Blog de Pierre Albertini

mardi 7 février 2012

Université populaire : Droits et Devoirs dans l'entreprise



L'université populaire propose un cycle de conférences-débat, en février-mars, sur le thème, ô combien actuel, des Droits et Devoirs dans l'entreprise. Ces conférences sont animées par Dominique MAHIEU, ancien directeur adjoint du Travail et chargé de mission auprès du préfet. Pour chacune d'elles, un témoin (avocat, syndicaliste, chef d'entreprise ou DRH) apportera le fruit de sa propre expérience. Après "l'entreprise est-elle sociale" (2 février), les questions suivantes seront abordées :
9 février : Complexité et souplesse du droit du travail
16 février : Employeurs et salariés : un mariage de raison ?
23 février : Conditions de travail
15 mars : Relations collectives du travail
22 mars : Restructurations, licenciements économiques, conflits collectifs

Maison des Associations (11, avenue Pasteur)
18 heures - entrée libre -

lundi 6 février 2012

Conflits d'intérêt ou l'art de noyer le poisson



Après les affaires Bettencourt, Woerth et quelques autres, le Président de la République avait bruyamment annoncé, comme à son habitude, un projet de loi sur la prévention des conflits d'intérêts. Au Vice-Président du Conseil d'Etat avait été confiée la tâche de préparer un texte chargé d'éviter la confusion des genres, aussi bien de la part des ministres que des parlementaires ou des fonctionnaires. L'idée de base est d'empêcher qu'une autorité investie de prérogatives de puissance publique ne profite de sa situation pour satisfaire ses propres intérêts ou ceux d'une autre personne privée (une entreprise, par exemple). Péniblement, un texte, en recul par rapport à l'objectif initial, a été mis au point. Travail délicat car le conflit d'intérêts est multiforme et se prête mal à une définition générale et absolue.

Patatras ! La tentative de moralisation de la vie publique est abandonnée. Comme à son habitude, le Président de la République a discrètement jeté à la rivière ce qu'il avait lui-même annoncé à grand fracas. Il faut le regretter. Voilà une nouvelle occasion perdue. La politique a-t-elle si bonne presse qu'elle puisse faire l'économie de cet effort de moralisation ? Les hauts fonctionnaires ont-ils si bonne réputation qu'ils puissent eux-aussi renoncer à des règles claires de non-confusion des genres et de "pantouflages" douteux ?

dimanche 15 janvier 2012

Retour de bâton



Le recul d'un cran de la France dans le classement d'une agence de notation ne mérite pas vraiment le tapage médiatique dont on nous abreuve depuis vendredi après-midi. Il était en réalité attendu depuis plusieurs mois et les marchés en avaient anticipé l'effet. L'écart de taux entre l'Allemagne et la France (le spread comme disent tous ceux qui se poussent du col) en est l'illustration la plus claire. Dans l'immédiat, il est peu probable que notre pays subisse une hausse sensible de taux. Ce dernier reste d'ailleurs historiquement bas. Mais si tel n'était pas le cas, nous pourrions ressentir de forts désagréments en 2012 et surtout les années suivantes. Il faut donc attendre avant de mesurer les conséquences de la dégradation subie.

En revanche, d'ores et déjà, le choc subi est, sur le plan politique, violent. Le Président qui se présentait jusqu'ici comme le meilleur garant des intérêts du pays est directement touché. Son changement de langage ne trompe personne. On ne peut pas proclamer successivement, avec un égal bonheur, que la conservation du triple A est essentielle puis en sous-estimer, depuis quelques jours, la perte. Le retour de bâton est inévitable.

Plus fondamentalement encore, ce que nos concitoyens ressentent le plus cruellement, c'est le décrochage avec l'Allemagne et l'impression persistante que la solidarité européenne a bien du mal à trouver la bonne riposte. Depuis le déclenchement de la crise grecque, l'Europe tourne en rond, bricole des plans de sauvetage inefficaces et diffère les grands choix sur son avenir. J'espère encore que ce déficit n'est pas définitif. En réalité, l'Europe sera politique (c'est-à-dire forte) ou elle ne sera plus.

samedi 31 décembre 2011

Meilleure année 2012 !



L'année 2011 s'achève sur de mauvaises perspectives pour notre pays. La plus préoccupante, à mes yeux, est celle qui concerne l'emploi. Le chômage est en effet à son plus haut niveau depuis douze ans, il frappe aujourd'hui 4,5 millions de personnes. Depuis 2008, il a augmenté de 30 % et ce sont les plus de 50 ans et les jeunes qui en subissent les conséquences négatives. Au même moment, la situation plombée de nos finances publiques réduit les marges de manoeuvre des pouvoirs publics.
Seul, un traitement de choc pourra nous sortir de cette situation qui perdure depuis plus de trente ans. Il devra être inspiré par la recherche de l'efficacité à long terme et par une juste répartition des efforts demandés. Ce n'est pas le jour de l'évoquer mais on ne pourra pas faire l'économie d'une révision drastique des politiques publiques poursuivies jusqu'ici.
Dans ce contexte, est-il encore utile de former des voeux ? Certainement. Quoi qu'en disent les Cassandre, le pire n'est jamais sûr. Notre destin collectif nous appartient. Surtout en période de crise où nous devons préparer un monde nouveau, fait de partage, d'échange, de respect mutuel et de solidarité.
Dans cette perspective, je souhaite à chacun de trouver, dans l'année qui vient, toutes les joies simples que recèle la succession des jours.

jeudi 15 décembre 2011

M. Le Ministre, vous êtes dans l'erreur



Les professeurs doivent être évalués. Oui mais comment ?
Aujourd'hui, ils le sont de deux manières : par une évaluation pédagogique, réalisée certes trop rarement par des inspecteurs de la même discipline et par une évaluation administrative, effectuée par le chef d'établissement. Le Ministre Luc Chatel propose que les proviseurs et les principaux procèdent à un entretien d'évaluation portant également sur la qualité des cours dispensés. C'est un non-sens. Comment un chef d'établissement, mathématicien ou physicien, pourrait-il valablement juger de la discipline enseignée par un professeur de français, d'anglais ou d'histoire ? Déjà, la même tentative absurde avait été faite pour les professeurs d'université. Puis le Gouvernement avait reculé. J'aurais moi-même refusé catégoriquement que l'actuel président d'université, spécialiste d'optique, émette un quelconque jugement sur mon enseignement de droit constitutionnel. A l'inverse, je me sentirais incapable d'évaluer des collègues dans une discipline qui me serait étrangère.
Alors pourquoi persévérer dans l'erreur ? Je ne vois d'autre raison que l'obsession avec laquelle certains voudraient appliquer à l'Education nationale les méthodes de l'entreprise. Funeste conception ! M. Chatel était dans son rôle de DRH, chez l'Oréal, lorsqu'il pratiquait des entretiens d'évaluation. Mais l'Education nationale n'est pas (encore) une entreprise privée. L'évaluation des professeurs mérite certainement d'être améliorée mais pas par une transposition inadaptée de méthodes pratiquées ailleurs.
Si une telle réforme venait à s'appliquer, il conviendrait de l'abroger, prestement, dès le lendemain de l'élection présidentielle.

samedi 10 décembre 2011

Les petits pas du sommet européen



Au-delà des déclarations d'auto-satisfaction, qui sont la loi du genre, l'accord conclu à Bruxelles ne marque qu'une petite avancée dans la voie de la consolidation de l'Union européenne. La plus forte convergence se marque par la mise hors-jeu de la Grande-Bretagne : celle-ci tentait d'influer sur la zone euro alors même qu'elle refusait d'y adhérer pour mieux perpétuer l'existence de la City. Ce grand écart permanent prend fin et c'est salutaire. On peut regretter que la GB n'ait pas fait, depuis 1973, le choix de l'Europe mais on ne pouvait entretenir la fiction plus longtemps. Bon vent du large à nos amis et à leur Livre !

Mais cette clarification tardive ne renforce pas pour autant la zone euro. Sur ce point, les acquis du sommet de Bruxelles sont encore bien modestes. L'affirmation d'une plus grande discipline budgétaire est une bonne chose : les Etats sont depuis longtemps endettés au-delà du raisonnable et font peser sur les générations à venir de lourdes incertitudes. Mais la gouvernance européenne ne peut se limiter à la conclusion d'un accord inter-gouvernemental dont le texte est encore à rédiger. Les mécanismes de solidarité financière sont, eux, bien fragiles. Ainsi, le Fonds européen de stabilité financière ne dispose plus que de 250 milliards sur l'enveloppe qui lui était allouée (440 milliards). Une somme trop faible pour aider efficacement les pays aujourd'hui les plus menacés. Or les Etats ne se sont pas encore entendus sur le volume total à affecter au nouveau mécanisme de solidarité qui remplacera le premier. Seule certitude, les décisions d'aide ne seront plus prises désormais à l'unanimité (système très paralysant) mais à la majorité qualifiée de 85 % des votes. C'est un progrès certes. Mais, malgré les embrassades et les congratulations, le compte n'y est pas.

mercredi 30 novembre 2011

Au delà de l'affrontement droite-gauche



Selon un sondage réalisé ces jours derniers, 47 % des Français ne seraient satisfaits ni de la victoire de François Hollande ni de la réélection de Nicolas Sarkozy. Voilà un signe éclatant du désenchantement éprouvé par un grand nombre de nos concitoyens. Presque la moitié est sans illusion sur la capacité de l'un ou de l'autre à modifier le cours des choses. Au fur et à mesure que ce scepticisme se répandait, l'élection présidentielle a perdu de sens : l'adhésion à un projet politique. Elle est plus aujourd'hui un moyen de choisir un président que de fonder entre le peuple et lui un véritable contrat. D'où l'usure rapide du maigre crédit dont dispose l'équipe en place, quelle qu'elle soit..

J'espère que l'élection de 2012 rompra avec cette pente néfaste. Mais pour cela, il faut que les candidats parlent d'abord un langage de vérité et expliquent aussi leur vision de la société, à l'horizon 2020. Pour paraphraser le dialogue récent entre M. Rocard et A. Juppé, la "politique meurt" de se perdre dans le pilotage à vue, l'effet d'affichage et la segmentation des actions.

mercredi 16 novembre 2011

Les incertitudes de la LNPN



Le projet de Ligne Nouvelle Paris-Normandie est actuellement soumis au débat public. L'amélioration de la desserte ferroviaire de la Normandie -et de Rouen en particulier- est évidemment un grand enjeu. Elle concerne, outre la rapidité et le confort des passagers qui n'ont cessé de se dégrader depuis quelques dizaines d'années, le développement économique et l'équilibre environnemental de nos régions. Le transport des marchandises ne doit pas en effet obéir au "tout routier" qui nous conduira à une catastrophe écologique. Les trois grandes aires urbaines de Caen, Le Havre et Rouen doivent aussi saisir cette occasion de construire un projet de territoire s'inscrivant dans la complémentarité (et non la subordination) au Grand-Paris. Jusqu'ici, tout va bien...

Hélas, les incertitudes qui pèsent sur la réalisation de cette ligne ne sont pas levées, loin s'en faut. Elles sont à la fois techniques et financières. Le tracé comporte plusieurs options : entre Paris et Mantes qui est la priorité des priorités en raison de la saturation des voies existantes et même à l'ouest de Mantes. Et surtout, le coût financier évolue, en première analyse, entre 9 et 14 milliards d'euros (hors renouvellement du matériel roulant). La situation actuelle et à venir des finances publiques permettra-t-elle de financer une telle dépense, à vue humaine ?

Je souhaite naturellement que la LNPN figure parmi les priorités nationales d'investissement. Mais si ce n'était pas le cas, ce qu'on peut légitimement craindre pour les dix ou vingt années qui viennent, il serait raisonnable de travailler sur un scénario alternatif, moins coûteux. Ce ne peut être en effet le tout ou rien. Les rouennais qui sont les usagers les plus nombreux ne peuvent accepter leur enclavement ferroviaire et la dégradation de leurs liaisons avec Paris, dans l'attente d'une hypothétique et lointaine solution. Cela n'est pas faire preuve de pessimisme mais de bon sens.

vendredi 11 novembre 2011

Intouchables



Le succès populaire de ce film, inspiré d'une histoire vraie, est déjà considérable et ne va cesser de s'amplifier. Un homme d'âge mûr, paralysé et fortuné, accueille auprès de lui comme accompagnant un jeune noir des cités qui commence à s'enfoncer dans la spirale de la délinquance. Le reste ne se raconte pas, il se vit comme une comédie humaine hors du commun. Dans ce monde plein d'incertitudes et d'inégalités, ce message parle au public. Celui-ci aspire à une société plus humaine, plus fraternelle qui donnerait leur chance à tous les accidentés de la vie. Les spectateurs ont bien conscience que c'est un rêve mais qu'ils le conçoivent et le ressentent ainsi est un formidable message d'espoir qui fait bien plus, pour la solidarité, que de grands discours.

mercredi 2 novembre 2011

Quel référendum en Grèce ?



A la surprise générale, M. Papandréou, Premier ministre d'un gouvernement aux abois, vient d'annoncer l'organisation d'un référendum en Grèce. Dans une démocratie, le principe de la consultation du peuple ne saurait être mis en question, surtout s'agissant d'une crise d'une telle importance. Mais la méthode, le calendrier et le flou entourant ce référendum font naître de légitimes inquiétudes et peser sur la zone euro une incertitude coûteuse.

D'abord, pourquoi n'en avoir pas informé ses partenaires européens, à l'occasion de la signature de l'accord du 27 octobre ? En annonçant, brutalement, une telle consultation, que l'opinion ne demandait plus, M. Papandréou met dans l'embarras tous ceux qui tentent d'élaborer, tant bien que mal, le plan de redressement d'un pays endetté jusqu'au coup et largement truqueur.
Ensuite, quant au calendrier, n'est-ce pas plutôt, dès la découverte de l'ampleur des dégâts que le peuple grec aurait dû être consulté et pris à témoin ? Nous en sommes déjà à la troisième ou quatrième version du "sauvetage" des finances grecques...sans résultat significatif.
Enfin, sur quoi la question elle-même portera-t-elle ? sur les mesures d'assainissement à venir, sur le contenu de l'accord européen du 27 octobre ou sur le maintien dans la zone euro ? On l'ignore pour le moment. Le risque est que la réponse soit dictée par l'impopularité, la faiblesse et la corruption des gouvernants grecs, gauche et droite confondues. Cela ne présage rien de bon.

mardi 1 novembre 2011

Programme de l'université populaire de Rouen



Programme du 1er trimestre 2011 2012

13 octobre

RENTREE DE L'UNIVERSITE POPULAIRE

présentation du programme et regards sur l'actualité
Maison des Associations (11, Avenue Pasteur)

20 octobre

VISITE DU SENAT ET DE L'EXPO CEZANNE
(plus de places disponibles)

10 novembre

LA GESTION DE L'EAU DANS LE MONDE

par Esther MARTINEZ, consultante en environnement
Maison des Associations

17 novembre

L'ADMINISTRATION DE L'ALGERIE FRANCAISE :
Observations en forme de bilan

par Jacques BOUVERESSE, professeur à l'université de Rouen
Faculté de droit (3, avenue Pasteur)

24 novembre

MA VISION DU GRAND-PARIS

par Djamel KLOUCHE, Architecte de l'Atelier international
Ecole d'Architecture de Normandie (Darnétal)

1er décembre

LE MAGHREB ET LE PRINTEMPS ARABE

par Jean-Philippe BRAS, professeur à l'université de Rouen
Lycée Camille Saint-Saëns (22, rue Saint-Lô)

8 décembre

REHABILITATION URBAINE : l'exemple de la Grand-Mare

par Arnaud BICAL, architecte
Ecole d'Architecture de Normandie (Darnétal)

15 décembre

EVALUATION ET TRAITEMENT DE LA DOULEUR

par le Dc Gérard DUCABLE, ancien responsable du Centre anti-douleur du CHU
Maison des Associations

janvier 2012

COMPRENDRE L'ELECTION PRESIDENTIELLE

cycle de conférences animées par Pierre ALBERTINI

NB : toutes les conférences ont lieu à 18 heures, aucune inscription préalable n'est requise.

samedi 8 octobre 2011

Ils ont évidemment raison



Jusqu'ici, je n'ai guère évoqué mon rapport à la religion. La laïcité, fondement de la République, implique en effet une séparation entre la sphère publique (celle de l'Etat) et la sphère privée (celle des croyances individuelles). Mais depuis quelques semaines, des prêtres du diocèse de Rouen, signataires de l'appel autrichien, ont ouvert un débat auquel je voudrais faire écho. Dans notre pays, l'Eglise meurt à petit feu. Par peur de se remettre en question, de s'adapter aux évolutions de la société dans laquelle est elle immergée. Son message n'a rien perdu de sa valeur, pour moi, mais il est de moins en moins perçu. A quoi sert donc la parole du Christ si elle n'est plus écoutée ? Les Journées Mondiales de la Jeunesse ne sont que l'arbre qui cache la forêt. Les églises se vident, les jeunes français (et européens) qui se déclarent chrétiens sont aujourd'hui très minoritaires, la crise des vocations assèche la vie des paroisses, les pratiquants eux-mêmes se composent une sorte de catéchisme à la carte, respectant ce qui les arrange et rejetant ce qui les heurte ou leur demanderait un trop grand effort. A ce rythme, dans quelques dizaines d'années, on ignorera même la fonction spirituelle des cathédrales qu'on ne regardera plus que comme des témoignages d'une architecture audacieuse.

Face à l'ampleur du mouvement de sécularisation qui frappe les sociétés européennes, certains ont la tentation nostalgique de revenir au passé. Comme si l'on pouvait le ressusciter ! La hiérarchie catholique se mûre dans un conservatisme de bon aloi. Comme si conserver avait encore un sens au moment où tout se transforme ! C'est d'un retour aux sources de l'enseignement, dépouillé des artifices, que nous avons d'abord besoin. Or ce que demandent les prêtres du diocèse de Rouen, c'est une église vivante, ouverte sur le monde, fidèle à l'esprit plus qu'à la lettre, rejetant les aspects surannés d'un pseudo-dogme. Ils demandent par exemple la possibilité d'ordonner des femmes aussi bien que des hommes. C'est une élémentaire : comment diable (çà m'a échappé) peut-on parler d'égalité entre les sexes si l'on refuse aux unes ce qu'on réserve aux autres ? Ils demandent que l'on puisse ordonner des personnes mariées, sans pour autant remettre en cause le célibat des actuels prêtres. En quoi la qualité de père ou de mère de famille serait-elle incompatible avec le ministère et le service de Dieu ? Enfin, dans le contexte actuel de pénurie, ils demandent que des laïcs, formés, soient associés à la conduite des paroisses et notamment au prêche. Sommes-nous incapables d'expliquer les Ecritures ? Pour moi, il n'y a là rien que de sensé. A l'occasion du synode, j'avais d'ailleurs proposé de semblables mesures qui n'ont rien d'iconoclaste. Mais il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre...Combien de temps encore la hiérarchie restera sourde, sinon aveugle, à ces nécessités ?

lundi 3 octobre 2011

Le retrait de Jean-Louis Borloo



Je connais Jean-Louis Borloo depuis près de vingt ans. A l'UDF, il occupait une place à part, défendant avec conviction des positions singulières en faveur des déshérités, des quartiers abandonnés. Lorsqu'il était ministre, j'ai soutenu sans réserve la priorité qu'il souhaitait donner à la politique de la ville puis le lancement du Grenelle de l'environnement même s'il n'a pas eu les coudées franches pour conduire cette réflexion audacieuse.

J'ai pour lui de l'estime et de l'affection et je crois que c'est réciproque. Il s'est d'ailleurs beaucoup impliqué, à l'époque, dans la réussite du GPV de Rouen dont il se plaisait à souligner l'ambition. Pour autant, je n'ai jamais cru qu'il maintiendrait jusqu'au bout sa candidature à l'Elysée. Ses élans de générosité couplés à une parole fougueuse ne pouvaient compenser les pressions, les rivalités et, surtout, les silences conservés pendant les années passées au sein d'un gouvernement dont il récusait certains choix sans pouvoir le dire. On ne peut retrouver une parole libre du jour au lendemain. Cela devrait faire réfléchir ceux qui, comme Hervé Morin, ne rêvent que d'occuper la place laissée vacante par le renoncement de JL Borloo.

Centriste de coeur et de raison, je pense que François Bayrou est le plus à même de prôner la constitution d'une majorité nouvelle, regroupant la gauche et la droite modérées pour redresser la France.

lundi 26 septembre 2011

C'est arrivé...



Depuis la Ve République, le Sénat -qui fut en 1962 dans une vive opposition au Général de Gaulle- avait toujours penché à droite. Depuis dimanche soir, il compte une majorité de gauche, ce qui, au sein de la haute assemblée, est une petite révolution. Ce succès socialiste est avant tout la conséquence des élections locales perdues par le pouvoir en place : municipales, régionales puis cantonales. Mécaniquement, le collège sénatorial, issu des collectivités territoriales, n'a cessé d'enregistrer depuis 2008 le recul de l'UMP et de ses alliés. Mais on aurait tort de se contenter de cette explication car le succès attendu de la gauche a été amplifié par deux facteurs : beaucoup d'élus de petites communes ont voté avec leurs pieds. La réforme des finances locales, la création du conseiller territorial, le style présidentiel, tout cela ne passe pas. Et pour ajouter à la défaite, la division de la droite ici et là a offert à la gauche quelques sièges inespérés.

La réalité est que ce résultat, même préparé par les élections intermédiaires précédentes, est une défaite supplémentaire pour le président de la République et l'UMP, à huit mois des présidentielles. Il n'y a certes aucun lien entre le scrutin sénatorial (réservé aux notables) et le scrutin présidentiel (ouvert à tous les Français). C'est vrai. Mais, dans la course à l'Elysée, toutes les tribunes comptent. Le "plateau" du Sénat en fait partie. Les effets immédiats sur les rapports entre les pouvoirs publics seront modestes. L'Assemblée nationale peut, à la demande du Gouvernement, avoir le dernier mot dans la discussion législative. Quant à l'adoption de la "règle d'or", elle était déjà bien compromise, faute de réunir une majorité des 3/5. Les quelques textes importants (budget, loi de financement de la sécurité sociale) seront votés avant décembre puis le Parlement se mettra en sommeil législatif jusqu'au printemps prochain.

Les véritables effets du vote de dimanche se manifesteront après la présidentielle. L'orientation nouvelle du Sénat sera un point d'appui pour un président de gauche, en revanche, elle handicapera quelque peu un président de droite. Mais cette dernière hypothèse se réduit comme peau de chagrin au fil des mois. La popularité de Nicolas Sarkozy demeure faible (c'est la plus basse qui ait jamais été enregistré) et surtout il semble avoir perdu la main. "Il n'a plus la baraka" comme on dit outre-Méditerranée. C'est peut-être un tournant dans une compétition qui mobilise les états majors, à défaut de passionner pour le moment les Français.

jeudi 15 septembre 2011

Qui croire ?



L'une des causes du désarroi éprouvé, en France comme dans beaucoup de pays voisins, réside dans l'absence de crédibilité de la parole publique. Depuis la crise financière, on a eu droit à tous les discours possibles et imaginables, souvent rattrapés et démentis par les faits. Ainsi, on nous a successivement expliqué, en 2008, que les Etats reprenaient en main la situation, en venant au secours des banques, donc en protégeant notre épargne. Puis, à partir de 2009-2010, la "sortie de la crise" a été couramment évoquée comme si les errements passés n'étaient plus qu'un mauvais souvenir. Et je ne parle pas des propos contradictoires sur la nécessité de la rigueur, souhaitée par les uns et condamnée par les autres...

Aujourd'hui, on sent bien que l'édifice est fragile : la crise bancaire n'est pas derrière nous, l'endettement des Etats, accumulé au fil du temps, ne peut évidemment être réduit du jour au lendemain. Les plans d'aide à la Grèce se succèdent sans grand effet, la croissance est faible et le chômage élevé, en France comme aux Etats-Unis notamment. La dimension des problèmes est à la mesure de l'impuissance des Etats et de la cacophonie européenne. Les économistes, qui gagneraient à être plus humbles en ces temps d'incertitude et de volatilité, ont perdu toute crédibilité. Les responsables politiques n'en ont pas gagné non plus. Quelques exemples, de-ci-de-là. Qui pourrait croire, avec Martine Aubry, qu'on reviendra à la retraite à 60 ans en 2012 ? Qui pourrait croire qu'on peut sortir, seuls, d'une mondialisation qui fait dépendre notre économie de celle des autres ? Qui pourrait croire, avec le chef de l'Etat, que notre pays est définitivement à l'abri de toute faillite ? Qui pourrait croire, avec François Hollande, que l'on pourra recruter 12 000 enseignants de plus chaque année pendant 5 ans ? Qui pourrait croire, avec Angela Merkel, que la sortie du nucléaire est possible aussi vite sans débourser des sommes colossales qui nuiront à l'industrie allemande ? Je pourrais aisément compléter cette liste à la Prévert. Ce serait cruel.

Il ne faut pas s'étonner que les citoyens doutent lorsqu'on leur assène ainsi des discours aussi trompeurs, vite contredits par des réalités qui ont, chacun le sait, la vie dure.