Personne ne conteste que la délinquance des mineurs soit aujourd'hui un phénomène préoccupant. Surcroît de violences, y compris à l'école, actes de vandalisme, d'agression et de vol commis par des jeunes de plus en plus jeunes, implication dans divers trafics, le diagnostic est connu. Mais comment agir sur les causes et détecter en amont les risques auxquels ces mineurs sont exposés ? Comment leur offrir ensuite une seconde chance ?

Le projet de loi veut faire du maire le "pivot" de la politique de prévention : l'article 1er indique ainsi qu'il "anime et coordonne" cette politique, dans le respect des attributions du préfet et de la justice. Pas de problème jusqu'ici ! Elu de proximité, le maire est le mieux placé pour prendre le pouls, recueillir les doléances des habitants, mesurer la détérioration d'une situation. Responsable de la tranquillité publique, c'est d'ailleurs à lui que s'adressent spontanément les familles inquiètes. Lors de sa visite à Rouen, j'avais demandé à D. de Villepin de consacrer ce rôle de coordonnateur. Il m'avait alors écouté poliment mais l'amendement que j'avais présenté alors a été rejeté sans véritable débat par la Commission des lois. Juste retour des choses deux ans après ?

Dans mon esprit, il s'agit de regrouper les intervenants (enseignants, travailleurs sociaux, policiers, magistrats) pour définir conjointement les priorités de l'action et en évaluer régulièrement les résultats. Je ne revendique nullement un quelconque pouvoir hiérarchique sur ces acteurs, ce qui m'intéresse, c'est de les fédérer, sur le territoire de la ville. Cela se fait déjà partiellement avec le réseau d'éducation prioritaire, par exemple, mais ne concerne que les quartiers sensibles. Or une politique de prévention doit être globale, elle ne saurait être saucissonnée. Bref, coordonner, accompagner les parents, renforcer la citoyenneté, cela me va.

En revanche, je ne suis pas favorable à l'attribution au maire d'un pouvoir de sanction propre. Il faut le laisser aux autorités formées pour les prendre. Coordonnateur : oui, shériff : non. En outre, beaucoup de communes, de petite taille, seraient bien désarmées pour exercer de telles responsabilités.

Enfin, je souhaite une réponse rapide et graduée aux actes de délinquance des mineurs. Tout ce qui permet d'éviter la prison doit être, selon moi, privilégié. Quant à la détection précoce des risques chez les enfants, dès la maternelle, c'est une imposture qui fait penser aux vaines tentatives de la criminologie pour identifier des délinquants-type. Il faut protéger les enfants, non les voir comme dessujets d'expérience pour de pseudo-savants fous.