Lettre aux enseignants
Par Pierre Albertini, dimanche 25 février 2007 à 15:29 :: General :: #171 :: rss

Enseigner est, pour moi, le plus beau métier du monde. Je l'ai fait avec passion pendant 25 ans, au contact des étudiants. Appartenant comme vous à la "grande maison", je voudrais vous livrer quelques réflexions personnelles et peut-être aussi quelques mouvements d'humeur, à la lumière du débat actuel sur l'école.
Celle-ci a fait irruption dans la campagne présidentielle. C'est tout à fait justifié, à mon sens. La nation est en effet très exigeante vis-à -vis de son école, elle a conscience que beaucoup de choses s'y jouent, dès le plus jeune âge de l'élève. En revanche, ce qui l'est moins, c'est le jugement souvent expéditif porté sur ses insuffisances. La société malade cherche de plus en plus à s'exonérer de ses responsablités, en demandant à l'éducation nationale de suppléer ses propres carences. Notre pays souffre de maux profonds : perte de repères, affaiblissement de l'autorité parentale, montée des inégalités, intégration et ascenseur social en panne...Mais leur traitement peut-il relever des seuls programmes et des seuls professeurs ? Ce serait bien naïf (ou pour certains trop commode) de le croire. Lorsqu'un élève subit, dans sa famille ou dans son environnement audiovisuel, un contre-exemple permanent, comment incriminer la seule école ?
La nation doit se regarder telle qu'elle est, avant d'accuser telle ou telle de ses institutions. Elle doit aussi donner à l'école les moyens de sa réussite. D'abord, par un message de confiance et non par un réquisitoire injuste. Ensuite, par l'affirmation de l'autorité du maître et des savoirs qu'il transmet. Enfin, par la priorité aux établissements accueillant les publics les plus difficiles.
Accablée de toutes parts, l'école a peu à peu perdu l'estime qu'on lui portait. Insensiblement, elle s'est trouvée "délégitimée". Or ce n'est pas un lieu comme les autres, ce n'est pas un espace banal, ouvert à la confusion des genres et à la spontanéité. A fortiori, la violence ne saurait y imposer sa loi. L'école repose, tout au contraire, sur des règles (le respect de l'autre, la fraternité) et sur une différenciation des rôles (celui qui sait et celui qui apprend). Sa mission est de transmettre à la fois un socle de connaissances mais aussi les valeurs de la République.
Pour l'accomplir, elle a besoin de stabilité et d'une évaluation sur la longue durée. Ses pires ennemis sont la facilité et la démagogie Autant dire que, dans le climat actuel, il faut faire la chasse aux fausses bonnes idées, inspirées par le souci de plaire :
- oui à l'amélioration de la formation des maîtres, non à l'alourdissement de leurs obligations de service
- oui à la maîtrise de la discipline enseignée, non à la polyvalence, diluée dans un magma de connaissances superficielles
- oui à la carte scolaire (même régulièrement ajustée), non à la liberté de choix préjudiciable aux familles moins favorisées
- oui à l'augmentation des moyens dans les ZEP, non à la présence de policiers ou de militaires dans les collèges
- oui à la parole de l'enseignant plus qu'à celle de l'enfant
Le pacte entre la nation et son école doit être refondé. C'est la condition, non seulement de l'égalité des chances mais plus encore de la cohésion sociale.
Commentaires
1. Le mercredi 28 février 2007 à 13:31, par Catherine
2. Le mercredi 28 février 2007 à 17:50, par Xavier
3. Le vendredi 2 mars 2007 à 23:31, par Anaxagore
4. Le samedi 3 mars 2007 à 07:20, par Philippe JOUSSAIN
5. Le samedi 3 mars 2007 à 10:57, par Brighelli
6. Le samedi 3 mars 2007 à 19:39, par Réponse à Brighelli
7. Le lundi 5 mars 2007 à 15:14, par L'Hérétique
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