
La question du voile intégral connaît depuis quelques mois un regain d'intérêt que ne justifient pas le nombre de ses adeptes mais plutôt le respect des principes. Elle a été ouverte par la commission parlementaire présidée par André Gérin, maire de Vénissieux : celle-ci a conclu en souhaitant le vote d'une résolution solennelle mais dépourvue d'effet obligatoire qui condamnerait l'usage du voile intégral dans l'espace public. Depuis, elle a rebondi avec l'initiative de JF Copée, le président du groupe UMP à l'Assemblée, et surtout avec la prise de position récente en faveur d'une loi d'interdiction, la plus générale et la plus rapide possible, par Nicolas Sarkozy.
Essayons de voir plus clair dans cette polémique. Disons d'emblée que ce débat mérite d'être ouvert même si les moyens proposés ne sont pas exempts d'arrière-pensées politiques. Ce qui choque, dans le port de la burqa, c'est d'abord l'atteinte à la dignité de la femme qui le porte. Soustraire son visage au regard des autres, c'est lui enlever une part d'elle-même, la considérer comme un être à part ne pouvant se montrer à l'égal des hommes auxquels personne n'a proposé jusqu'ici de se couvrir eux ausssi la face. Ce n'est pas non plus une prescription du Coran qui n'exige nulle part le port d'un voile intégral. Sur un milliard de musulmans dans le monde, seul un petit nombre sacrifie à la burqa qui n'est, au mieux, qu'une tradition minoritaire. Enfin, l'espace public est, par nature, un lieu d'échange et de rencontre : il implique de se présenter aux autres à visage découvert, dans l'égal respect dû à toute personne, quels que soient son sexe, son âge, sa couleur de peau. On aura compris que je suis résolument hostile au voile intégral, même porté par des femmes "volontaires" qui prétendent s'assumer ainsi librement.
Pour moi, la question majeure est celle des moyens pour y parvenir, sans céder à l'exploitation électorale ou à la stigmatisation injuste d'une religion dont on doit encourager l'esprit tolérant et non l'interprétation intégriste. La loi est-elle la réponse adaptée ? Personnellement, j'en doute. Dans une matière qui touche au vivre ensemble, à la conception de la dignité humaine, au respect de l'autre, le rappel des principes, l'explication sont toujours préférables. Une règle spontanément acceptée par le corps social a plus de force qu'une interdiction, au demeurant difficile à faire respecter dans certaines circonstances : un samedi matin, sur le marché d'une ville de banlieue parisienne, par exemple. Voter une loi, n'est-ce pas se donner bonne conscience à peu de frais, donner des gages à l'opinion publique, sans agir véritablement sur les causes? Si au sein des familles comme à l'école les principes de toute vie en communauté étaient enseignés avec force, aurions-nous besoin d'une norme supplémentaire ?
L'inflation législative n'est pas un signe de bonne santé, c'est au contraire celui d'une société dont les valeurs, la cohésion et le sens du bien commun s'effritent. Malheureusement, il est plus facile hélas de voter une loi nouvelle que de conduire une politique publique, dans la cohérence et dans la durée.