Depuis le début de la campagne présidentielle, François Bayrou défend l'idée qu'un gouvernement d'union est la meilleure façon de redresser le pays. Tant que les intentions de vote le plaçaient au-dessous de 10 %, personne ne prenait le temps de répondre à cette proposition. Maintenant que les sondages le créditent d'un score nettement plus élevé, les critiques et les remarques acerbes se multiplient.

Cet acharnement des autres candidats témoigne déjà de la justesse de sa proposition. Mais tentons d'aller un peu plus loin, en répondant à des questions simples, dépourvues de polémique.

- Connaßt-on des exemples de gouvernements d'union, dans notre pays ? Oui. Sans remonter aux régimes précédents, sous la Ve République, le général de Gaulle a mis en place un gouvernement de large rassemblement,en 1958.

- Ce type de gouvernement ne conduit-il pas à l'instabilité et à la confusion des genres ? Non, pas nécessairement. Le Président a dirigé ainsi le pays pendant quatre ans, de 58 à 62, sans aucune majorité parlementaire. Selon la nature des problÚmes, son Premier ministre a su trouver au Parlement des majorités d'idées variables. Les ministres ont-ils perdu leur ùme ? La France a-t-elle été moins bien gouvernée pendant cette période ? A chacun de juger.

- Un gouvernement d'union est-il la nĂ©gation des clivages qui sĂ©parent la gauche de la droite ? Non. Il ne s'agit pas de nier les diffĂ©rences lorsqu'elles sont fondĂ©es mais de les dĂ©passer au service de l'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Le PrĂ©sident Ă©lu le 6 mai le sera sur un projet, c'est ce dernier qui constituera la feuille de route des ministres : crĂ©ation d'emplois, rĂ©duction des dĂ©ficits et de la dette, consolidation de la protection sociale, amĂ©lioration de la formation, notamment. Ces prioritĂ©s sont le chemin Ă  emprunter pour redresser la France.

- Regrouper des ministres, venant de la droite, de la gauche et bien-sĂ»r du centre, qui acceptent une telle mission, n'est-ce pas utopique ? Non. Imaginer qu'il n'y aurait pas 20 Ă  25 volontaires expĂ©rimentĂ©s pour accomplir une tache aussi nĂ©cessaire, c'est une vĂ©ritable injure pour notre pays. Ceux qui font passer l'intĂ©rĂȘt de leur parti avant l'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral refuseront sans doute. Mais seront-ils encore dignes de reprĂ©senter la nation ?

- L'UDF sera-t-elle assez forte pour ĂȘtre l'ossature du nouveau gouvernement d'union proposĂ© par F. Bayrou ? Peut-ĂȘtre...Cela suppose Ă©videmment qu'elle se renouvelle, qu'elle s'ouvre et qu'elle change de nom pour devenir un grand mouvement dĂ©mocrate, ancrĂ© au centre de l'Ă©chiquier. Cela me semble possible, l'avenir nous le dira. Raymond Aron Ă  qui l'on demandait avec insistance s'il Ă©tait de droite ou de gauche rĂ©pondait : "ĂȘtre de gauche, ĂȘtre de droite, c'est ĂȘtre hĂ©miplĂ©gique. Il faut garder toute sa tĂȘte". Ceux qui se rĂ©clament avec force de la Ve RĂ©publique ne devraient pas oublier que le gĂ©nĂ©ral a toujours voulu ĂȘtre au-dessus des partis.