ? Déjà, la même tentative absurde avait été faite pour les professeurs d'université. Puis le Gouvernement avait reculé. J'aurais moi-même refusé catégoriquement que l'actuel président d'université, spécialiste d'optique, émette un quelconque jugement sur mon enseignement de droit constitutionnel. A l'inverse, je me sentirais incapable d'évaluer des collègues dans une discipline qui me serait étrangère.
Alors pourquoi persévérer dans l'erreur ? Je ne vois d'autre raison que l'obsession avec laquelle certains voudraient appliquer à l'Education nationale les méthodes de l'entreprise. Funeste conception ! M. Chatel était dans son rôle de DRH, chez l'Oréal, lorsqu'il pratiquait des entretiens d'évaluation. Mais l'Education nationale n'est pas (encore) une entreprise privée. L'évaluation des professeurs mérite certainement d'être améliorée mais pas par une transposition inadaptée de méthodes pratiquées ailleurs.
Si une telle réforme venait à s'appliquer, il conviendrait de l'abroger, prestement, dès le lendemain de l'élection présidentielle.

samedi 10 décembre 2011

Les petits pas du sommet européen



Au-delà des déclarations d'auto-satisfaction, qui sont la loi du genre, l'accord conclu à Bruxelles ne marque qu'une petite avancée dans la voie de la consolidation de l'Union européenne. La plus forte convergence se marque par la mise hors-jeu de la Grande-Bretagne : celle-ci tentait d'influer sur la zone euro alors même qu'elle refusait d'y adhérer pour mieux perpétuer l'existence de la City. Ce grand écart permanent prend fin et c'est salutaire. On peut regretter que la GB n'ait pas fait, depuis 1973, le choix de l'Europe mais on ne pouvait entretenir la fiction plus longtemps. Bon vent du large à nos amis et à leur Livre !

Mais cette clarification tardive ne renforce pas pour autant la zone euro. Sur ce point, les acquis du sommet de Bruxelles sont encore bien modestes. L'affirmation d'une plus grande discipline budgétaire est une bonne chose : les Etats sont depuis longtemps endettés au-delà du raisonnable et font peser sur les générations à venir de lourdes incertitudes. Mais la gouvernance européenne ne peut se limiter à la conclusion d'un accord inter-gouvernemental dont le texte est encore à rédiger. Les mécanismes de solidarité financière sont, eux, bien fragiles. Ainsi, le Fonds européen de stabilité financière ne dispose plus que de 250 milliards sur l'enveloppe qui lui était allouée (440 milliards). Une somme trop faible pour aider efficacement les pays aujourd'hui les plus menacés. Or les Etats ne se sont pas encore entendus sur le volume total à affecter au nouveau mécanisme de solidarité qui remplacera le premier. Seule certitude, les décisions d'aide ne seront plus prises désormais à l'unanimité (système très paralysant) mais à la majorité qualifiée de 85 % des votes. C'est un progrès certes. Mais, malgré les embrassades et les congratulations, le compte n'y est pas.