De la conférence que j'ai donnée, hier, à l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, j'extrais ces quelques phrases de Montesquieu : celui-ci constate les conséquences fâcheuses de la disparition de la "vertu" (l'amour des lois et de la patrie) qui est, selon lui, le principe de la démocratie. C'est une forte invitation à réfléchir sur la situation de notre pays aujourd'hui :

"Lorsque cette vertu cesse, l'ambition entre dans les coeurs qui peuvent la recevoir, et l'avarice entre dans tous.
Les désirs changent d'objet : ce qu'on aimait, on ne l'aime plus ; on était libre avec les lois, on veut être libre contre elles ; chaque citoyen est comme un esclave échappé de la maison de son maître ; ce qui était maxime, on l'appelle rigueur ; ce qui était règle, on l'appelle gêne (...) Autrefois le bien des particuliers faisait le trésor public ; mais pour lors le trésor public devient le patrimoine des particuliers. La République est une dépouille ; et sa force n'est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous".

L'Esprit des Lois, 1748.