Blog de Pierre Albertini

jeudi 25 juin 2009

Une agence d'urbanisme pour l'agglomération, enfin !

L'agglomération de Rouen était l'une des rares de cette dimension à ne plus disposer d'une agence d'urbanisme, lieu d'étude et de confrontation des points de vue et outil de culture commune. La précédente agence avait été supprimée en 1985, par une décision funeste. Avec Pierre Bourguignon, maire de Sotteville, nous avions proposé d'en recréer une mais une réaction de susceptibilité du président de la CAR (que M. Fabius n'avait pas voulu surmonter à l'époque) n'avait pas permis d'aboutir. C'est chose faite désormais et je m'en réjouis. Un grand merci au maire de Sotteville (et à quelques-autres) pour leur ténacité récompensée. Mon seul regret est l'absence de la ville de Rouen, de loin la plus peuplée, dans la répartition des vice-présidences de l'agence. Faut-il y voir un signe ?

lundi 22 juin 2009

Le Président à Versailles



AFP PHOTO JOEL SAGET Le Congrès de Versailles réunis le 4 février 2008.

Cà y est, c'est fait. Depuis cette après-midi, Nicolas Sarkozy a pu s'exprimer devant les parlementaires, réunis en Congrès, à Versailles. C'est la première fois depuis 1875 que le chef de l'Etat peut ainsi parler lui-même dans une enceinte parlementaire. Le général de Gaulle y avait songé lui-aussi mais il avait renoncé à l'idée pour ne pas heurter la tradition républicaine. En commençant son discours, le Président a dit avoir conscience d'une circonstance historique nouvelle.

Qu"en penser ? La possibilité de s'adresser directement aux parlementaires ne transformera pas substantiellement le fonctionnement de nos institutions, elle ne revalorisera pas vraiment le Parlement. Quelle différence, sur le fond, avec le droit de message dont disposait jusqu'ici le Président ? En réalité, l'objet de cette réforme est ailleurs : il est de solenniser, de théatraliser l'intervention présidentielle en la plaçant dans le lieu le plus symbolique de la République (même si, historiquement, Versailles n'est pas Paris). La forme importe ici plus que le contenu du discours. Le grand perdant de cette mise en scène est le Premier ministre, réduit à être, plus encore, la voix de son maître.

Que reste-t-il, aujourd'hui, de la conception gaullienne des institutions ?

vendredi 19 juin 2009

Une lueur d'espoir en Iran



L'Iran, un des plus vieux pays du monde, qu'on croyait sous la chape de plomb du pouvoir religieux, ne cesse de nous surprendre depuis quelques jours. Je ne sais évidemment pas ce qui va sortir de cette agitation mais j'ai le sentiment que l'histoire peut basculer. Quelle que soit l'issue, rien ne sera vraiment comme avant. Même si le pouvoir en place, provisoirement conforté, en venait à se durcir encore. Une grande partie du peuple, contestant la régularité du scrutin, a fait irruption dans la rue et il faudra compter avec elle. Ce qui se passe sous nos yeux à Téhéran rappelle ce qui se passait en Pologne lorsque Solidarnosc défiait le gouvernement en place.

Depuis la révolution de 1979, trente ans ont passé. L'opinion est lasse, elle subit une situation économique difficile, les jeunes étouffent sous le poids d'un pouvoir fermé sur lui-même, les étudiants aspirent à une plus grande liberté. S'agit-il d'une revendication démocratique? peut-être ? D'une aspiration à une ouverture de la société ? certainement. L'importance des manifestations, malgré les arrestations et les morts, le prouve à l'évidence. Si les élections avaient été libres, verrait-on autant d'Iraniens crier leur colère, en dépit des intimidations quotidiennes ?

Deux facteurs favorables plaident en faveur d'une évolution politique de l'Iran même si elle n'est pas immédiate. D'une part, le pouvoir religieux n'est pas aussi uni qu'on pouvait le croire. Malgré les déclarations péremptoires du guide suprême, les mollahs ne sont pas tous sur la même longueur d'onde. D'autre part et surtout, la fermeture des frontières, le contrôle accru de la police, une répression sévère ne peuvent empêcher les Iraniens de correspondre avec l'extérieur et d'en recevoir des informations. C'est la grande leçon des moyens de communication modernes : l'expulsion des journalistes ne suffit plus, internet maintient un lien entre les habitants et l'environnement international. On le voit, par exemple, avec Twitter.

Il y a une lueur d'espoir en Iran, entretenons-la !

vendredi 12 juin 2009

Médiathèque de Rouen : ultima ratio populi



Au moment où s'achèvent les travaux de ce que l'on continue d'appeler la médiathèque, on peut découvrir le dernier clin d'oeil de l'architecte Rudy Ricciotti à son oeuvre. Sur une des façades en béton blanc, il a fait graver, comme une invitation à la réflexion : ultima ratio populi.

Dernier argument du peuple. A la manière de la devise que Louis XIV faisait graver sur ses canons : ultima ratio regum (ultime argument des rois). A défaut de recevoir un nom que la destination principale du bâtiment (archives du département, ) ne permet plus, voilà qui souligne un gâchis sans exemple dans notre histoire municipale : la remise en cause d'un projet d'intérêt général, alors que le chantier était déjà très avancé, et sa reconversion improvisée pour sauver le maire de Rouen qui avait imprudemment annoncé sa destruction.

Le résultat ne satisfera vraiment personne : ni les rouennais qui attendaient une médiathèque moderne, digne du caractère universitaire de notre ville ni le département dont les archives ne pourront être accueillies qu'en partie, dans des conditions loin d'être idéales. Je me suis d'ailleurs laissé dire que l'avis des Archives de France, obligatoirement consultées, était réservé. Sur le plan financier, le coût total (+ 50 millions d'euros) dépassera nettement celui de la médiathèque. Le ratio au mètre carré du centre d'archives sera pharaonique, au moment même où le chômage s'accroît dans de fortes proportions. C'est une curieuse façon de répondre aux attentes des "seinomarins", en général et des rouennais, en particulier.

Ultima ratio populi : c'est en effet au peuple que reviendra le dernier mot !

dimanche 7 juin 2009

Elections européennes : le verdict !



Après une campagne qui ne s'est jamais vraiment animée, les résultats sont tombés. Avec un tel taux d'abstention, le commentaire doit être prudent. Les gagnants sont d'abord ceux qui ont mobilisé leur camp, les perdants ceux qui ont découragé leurs partisans. Cette grille de lecture permet de faire quelques observations.

La grande perdante, c'est d'abord l'Europe qui, faute de volonté politique, n'a su communiquer ni espoir ni enthousiasme. Pourtant, jamais les solutions n'ont autant dépendu de l'Union, qu'il s'agisse de notre emploi, de notre environnement ou de notre sécurité. C'est ce paradoxe qu'il faudra dissiper. Je ne crois pas que M. Barroso en soit capable.

Au plan intérieur, où les partis se jaugent, il y a des gagnants (relatifs) et des perdants (relatifs). Parmi les premiers, "Europe Ecologie" de Cohn Bendit qui, avec une campagne commencée très tôt, a amélioré sensiblement son score en prenant des voix au PS et au MoDem. Ensuite, l'UMP qui a évité ainsi un vote-sanction : depuis que le Parlement européen est élu au suffrage universel, le parti du président n'a fini en tête qu'en 1979 et en... 2009.

Parmi les seconds, le PS qui aujourd'hui en panne d'idées et de leader, paie cruellement son absence de rénovation et d'autocritique. Et le MoDem qui a perdu, dans les derniers jours, l'effet de sympathie qu'il avait su créer et ne pourra donc pas capitaliser sur ses résultats. Si François Bayrou veut rebondir, il devra réviser singulièrement ses méthodes et son calendrier. Il n'est pas sûr qu'une élection en cache une autre contrairement au train !
message écrit à 22 h.

mardi 2 juin 2009

Elections européennes : les trois priorités de l'Union


A l'heure du choix qui se dessine dans les 27 pays de l'Union, voici quelles sont, à mon sens, les 3 priorités de l'Europe :

- définir les modalités d'une régulation financière et la proposer au G 20. Immédiat !

- adopter et mettre en oeuvre une politique de l'énergie commune, qui puisse guider les Etats comme les entreprises. Urgent !

- développer une politique de défense pour assurer la sécurité de l'Union et sa présence dans le monde. Moyen terme.

C'est à ces conditions que l'Europe existera, non pas seulement comme espace économique mais comme puissance politique. Face à ces échéances majeures, les considérations d'ordre interne (qui sera en tête, quel sera le rapport des forces UMP, PS, MODEM...?), apparaissent dérisoires.

jeudi 28 mai 2009

Elections européennes : les raisons d'une abstention massive



A dix jours du scrutin, l'abstention prévisible reste élevée. Les Français ne s'intéresseraient-ils pas à l'Europe ? Je ne le crois pas. Ils ont conscience que l'Union est désormais l'horizon naturel des peuples européens. Pour preuve, ils sont 39 % à déclarer qu'elle "protège plutôt" des effets de la crise, contre 27 % qu'elle "les aggrave". Pourquoi alors cette abstention massive, en France comme dans les autres pays ?

D'abord, il n'existe pas d'opinion publique européenne : celle-ci ne se cristallise que momentanément pour se dissiper aussitôt après. Ainsi, lors de l'invitation américaine à intervenir militairement en Irak, elle se mobilise pour dire son opposition. Plus près de nous, l'été dernier, elle réclame une régulation financière rapide pour conjurer l'effondrement du système bancaire. Mais quelques semaines après la survenue de ces crises, elle retrouve le cadre national qui est le sien. A quoi tient cette prise de distance ? A l'attitude des partis politiques et des médias qui ne portent à l'Europe qu'un intérêt épisodique. A l'Europe elle-même dont la communication dans les pays membres reste très modeste. Qui parle des dossiers en cours, des décisions prises et de leurs enjeux ? Le travail fait par les députés européens n'est pas en cause, c'est le système dans son ensemble qui est illisible ! Et pour compléter le tableau, les gouvernements eux-mêmes utilisent parfois l'Europe comme un bouc émissaire pour cacher leur double jeu ou leurs défaillances. Ainsi, il y a là de quoi nourrir le caractère volontiers hexagonal des Français.

La manière dont se comportent les leaders des partis, à l'approche du 7 juin, est tragicomique. Chacun espère dépasser l'autre ou, du moins, faire bonne figure. Où est l'Europe dans tout cela ? Plutôt que la mesure de leur influence réciproque, on préférerait qu'ils commentent l'actualité européenne : par exemple, la note présentée le 27 mai par la Commission pour superviser et contrôler les marchés. Est-ce trop leur demander ?

lundi 25 mai 2009

Elections européennes : le cas de la Turquie



L'hypothèse de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne suscite une intense polémique. Je verse au débat quelques éléments d'appréciation.

La Turquie est un pays de 68 millions d'habitants, occupant une position stratégique, entre la Méditerranée et la mer Noire, dans une zone de tensions permanentes. Qu'on en juge par ses frontières avec la Syrie, l'Irak, l'Iran mais aussi la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Depuis l'éclatement de l'URSS, c'est également un enjeu fort pour l'acheminement du pétrole produit autour de la Caspienne. Héritière de ce qui fut, jusqu'au XXe siècle, un vaste empire, la Turquie est en quasi-totalité musulmane mais se prévaut d'une conception laïque, depuis Mustapha Kémal (appelé Atatürk, le père des turcs).

Une négociation a été ouverte avec l'Union pour explorer les voies d'une adhésion éventuelle mais elle semble piétiner. les partisans les plus farouches de l'entrée de la Turquie dans l'union sont les Américains. Barack Obama, dans la ligne de G. Bush, a récemment confirmé l'importance qu'il y attachait. L'objectif des Etats-Unis est simple : arrimer la Turquie à l'Occident et s'appuyer ainsi sur un allié fidèle dans une zone géographique plus qu'instable. D'autres soulignent l'intérêt de démontrer que l'Occident n'est pas un ennemi de l'Islam. Ces arguments, pour respectables qu'ils soient, ne sont pas convaincants. D'abord, si la Turquie entrait dans l'Europe, rien ne justifierait la mise à l'écart de la Géorgie ou de l'Ukraine, par exemple, qui frappent avec insistance à la porte. Or l'élargissement sans limites n'est pas une fin en soi mais une fuite en avant, avec un risque de dilution d'un projet politique encore fragile. Ensuite, il existe des hypothèques que la Turquie n'a pas encore levées. La question kurde n'est pas des moindres : sur les 25 millions de kurdes, 15 vivent en Turquie, les autres se répartissent entre l'Irak et l'Iran. Or les rapports entre le PKK et Ankara, qui craint la contagion de l'autonomie relative des Kurdes en Irak, sont loin d'être stabilisés. En outre, le poids de l'armée en Turquie est encore important : ainsi, elle est intervenue à plusieurs reprises et de manière forte pour protéger l'héritage d'Atatürk et contre les Kurdes. Est-ce le propre d'une démocratie apaisée ? Enfin, le drame arménien est toujours présent dans la mémoire collective.

Personnellement, je ne crois pas que l'entrée de la Turquie dans l'Union, à vue humaine, soit une bonne chose. Mais rien n'est immuable comme l'histoire le démontre souvent.

Fêter la montée du FCR en National



Qui pourrait douter du caractère populaire du foot, à Rouen ? Samedi 16, les guichets, surpris par l'abondance des spectateurs, n'avaient plus assez de billets pour faire face à la demande...Alors, samedi prochain, pour fêter, devant son public, la montée en National, attendue depuis 2005, j'espère que les billets seront, cette fois, au rendez-vous. Je ne doute pas en effet que les tribunes seront largement remplies à cette occasion.

J'espère aussi que la ville de Rouen saura accompagner cette ascension du club. Le public a encore en mémoire les glorieux Diables rouges que toutes les équipes craignaient à Diochon. Nostalgie ? sans doute. Engouement pour le sport le plus populaire à Rouen ? sûrement. Bravo aux joueurs pour leur combativité retrouvée.

mardi 19 mai 2009

Refondation de l'université française


Un manifeste pour la refondation de l'université française vient d'être publié dans Le Monde. Je l'ai personnellement signé pour la raison suivante. Il propose une réflexion globale sur l'enseignement supérieur que la loi LRU de 2007 n'a entrevue qu'à travers le prisme de l'autonomie de gestion des établissements. Or, la question de la place, des missions et des moyens de l'université et de la recherche doit être posée à la nation tout entière. C'est à ce prix seulement que sera édifiée une université digne de ce nom.

http://petitions.alter.eu.org/index.php?petition=7

vendredi 15 mai 2009

Elections européennes : le coût net de l'Europe pour la France



Quel est le véritable coût de l'Union européenne pour les contribuables français ? On peut le calculer très simplement en faisant la balance entre notre contribution financière au budget de l'Union et le retour dont nous bénéficions de la part de Bruxelles.

Notre pays est en volume le deuxième contributeur de l'Union, après l'Allemagne : il fournit aujourd'hui 17 % du budget européen. En retour, c'est depuis quelques années le premier bénéficiaire, devant l'Espagne : les montants que nous recevons concernent essentiellement la PAC (politique agricole commune), les fonds structurels destinés à améliorer la cohésion et la formation ainsi que la pêche.

La direction de la comptabilité publique française établit chaque année le solde entre notre contribution et le retour financier dont nous bénéficions. Voici les derniers chiffres dont je dispose (année 2005) :
- contribution française : 17, 6 milliards d'euros
- montants reçus : 12,5 milliards d'euros.

Chiffres à méditer par tous ceux qui, de bonne ou de mauvaise foi, accablent l'Europe.

mercredi 13 mai 2009

Le Grand Paris : du bon ou du mauvais pour Rouen ?



Dans son discours du 29 avril, le président de la République a lancé des pistes pour le Grand Paris. 35 milliards d'euros pour les transports, 70 000 logements à construire, des règles d'urbanisme allégées pour la circonstance...de quoi faire rêver les urbanistes, les architectes et les promoteurs alléchés par cette perspective de redessiner la "ville-monde" et d'y construire à profusion. Entendons-nous bien ! Une réflexion sur le devenir de Paris est salutaire. Depuis les années 80, hormis les grands travaux présidentiels, une chape de plomb s'était posée sur la capitale, ruinant toute initiative de grande envergure.

Laissant aux parisiens ce qui appartient aux parisiens, je m'interroge sur les bienfaits et les dangers, pour Rouen , de cette approche qui n'est pas nouvelle d'ailleurs. Un schéma d'aménagement de la Basse-Seine, traitant des rapports avec la grande voisine, avait déjà été dressé à la fin des années 60.Une mission avait même été créée à la préfecture de notre ville. L'idée d'une liaison rapide entre Le Havre, Rouen et Paris doit être évidemment bien accueillie : nous souffrons depuis si longtemps d'un abandon par la SNCF pour récuser l'idée. De même, la valorisation portuaire, prenant appui sur Le Havre est bonne également. Au-delà, les choses sont plus discutables. Qui voudrait d'une continuité urbaine tout au long de la Seine, formant ainsi une mégapole ingérable ? Quelle serait alors, sinon l'identité, au moins l'autonomie de décision des villes satellites ? Sans doute, les portiques accueillant les conteneurs seront toujours au Havre. On voit mal comment les transporter ailleurs, même avec l'imagination débordante d'un nouvel Haussmann.

En revanche, pour l'industrie, les services, la culture, l'enseignement supérieur, le cadre de vie par exemple, quel sera le destin de Rouen et du Havre, sinon d'être des satellites du Grand Paris ? Il y a donc matière à inventaire. D'autant que les contours du Grand Paris et sa gouvernance ont été renvoyés après la fin du mandat. Et que dire des sommes nécessaires, notamment en matière de transports ? Elles ne se trouveront sans doute pas sous le sabot d'un cheval de la garde républicaine. A l'initiative présidentielle, la meilleure réponse, à mon sens, est celle que devrait faire la métropole normande : Caen-Le Havre-Rouen, capable de proposer des scénarios concrets, à l'échelle d'un million d'habitants. Coopérer étroitement avec Paris, dans un respect mutuel, oui ! Abandonner notre destin aux technocrates (quelle que soit leur origine), non !

L'outil de cette réponse coordonnée était "Normandie Métropole". Hélas, il a été précipitamment dissout en 2008, privant ainsi les trois villes d'un lieu de rencontre régulier. Ceux qui ont pris cette décision à courte vue devraient s'en mordre les doigts.

lundi 11 mai 2009

Elections européennes : le budget de l'Europe



Le sentiment à l'égard de l'Union européenne est ambivalent : elle est critiquée à la fois pour ses insuffisances (politique extérieure, défense, emploi, protection sociale) et pour ses interventions abusives (l'affaire du vin rosé en est la dernière illustration). Pour remettre les idées en place, quoi de plus utile que de rapeler ce qu'est le budget européen dont la plupart des électeurs n'ont aucune idée précise ?

Ce qui frappe d'abord, c'est la modestie de ce budget. En volume, pour 2008 : 128 milliards d'euros pour 27 Etats. Par comparaison, le budget de la France, pour la même année est de 355 milliards d'euros. Rappelons que le budget de l'Union est aujourd'hui plafonné à 1,24 % du revenu national brut européen.

Décomposition par grands postes de dépenses : cohésion : 47 milliards, dépenses agricoles : 41 milliards, compétitivité : 11 milliards (dont recherche : 6,1). Les autres postes sont très nettement inférieurs (coopération et aide humanitaire : 3 milliards, même somme pour la pré-adhésion et le voisinage européen). Cette répartition traduit certes l'évolution des politiques mises en oeuvre mais le coût de l'agriculture reste prégnant (c'est le premier poste de dépenses si l'on y ajoute le développement rural et la pêche).

Comment ce budget est-il financé ? Par trois grands types de recettes : la plus importante, et de loin, est la contribution des Etats, fondée sur leur richesse respective (67 % du budget). Viennent ensuite à parts égales les ressources de TVA, d'une part, les droits de douane, droits agricoles et cotisation sucre, d'autre part.

Prochain billet : combien l'Europe coûte réellement à la France ?

mardi 5 mai 2009

Elections européennes : les innovations du traité de Lisbonne



Outre leur complexité, les mécanismes de décision, dans l'Union européenne, méritent d'être améliorés à deux niveaux : la visibilité et la continuité dans l'action, le renforcement du caractère démocratique. On ne gouverne pas en effet un ensemble à 27 (bientôt à 30) comme à 6 ou même à 15. Le traité de Lisbonne, fruit d'un compromis, comporte quelques améliorations significatives mais aussi des imprécisions regrettables.

Il prévoit ainsi la création d'un président du Conseil européen dont le mandat est de 2 ans 1/2, renouvelable une fois et non cumulable avec un mandat national. On se rappelle l'observation ironique du président des Etats-Unis demandant à ses interlocuteurs "quel est le numéro de téléphone" du responsable de l'Europe. C'est évidemment un progrès mais les pouvoirs de ce président à venir sont modestes : animer le Conseil européen, en faciliter la cohésion, préparer ses travaux en liaison avec la Commission et le Conseil des ministres. Mais surtout, le partage avec le Haut représentant , autre innovation du traité, est particulièrement indécis. Ce dernier aura en effet en charge la politique extérieure et de sécurité commune et exercera ses fonctions au sein de la Commission dont il sera l'un des vice-présidents. Difficile de faire plus complexe !

Au sein du Conseil (des ministres), la principale modification concerne le calcul de la majorité qualifiée, à compter de 2014 : 55 % des membres, comprenant au moins 15 d'entre eux, et représentant au moins 65 % de la population. Cette règle compliquée est en réalité une tentative de conciliation entre grands (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Espagne, Pologne), moyens et petits Etats.

A mes yeux, les apports majeurs du traité de Lisbonne concernent la Commission et le Parlement. Le président de la Commission dont le rôle personnel s'est affirmé au fil du temps sera élu par le Parlement, sur proposition du Conseil européen. Si le candidat proposé n'atteint pas la majorité, le Conseil devra en proposer un autre, soumis à la même procédure. Ainsi, un concours est exigé entre les deux institutions, ce qui devrait renforcer la légitimité du futur président. Après l'élection de celui-ci, le Haut représentant et les autres membres de la Commission sont soumis globalement à un vote d'approbation par le Parlement. Même si ces dispositions ne seront pas applicables dès l'été prochain, on comprend les manoeuvres et les spéculations qui entourent déjà la reconduction éventuelle de M. Barroso ou le choix d'une autre personnalité. Les résultats de l'élection du 7 juin seront importants à cet égard. Notons aussi qu'à compter de 2014, l'effectif de la Commission sera réduit, en principe, aux 2/3 des Etats membres. Enfin, le traité de Lisbonne fera du Parlement (dont l'effectif est plafonné définitivement à 751 membres) un colégislateur, d'égal à égal avec le Conseil. Une raison supplémentaire d'aller voter le 7 juin !

Présenté comme "simplifié", le traité de Lisbonne ne l'est pas vraiment. Il rappelle la définition que Clémenceau donnait du chameau : "c'est un cheval dessiné par une commission". Néanmoins, il devrait améliorer, s'il entre en vigueur, le fonctionnement interne de l'Union.

dimanche 26 avril 2009

Quel devenir pour l'Armada ?



Après cinq éditions de l'Armada, le temps d'un bilan complet est venu. La formule ne s'est guère renouvelée et l'on n'observe plus l'enthousiasme des débuts. Or, un grand moment festif comme celui-ci est condamné à décliner s'il ne s'enrichit pas d'événements nouveaux à chaque rendez-vous. Je souhaite donc ouvrir ici une réflexion que mérite amplement l'abondance des fonds publics consacrés depuis l'origine à la manifestation rouennaise.

- La formule s'essouffle : le long défilé devant des navires qu'on finit par connaître, l'assistance aux rituels feux d'artifice et aux concerts ont atteint leurs limites. En 2008, le retentissement médiatique de l'événement a d'ailleurs été beaucoup plus limité (absence de Thalassa et de retransmission télévisée par exemple). C'est un signe qui ne trompe pas et qui vaut aussi pour Les Vieux Gréments Brest.

- Les chiffres de fréquentation avancés par le Président de l'association Armada (8 voire 12 millions !) doivent être vérifiés. De même, les retombées sur l'économie locale méritent une évaluation rigoureuse.

- La concurrence entre les grands rassemblements de bateaux est aujourd'hui très vive. Peut-on se contenter d'appâter au prix fort les propriétaires de navires, ce qui augmente le déficit de l'événement ?

- Enfin, sans remettre en cause la qualité des bénévoles, peut-on laisser à une association la conception d'un événement devenu aussi coûteux ? Ainsi, comment entreprendre sérieusement la préparation de l'édition suivante alors même que les comptes 2008 n'ont toujours pas été présentés ?
Bref, c'est tout le bilan coût-avantages qu'il faut accepter de faire, lucidement. Tous les financeurs doivent s'en préoccuper dès maintenant. Le dilemme est simple : ou bien préparer dans d'autres conditions l'Armada à venir ou bien la voir péricliter. Il vaut bien un débat public !