Analyse
Par Pierre Albertini, lundi 12 juin 2006 à 11:07 :: National :: #69 :: rss
En surfant ce week-end, je suis tombé sur le billet d'un blog que j'ai trouvé trÚs pertinent. C'est une analyse critique de la gauche française en général et du socialisme en particulier. Je vous la soumets.
SégolÚne et la gauche française
Nul ne peut prĂ©juger de ce que sera la situation de la prĂ©sidente de la RĂ©gion Poitou-Charente Ă la rentrĂ©e mais SĂ©golĂšne Royal est dâores et dĂ©jĂ la petite «fiancĂ©e» des sondages et des mĂ©dias, et par consĂ©quent de la part plus ou moins importante du pays rĂ©el que cette persistance mĂ©diatique reflĂšte. SĂ©golĂšne Royal est cependant plus quâun phĂ©nomĂšne mĂ©diatique auquel ses rivaux socialistes, et plus largement, les responsables des mouvements de gauche, veulent la rĂ©duire. En effet, au-delĂ de la lune de miel qui se confirmera ou pas, elle incarne la vengeance de la rĂ©alitĂ© sur la dĂ©rive de la gauche française, dĂ©sormais prisonniĂšre des limbes alambiquĂ©s quâelle sâest construite.
SĂ©golĂšne est la punition venue lĂ oĂč la gauche pĂȘche. Il fallait bien quâil y en ait une et, finalement, il nâest pas dĂ©plaisant quâelle aie le visage de SĂ©golĂšne. Inconsciemment, plus que la seule originalitĂ© de son appartenance sexuelle, ce qui fait dâelle une sorte dâhĂ©roĂŻne inattendue voire inespĂ©rĂ©e tient Ă cette dimension. Au fond, chacun se dit : « Câest bien fait pour eux ». SĂ©golĂšne « nous » venge dâun Fabius qui a fait basculer la France dans le camp du non Ă la Constitution europĂ©enne Ă seule fin de se marquer Ă gauche pour incarner « une ligne politique crĂ©dible ». Elle « nous » venge du combat des Ă©lĂ©phants si doctoraux, si sĂ»rs dâeux, qui semblent avoir tout planifiĂ©, au sein de leurs laboratoires dâidĂ©es, de leurs rĂ©seaux, pour accĂ©der au pouvoir suprĂȘme. Elle nous venge dâune gauche «sociologique» et «rĂ©volutionnaire», communicante et sophistiquĂ©e, prompte Ă exalter au sein du peuple et de ses composantes les rĂ©criminations envers le pouvoir, Ă espĂ©rer du pays quâil se laisse aller Ă ses petits dĂ©mons familiers de la contestation, pourvu que cela serve la cause partisane en dĂ©pit des dĂ©gĂąts causĂ©s.
Encore lorsque la gauche se piquait dâĂȘtre utopique, pouvait-on encore lui rĂ©server une certaine sympathie, mais il y a longtemps quâelle est devenue, au pouvoir comme dans lâopposition, un catalyseur de populisme, de dĂ©magogie et de pures manoeuvres. Si gouverner, câest prĂ©voir, comment se satisfaire de voir, dix ans aprĂšs que les lois Aubry instaurant, Ă rebours de la mondialisation, les 35 h, une prĂ©tendante Ă la magistrature suprĂȘme reçue comme elle lâa Ă©tĂ© en Ă©mettant de si prudentes rĂ©serves sur «les 35 h». Non pas quâelles aient affaibli lâĂ©conomie du pays, mis Ă mal la valeur travail, mais quâelles ont nui Ă lâintĂ©rĂȘt des plus faibles.
La gauche ne doit pas sa dĂ©faite de 2002 au hasard. Elle nâa pas perdu par dĂ©fection et Ă©parpillement des voix quâelle considĂšre ĂȘtre les siennes. Elle a perdu parce quâelle a cessĂ© depuis fort longtemps, Ă lâexception de quelques personnalitĂ©s, dâĂȘtre sincĂšre avec elle-mĂȘme et avec le pays. Elle exploite et ordonne la dĂ©mocratie pour elle-mĂȘme, non pas pour faire avancer le pays ni pour lâaider Ă prendre les dĂ©cisions quâil doit prendre ou rĂ©aliser les rĂ©formes nĂ©cessaires, mais pour y imposer son prisme idĂ©ologique.
A force dâĂȘtre dans des calculs politiciens, des opĂ©rations mĂ©diatiques, des postures de surenchĂšre, dans la rĂ©cupĂ©ration politique des phĂ©nomĂšnes sociologiques oĂč elle sait si bien dĂ©ployer son discours sur les «inĂ©galitĂ©s ou d'injustices sociales», «le droit Ă la diffĂ©rence» ou encore «lâinĂ©quitĂ© de la redistribution», elle a fini par trahir lâessence du politique et se mettre au service dâune nation «virtuelle», dont elle a patiemment «surfacé» le pĂ©rimĂštre. Le pays rĂ©el â qui a une Ăąme et une profondeur - sây trouve engoncĂ©, en quasi dĂ©pendance de nouvelles promesses «dâordre juste», «de transformation sociale» et il a, ce qui constitue un paradoxe pour une nation telle la nĂŽtre, le mal de lui-mĂȘme. Cette gauche est championne dans lâĂ©loge des communautarisme, des cultures contestataires, alter-mondialistes, et des diffĂ©renciations. Elle puise dans ce vivier dâinsatisfactions et de frustrations, qui sont naturelles jusquâĂ un certain point dans un pays, une partie de sa lĂ©gitimitĂ©. MalgrĂ© les prises de position sĂ©curitaires de SĂ©golĂšne Royal, elle manifeste une tolĂ©rance Ă la violence rĂ©putĂ©e nĂ©e en rĂ©action Ă la violence sociale, raciale, judiciaire ou Ă©conomique. DâoĂč son maniement complaisant, incompatible selon moi avec une vision rĂ©publicaine, du concept de «dĂ©sobĂ©issance civile».
En dĂ©pit du beau printemps de SĂ©golĂšne, la situation de la gauche, en dĂ©finitive, sâest aggravĂ©e. Le projet socialiste pour 2007 qui fixe le cap des campagnes Ă venir est un catalogue convenu, avec une dialectique de «transformation de la sociĂ©té» et quelques idĂ©es dĂ©magogiques comme «le smic Ă 1500 ⏠dâici 2012», lâabrogation de quelques lois issues de lâactuelle majoritĂ©, la renationalisation dâEDF, sans lesquelles un projet de gauche en serait pas un projet de gauche et mĂȘme lâaspiration Ă ramener, sur la question europĂ©enne, lâensemble des autres nations de lâunion Ă sa raison sociale «anti-ultra-libĂ©rale». Lui-mĂȘme bloquĂ©, le parti socialiste aime quand la sociĂ©tĂ© française est bloquĂ©e. Le fait est que, depuis 2002, il nâa pas fait son aggiornamento et, prisonnier dâalliances externes comme dâĂ©quilibres internes, il nâa pas renouvelĂ© son corpus idĂ©ologique. Pire encore, il nâen Ă©merge aucune ligne force, aucune cohĂ©rence. Il nous y fait voir son bric-Ă -brac. Mais sâil ne parvient pas Ă changer sa maniĂšre dâĂȘtre dans une sociĂ©tĂ©, câest peut-ĂȘtre davantage parce quâil ne le peut pas sans voler en miettes que parce quâil ne le veut pas. François Hollande est le Premier secrĂ©taire de cette synthĂšse impossible, et câest vraisemblablement sur cette base lĂ que lâĂ©mergence de sa compagne, SĂ©golĂšne Royal, sâest rĂ©vĂ©lĂ©e dâailleurs possible, peut-ĂȘtre inĂ©vitable, voire â cela nâest pas Ă exclure - tactique. Et câest, vraisemblablement, aussi toute la limite de cette Ă©closion que viendront ou non adouber les militants. On voit certes une silhouette se lever. Mais on ne voit pas se dessiner, mĂȘme en imaginant que soit mis un clocher en fond, la France, la vraie.
La vraie France. Si elle existe, je crois que la gauche lâa reniĂ©e, cette France lĂ et qu'Ă un moment ou Ă un autre, il faudra qu'elle en paye le prix. Elle lâa ringardisĂ©e, elle et ses valeurs, un peu comme les annĂ©es post-68, qui sont un peu les siennes, ont ringardisĂ© Mireille Mathieu. Elle prĂ©fĂšre la France sur laquelle elle conserve et organise son emprise, câest-Ă -dire celle oĂč elle arbitre entre des requĂ©rants divers au titre du pacte social ; câest-Ă -dire une France des banlieues difficiles oĂč elle peut gĂ©nĂ©rer son discours sociologique auprĂšs des populations «difficiles» et les saupoudrer de subsides, cultiver aussi une part de rĂ©crimination et de frustrations et y attacher son univers associatif et ses travailleurs sociaux; câest-Ă -dire aussi une France de salariĂ©s attachĂ©s Ă leurs acquis comme lâĂ©taient les privilĂ©giĂ©s de lâAncien rĂ©gime Ă leurs prĂ©bendes au point que la citoyennetĂ© ne se trouve plus ĂȘtre selon son vĆu quâune stagnation Ă lâintĂ©rieur dâune bulle spĂ©culative dite du «progrĂšs social».
l'adresse du blog est :
http://france.midiblogs.com/archive/2006/06/08/segolene-et-la-gauche-francaise.html
Nul ne peut prĂ©juger de ce que sera la situation de la prĂ©sidente de la RĂ©gion Poitou-Charente Ă la rentrĂ©e mais SĂ©golĂšne Royal est dâores et dĂ©jĂ la petite «fiancĂ©e» des sondages et des mĂ©dias, et par consĂ©quent de la part plus ou moins importante du pays rĂ©el que cette persistance mĂ©diatique reflĂšte. SĂ©golĂšne Royal est cependant plus quâun phĂ©nomĂšne mĂ©diatique auquel ses rivaux socialistes, et plus largement, les responsables des mouvements de gauche, veulent la rĂ©duire. En effet, au-delĂ de la lune de miel qui se confirmera ou pas, elle incarne la vengeance de la rĂ©alitĂ© sur la dĂ©rive de la gauche française, dĂ©sormais prisonniĂšre des limbes alambiquĂ©s quâelle sâest construite.
SĂ©golĂšne est la punition venue lĂ oĂč la gauche pĂȘche. Il fallait bien quâil y en ait une et, finalement, il nâest pas dĂ©plaisant quâelle aie le visage de SĂ©golĂšne. Inconsciemment, plus que la seule originalitĂ© de son appartenance sexuelle, ce qui fait dâelle une sorte dâhĂ©roĂŻne inattendue voire inespĂ©rĂ©e tient Ă cette dimension. Au fond, chacun se dit : « Câest bien fait pour eux ». SĂ©golĂšne « nous » venge dâun Fabius qui a fait basculer la France dans le camp du non Ă la Constitution europĂ©enne Ă seule fin de se marquer Ă gauche pour incarner « une ligne politique crĂ©dible ». Elle « nous » venge du combat des Ă©lĂ©phants si doctoraux, si sĂ»rs dâeux, qui semblent avoir tout planifiĂ©, au sein de leurs laboratoires dâidĂ©es, de leurs rĂ©seaux, pour accĂ©der au pouvoir suprĂȘme. Elle nous venge dâune gauche «sociologique» et «rĂ©volutionnaire», communicante et sophistiquĂ©e, prompte Ă exalter au sein du peuple et de ses composantes les rĂ©criminations envers le pouvoir, Ă espĂ©rer du pays quâil se laisse aller Ă ses petits dĂ©mons familiers de la contestation, pourvu que cela serve la cause partisane en dĂ©pit des dĂ©gĂąts causĂ©s.
Encore lorsque la gauche se piquait dâĂȘtre utopique, pouvait-on encore lui rĂ©server une certaine sympathie, mais il y a longtemps quâelle est devenue, au pouvoir comme dans lâopposition, un catalyseur de populisme, de dĂ©magogie et de pures manoeuvres. Si gouverner, câest prĂ©voir, comment se satisfaire de voir, dix ans aprĂšs que les lois Aubry instaurant, Ă rebours de la mondialisation, les 35 h, une prĂ©tendante Ă la magistrature suprĂȘme reçue comme elle lâa Ă©tĂ© en Ă©mettant de si prudentes rĂ©serves sur «les 35 h». Non pas quâelles aient affaibli lâĂ©conomie du pays, mis Ă mal la valeur travail, mais quâelles ont nui Ă lâintĂ©rĂȘt des plus faibles.
La gauche ne doit pas sa dĂ©faite de 2002 au hasard. Elle nâa pas perdu par dĂ©fection et Ă©parpillement des voix quâelle considĂšre ĂȘtre les siennes. Elle a perdu parce quâelle a cessĂ© depuis fort longtemps, Ă lâexception de quelques personnalitĂ©s, dâĂȘtre sincĂšre avec elle-mĂȘme et avec le pays. Elle exploite et ordonne la dĂ©mocratie pour elle-mĂȘme, non pas pour faire avancer le pays ni pour lâaider Ă prendre les dĂ©cisions quâil doit prendre ou rĂ©aliser les rĂ©formes nĂ©cessaires, mais pour y imposer son prisme idĂ©ologique.
A force dâĂȘtre dans des calculs politiciens, des opĂ©rations mĂ©diatiques, des postures de surenchĂšre, dans la rĂ©cupĂ©ration politique des phĂ©nomĂšnes sociologiques oĂč elle sait si bien dĂ©ployer son discours sur les «inĂ©galitĂ©s ou d'injustices sociales», «le droit Ă la diffĂ©rence» ou encore «lâinĂ©quitĂ© de la redistribution», elle a fini par trahir lâessence du politique et se mettre au service dâune nation «virtuelle», dont elle a patiemment «surfacé» le pĂ©rimĂštre. Le pays rĂ©el â qui a une Ăąme et une profondeur - sây trouve engoncĂ©, en quasi dĂ©pendance de nouvelles promesses «dâordre juste», «de transformation sociale» et il a, ce qui constitue un paradoxe pour une nation telle la nĂŽtre, le mal de lui-mĂȘme. Cette gauche est championne dans lâĂ©loge des communautarisme, des cultures contestataires, alter-mondialistes, et des diffĂ©renciations. Elle puise dans ce vivier dâinsatisfactions et de frustrations, qui sont naturelles jusquâĂ un certain point dans un pays, une partie de sa lĂ©gitimitĂ©. MalgrĂ© les prises de position sĂ©curitaires de SĂ©golĂšne Royal, elle manifeste une tolĂ©rance Ă la violence rĂ©putĂ©e nĂ©e en rĂ©action Ă la violence sociale, raciale, judiciaire ou Ă©conomique. DâoĂč son maniement complaisant, incompatible selon moi avec une vision rĂ©publicaine, du concept de «dĂ©sobĂ©issance civile».
En dĂ©pit du beau printemps de SĂ©golĂšne, la situation de la gauche, en dĂ©finitive, sâest aggravĂ©e. Le projet socialiste pour 2007 qui fixe le cap des campagnes Ă venir est un catalogue convenu, avec une dialectique de «transformation de la sociĂ©té» et quelques idĂ©es dĂ©magogiques comme «le smic Ă 1500 ⏠dâici 2012», lâabrogation de quelques lois issues de lâactuelle majoritĂ©, la renationalisation dâEDF, sans lesquelles un projet de gauche en serait pas un projet de gauche et mĂȘme lâaspiration Ă ramener, sur la question europĂ©enne, lâensemble des autres nations de lâunion Ă sa raison sociale «anti-ultra-libĂ©rale». Lui-mĂȘme bloquĂ©, le parti socialiste aime quand la sociĂ©tĂ© française est bloquĂ©e. Le fait est que, depuis 2002, il nâa pas fait son aggiornamento et, prisonnier dâalliances externes comme dâĂ©quilibres internes, il nâa pas renouvelĂ© son corpus idĂ©ologique. Pire encore, il nâen Ă©merge aucune ligne force, aucune cohĂ©rence. Il nous y fait voir son bric-Ă -brac. Mais sâil ne parvient pas Ă changer sa maniĂšre dâĂȘtre dans une sociĂ©tĂ©, câest peut-ĂȘtre davantage parce quâil ne le peut pas sans voler en miettes que parce quâil ne le veut pas. François Hollande est le Premier secrĂ©taire de cette synthĂšse impossible, et câest vraisemblablement sur cette base lĂ que lâĂ©mergence de sa compagne, SĂ©golĂšne Royal, sâest rĂ©vĂ©lĂ©e dâailleurs possible, peut-ĂȘtre inĂ©vitable, voire â cela nâest pas Ă exclure - tactique. Et câest, vraisemblablement, aussi toute la limite de cette Ă©closion que viendront ou non adouber les militants. On voit certes une silhouette se lever. Mais on ne voit pas se dessiner, mĂȘme en imaginant que soit mis un clocher en fond, la France, la vraie.
La vraie France. Si elle existe, je crois que la gauche lâa reniĂ©e, cette France lĂ et qu'Ă un moment ou Ă un autre, il faudra qu'elle en paye le prix. Elle lâa ringardisĂ©e, elle et ses valeurs, un peu comme les annĂ©es post-68, qui sont un peu les siennes, ont ringardisĂ© Mireille Mathieu. Elle prĂ©fĂšre la France sur laquelle elle conserve et organise son emprise, câest-Ă -dire celle oĂč elle arbitre entre des requĂ©rants divers au titre du pacte social ; câest-Ă -dire une France des banlieues difficiles oĂč elle peut gĂ©nĂ©rer son discours sociologique auprĂšs des populations «difficiles» et les saupoudrer de subsides, cultiver aussi une part de rĂ©crimination et de frustrations et y attacher son univers associatif et ses travailleurs sociaux; câest-Ă -dire aussi une France de salariĂ©s attachĂ©s Ă leurs acquis comme lâĂ©taient les privilĂ©giĂ©s de lâAncien rĂ©gime Ă leurs prĂ©bendes au point que la citoyennetĂ© ne se trouve plus ĂȘtre selon son vĆu quâune stagnation Ă lâintĂ©rieur dâune bulle spĂ©culative dite du «progrĂšs social».
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Commentaires
1. Le lundi 12 juin 2006 à 17:48, par Michel1
2. Le lundi 12 juin 2006 à 18:28, par FrĂ©dĂ©ric CROCHET (FredHook)
3. Le lundi 12 juin 2006 à 23:22, par Le Politoscope
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