N'étant jamais allé à Ningbo, j'étais personnellement très curieux de visiter notre ville jumelle pour y mesurer l'intérêt de cette coopération inter-cités, lancée en 1990. Je n'ai pas été déçu et je suis heureux de vous livrer, pêle-mêle, mes impressions.
Un peu d'histoire : le jumelage avec Ningbo a été impulsé par Jean Lecanuet, alors Maire de Rouen et Président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat. Cela a donné d'autant plus de sens à ce jumelage qu'à l'époque, les villes françaises impliquées en Chine étaient fort rares comme on n'a pas manqué de me le faire comprendre ces derniers jours.
Aujourd'hui, Ningbo correspond à ce que serait pour nous une ville région. Au confluent de trois rivières, la ville dense abrite 1,3 million d'habitants mais administre un territoire plus vaste de près de 6 millions. Cette partie de la Chine subit un exode rural très important. Ainsi, Shanghaï -qui se trouve à 4 heures de voiture de Ningbo a reçu plus de 5 millions de migrants pour la seule année dernière, ce qui montre l'ampleur du phénomène.
En 2020, la partie centrale de Ningbo devrait passer de 1,3 à 2,5 millions d'habitants ! Avec 250 millions de tonnes, le port est le cinquième du monde (il traite à lui seul autant de marchandises que les 7 ports autonomes français).
Contenu de la mission : organisée à l'occasion du 20e anniversaire de l'université, elle a permis des échanges sur plusieurs points :
-municipal d'abord : de nombreuses séances de travail ont eu lieu avec le maire de Ningbo puis en matière d'urbanisme et dans le domaine culturel ( à l'Opéra d'ailleurs construit par un Français). Pour les manifestations officielles, le formalisme est très poussé en Chine. Ainsi, le 20e anniversaire de l'université s'est déroulé en présence de 10 000 personnes qui ont eu à entendre pas moins de 12 discours (petit coco-rico, c'est le président de l'université de Rouen qui a parlé au nom de tous les établissements représentés ). Ce décorum, un peu inhabituel pour nous, cède heureusement la place à une véritable convivialité à l'occasion des repas par exemple : le partage des toasts, nombreux, est une des conditions de la confiance, en Chine ( je n'ai jamais fait autant "cul sec "en si peu de jours).
- économique, universitaire, scolaire et touristique aussi : sait-on qu'il y a à Rouen 250 étudiants chinois, originaires pour beaucoup de Ningbo et de ShanghaÏ ? Notre ville est probablement celle qui en accueille, en proportion, le plus grand nombre.
- sanitaire enfin : le niveau des hôpitaux chinois est très inégal. Aussi, les échanges avec le CHU motivent particulièrement nos interlocuteurs.
Ville de contrastes : la richesse d'une minorité contraste avec la modestie de la plus grande partie des habitants. Néanmoins, nous avons vu très peu de mendiants ou de désoeuvrés. Le niveau de vie ne cesse d'augmenter rapidement et les Chinois ont une soif de consommation à la mesure sans doute des restrictions qu'ils ont longtemps subies.
Mais les défis à relever sont encore nombreux :
les inégalités territoriales engendrent des migrations internes (140 millions dit-on). Comment prendre en charge le besoin effréné de logements ? A Ningbo, on commence à peine à lancer les premiers programmes de HLM.
la croissance urbaine crée des problèmes d'environnement qui s'amplifient : eau potable, pollution de l'air, des rivières par exemple. Et que dire de la consommation d'énergie dans des tours de 30 à 50 étages qui sont bien loin de toute éco-cpnstruction ?
Grande satisfaction : outre l'accueil chaleureux de nos hôtes, avoir pu donner une conférence et dialoguer librement pendant plus d'une heure avec 200 étudiants chinois, sur les relations internationales, l'économie, l'université française...
Grande perplexité aussi : la fascination qu'éprouvent aujourd'hui les Chinois, du moins ceux des villes, pour les symboles, même les plus discutables, de la civilisation occidentale.
Qu'on n'oublie pas cependant que, dans l'empire du milieu, c'est "vent d'est, vent d'ouest".