La politique a sa noblesse mais elle ne doit pas occuper tout l'espace. Le temps du vagabondage (entendu comme comme un voyage de l'esprit, de l'imagination) est venu. Je n'écrirai donc plus que sur ce registre (et beaucoup plus rarement) pendant quelques semaines. Cela nous fera du bien à tous, particulièrement ceux qui sont aveuglés par des jugements binaires.

Comme promis, je rends compte du dernier livre que j'ai lu, qui m'a laissé sur une impression mitigée : "Le Successeur", d'Ismail Kadaré.

A ma grande honte, Kadaré est le seul auteur albanais que je connaisse. Réfugié en France, où il a obtenu l'asile politique, il partage désormais sa vie entre Tirana et Paris.
J'ai abordé son livre avec une curiosité d'autant plus vive que j'en ignorais tout. Voici quelques mots d'une trame qui réserve bien des surprises. Le 14 décembre, au matin, on découvre dans sa chambre le cadavre du "successeur" désigné pour prendre la suite du Guide albanais. S'agit-il d'un suicide (version officielle) ou d'un assassinat (vite accédité par l'opinion publique) ? Construit avec des retours en arrière fréquents, mettant en scène plusieurs personnages, dont la victime elle-même, le roman de Kadaré s'inspire d'une énigme, la mort mystérieuse du dauphin du dictateur albanais Enver Hodga. Partant d'un fait, non encore élucidé, il nous invite à méditer sur l'insondable relation entre les puissants et la vanité des trajectoires programmées. C'est à la fois haletant comme une enquête policière et décevant comme toute aventure humaine. "N'essayez pas de trouver en quoi nous nous sommes trompés. Nous ne sommes que les fruits d'une erreur dans le grand ordre de l'Univers", avoue la victime à la fin du livre.