Que penser du premier tour des élections législatives ? Elles s'inscrivent totalement dans la nouvelle logique institutionnelle qui donne la primauté a l'élection présidentielle et transforme donc la désignation des députés en un simple vote de conséquence. Les Français, aprÚs avoir choisi leur Président, lui accordent, quelques semaines plus tard, la majorité dont il a besoin pour gouverner. La faiblesse de l'enjeu, sinon son absence totale, explique un niveau d'abstention record (prÚs de 40 %). Ceux qui avaient conclu un peu vite au renouveau de la politique en seront pour leurs frais.

Le premier constat, le plus rafraichissant, est l'effondrement des extrĂȘmes, Ă  droite, avec le FN, comme Ă  gauche, avec les divers courants rĂ©volutionnaires. S'en remettront-ils ? Sans doute pas dans les prochaines annĂ©es et il faut s'en rĂ©jouir car ils stĂ©rilisaient, dans une fonction purement protestataire, une bonne partie de l'Ă©lectorat. L'Ă©chec des Verts et des communistes est tout aussi patent mais il ne me rĂ©jouit guĂšre : les uns et les autres apportent une valeur ajoutĂ©e au dĂ©bat politique, sans rĂ©cuser l'exercice des responsabilitĂ©s. Les premiers rebondiront peut-ĂȘtre, les seconds sont, je le crains, dans une spirale d'irrĂ©mĂ©diable dĂ©clin, c'est toute une culture, aujourd'hui bien apaisĂ©e, qui risque de disparaĂźtre.

L'UMP, grĂące Ă  l'image et au dynamisme de son leader, "inflige une lourde dĂ©faite au PS" (Le Monde). La rĂ©sistance socialiste n'est qu'apparente. En rĂ©alitĂ©, le PS ne profite pas de l'affaiblissement des Verts et de l'extrĂȘme gauche, son assise populaire ne fait que s'amenuiser depuis 2002. La cause est Ă  rechercher, moins dans les rivalitĂ©s entre les Ă©lĂ©phants, que dans l'absence de travail de fond, depuis le funeste 21 avril. La combativitĂ© de SĂ©golĂšne Royal n'a pu cacher le vide sidĂ©ral de propositions nouvelles. Beaucoup de militants ne savent plus oĂč ils habitent...

Enfin, pour le Modem, c'est la "bĂ©rĂ©zina lĂ©gislative" que j'avais dĂ©crite Ă  françois Bayrou comme inĂ©luctable, en raison du mode de scrutin et de son refus de peser immĂ©diatement sur le cours des choses, en proposant aux candidats un pacte de lĂ©gislatrure entre les deux tours. Le centre passe de 18,5 Ă  7,7 % des suffrages exprimĂ©s. La dĂ©perdition est plus douloureuse encore en termes de voix (de 6,8 Ă  2 M). Je me rappelle ce que me disait FB, six mois avant la prĂ©sidentielle : "si nous faisons un score Ă  deux chiffres, nous serons les rois du pĂ©trole". On a peine Ă  croire qu'il ait pu le dire, Ă  voir son obstination ultĂ©rieure Ă  cultiver, au-delĂ  du raisonnable, une indĂ©pendance contraire Ă  l'intĂ©rĂȘt du pays qui a besoin de toutes ses forces pour se redresser. Etre au centre ne signifie pas ĂȘtre nulle part. Passer des alliances, est-ce illĂ©gitime ?

Les rĂ©sultats, Ă  Rouen, n'Ă©chappent pas aux tendances nationales. Par rapport aux prĂ©sidentielles, la progression de B. Devaux est nettement plus forte que celle de V. Fourneyron. Le score obtenu par L. Leforestier est honorable et celui de JM BĂ©rĂ©govoy est supĂ©rieur Ă  la moyenne nationale de son parti. Ces nuances font la singularitĂ© Ă©lectorale de notre ville. Le pronostic pour le 17 juin est difficile, je ne m'y hasarderai pas ! En revanche, aprĂšs la neutralitĂ© observĂ©e jusqu'au 1er tour, je confirme sans ambigĂŒitĂ© mon soutien personnel (et celui de la majoritĂ© municipale) Ă  Bruno Devaux pour le 17 juin prochain.