Depuis 30 ans, des projets de création d'un aéroport régional, au centre du triangle Caen-Le Havre-Rouen, sont régulièrement évoqués, sans jamais déboucher. Aujourd'hui, il est admis que le coût d'aménagement d'une nouvelle plate-forme serait prohibitif. Aussi, l'idée, séduisante mais trop tardive, est abandonnée. Mais les présidents des conseils régionaux de la Haute et de la Basse-Normandie ont relancé récemment la démarche sous une forme plus modeste, l'aménagement d'un aéroport à vocation régionale, à partir des 4 plates-formes existantes (Caen-Carpiquet, Deauville-Saint Gatien, Le Havre-Octeville et Rouen-Vallée de Seine). Mais laquelle choisir ?

Plusieurs scénarios ont été étudiés par le cabinet ITA. Celui qui a été retenu, sans véritable concertation avec les maires concernés, est l'aménagement de l'aéroport de Deauville. Pourtant , l'étude reconnaît que cette solution n'est pas adaptée à la situation géographique de Rouen : "Deauville est beaucoup moins bien placé pour jouer le rôle d'aéroport de substitution pour la clientèle de Rouen". Au mieux, il en captera 30 %. Comme l'indique le cabinet ITA, la solution regroupant le plus de population à 45 mn aurait été un doublet Deauville-Rouen. Mais, en dépit de mon plaidoyer, elle a été balayée d'un revers de main. Certains ont dit à cette occasion que la conclusion avait été faite avant la démonstration !

Quoi qu'il en soit, comment appréhender désormais l'avenir de la plate-forme rouennaise ?
- Positionnement actuel de Rouen-Vallée de Seine :
  • aviation d'affaires, aéro-club, vol à voile, hélicoptère, logistique légère, charters vers la Corse
  • 1 ligne régulière (3 vols par jours) vers Lyon
  • 65.000 à 70.000 mouvements d'avion par an, pour l'essentiel aviation légère
  • 40.000 passagers transportés.
  • 100 emplois directs et contribution de 400.000 euros (taxe professionnelle) aux collectivités locales.
  • Gestion par un syndicat mixte, avec le concours financier (par ordre décroissant) de la Chambre de commerce, du département, de la ville de Rouen, de la CAR, de la commune de Boos et de la CCI d'Elbeuf pour un montant total de 1,2 millions d'euros, y compris les remboursements d'emprunts.

Mon analyse personnelle est qu'il faut conserver à Rouen un aéroport de proximité, outil du développement économique de l'agglomération.

- Un peu de géographie d'abord :
La zone urbaine de Rouen (518.000 habitants) est la 12e de province, loin devant Caen (370.000) et Le Havre (297.000). Or les 20 premières zones urbaines de France ont un aéroport àmoins d'1/2 heure du centre ville. Pourquoi notre ville serait-elle rayée de cette carte ?
L'accès à Orly et Roissy est aujourd'hui très irrégulier en voiture, long et pénalisant en train. Quant au transfert vers Deauville, il est admis d'emblée qu'il est hypothétique.

- Un peu d'économie ensuite :
La présence d'un aéroport est un plus pour l'attractivité de notre territoire. Au moment où la région vient d'être dotée d'un pôle de compétitivité internationale, à vocation mondiale : MOV'EO, la fermeture de la plate-forme aurait, à mon sens, un impact tout à fait négatif.

- Enfin un constat d'ordre sanitaire :
Il est indispensable de disposer à proximité du CHU d'un aéroport permettant, de jour comme de nuit, les transports sanitaires (évacuations, dons d'organes).

Il ne s'agit en rien d'un combat contre Deauville, trop éloigné pour nous, mais d'un outil pour notre agglomération. Selon moi, on a besoin, à Rouen :

1. d'une liaison régulière vers un hub (celui de Lyon-St Exupéry autorise plus de 30 correspondances françaises et européennes) avec des avions fiables : à compter d'octobre, la ligne actuelle sera d'ailleurs découplée du Havre, ce qui marquera une réelle amélioration;

2. d'une compagnie à bas coût (low cost) qui aurait l'avantage d'équilibrer l'exploitation : or Beauvais est quasi-saturé et nous a fait des propositions;

3. d'un léger allongement de piste qui, tout en restant dans l'emprise actuelle, permettrait l'accueil d'avions plus modernes et moins bruyants.

Comme on le voit, ce n'est pas un plan hors d'atteinte ou grandiloquent mais simplement un moyen de lutter à armes égales avec les villes concurrentes.