Une motion de censure a Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e, par les dĂ©putĂ©s socialistes, contre le Gouvernement. Elle donnera lieu Ă  un vote solennel, mardi prochain. ConformĂ©ment Ă  la Constitution (article 49), "seuls sont recensĂ©s les votes favorables Ă  la motion de censure qui ne peut ĂȘtre adoptĂ©e qu'Ă  la majoritĂ© des membres composant l'AssemblĂ©e". Soit 289 suffrages. Autant dire que cette exigence ne sera pas atteinte. Mais l'absence de suspense n'interdit pas de se situer sur le plan des principes.

A mon sens, on assiste depuis les années 80 à une dérive des institutions telles que le Général de Gaulle les avaient voulues : un Président détenteur de l'autorité politique mais ne l'exerçant qu'avec la confiance des Français. Le respect de cette condition l'avait conduit à démissionner, de sa propre initiative, aprÚs le référendum négatif d'avril 1969. Or cette conception de la responsabilité a été pervertie lorsqu'en 1986, François Mitterrand reste au pouvoir aprÚs sa défaite aux législatives : il appelle alors comme Premier ministre Jacques Chirac qui, de son cÎté, accepte d'exercer ses fonctions dans une cohabitation "entre chiens et loups". Ce scénario s'est reproduit, depuis, en 1993 (avec Edouard Balladur) et en 1997 (avec Lionel Jospin). Le maintien au pouvoir à tout prix, avec l'espoir secret d'éliminer son adversaire, ruine l'interprétation gaullienne de la Constitution.

La consĂ©quence de cette nouvelle pratique est un affaiblissement de la fonction prĂ©sidentielle et, plus encore, un exercice indĂ©cis du pouvoir. Comment les citoyens peuvent-ils s'y retrouver ? Une nouvelle Ă©tape a Ă©tĂ© franchie lorsque la rivalitĂ© entre PrĂ©sident et Premier ministre s'est doublĂ©e d'une seconde, au sein mĂȘme du Gouvernement. "Tu fus mon ennemi mĂȘme avant que de naĂźtre, Et tu le fus encore quand tu me pus connaĂźtre", dit Auguste, dans Cinna. Dans ces conditions, est-il excessif de parler de dĂ©liquescence et de discrĂ©dit ? Je ne le crois pas.

J'aurais donc toutes les raisons de voter la censure, le 16 mai. Pourtant, je ne le ferai pas. Je n'ai aucune envie de mĂȘler ma voix Ă  ceux qui ont participĂ©, de prĂšs ou de loin, aux Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques ou Ă  l'affaire Green Peace ou qui ont cautionnĂ© un exercice machiavĂ©lique du pouvoir. Ils n'ont aucun titre Ă  donner des leçons.

De Gaulle, réveille-toi, ils sont devenus fous !