Blog de Pierre Albertini

jeudi 30 août 2007

30 août : anniversaire de la Libération de Rouen



Réunis comme chaque année, au stand des Fusillés, nous éprouvons autant d'émotion à la lecture qui n'en finit pas du nom de ces hommes torturés puis envoyés au poteau d'éxécution par l'occupant allemand. Le lieu, calme et simple, est une invitation à exprimer sans fin notre reconnaissance à ceux qui ont fait pour la patrie et pour sa liberté le sacrifice de leur vie.

Avec Pierre Claise et le préfet, nous avons évoqué brièvement la longue attente des rouennais et leur immense joie d'entendre les cloches retentir à la volée dans notre bonne ville, au coeur de cette après-midi de liberté retrouvée. Hommage à ceux qui ont été l'honneur de la France pendant cette période noire(du général de Gaulle aux plus obscurs résistants) et aux alliés ! Hommage aussi aux déportés rouennais et aux 1600 victimes civiles des bombardements qui ont détruit, totalement ou partiellement, 110 hectares de notre ville !

Dernière lecture de l'été : "Trois jours chez ma mère" de François Weyergans



J'achéve ce mois d'août en compagnie du prix Goncourt 2005 que je n'avais pas encore lu. A vrai dire, j'ai entrepris cette lecture avec beaucoup de plaisir. J'avais en effet beaucoup aimé "Frantz et François", du même auteur, consacré aux relations d'un fils et de son père. Au terme du voyage, oserais-je écrire que je suis un peu déçu ?

Voilà un écrivain partagé entre la jouissance immédiate de la vie, son amour pour la femme avec laquelle il vit depuis trente et celui, éphémère, que lui procurent de multiples aventures, anxieux devant les feuilles blanches des livres qu'il imagine sans vraiment les écrire, taraudé par le remords qu'il éprouve à voir, de loin, sa mère vieillir...F. Weyergans picore dans la collection de ses souvenirs, cultive l'émotion et l'humour. Le style est léger. Mais je n'ai pas été totalement séduit. A force de batifoler ainsi, de promener son lecteur d'anecdotes en impressions, le tout parsemé d'envies et de regrets, le héros du livre laisse une impression ambigiuë, il devient insaisissable, presque impalpable. La coquetterie estompe la délicatesse, la volonté de plaire la profondeur des sentiments.

Je n'en dis pas plus. Lisez le livre, il ne vous laisera pas indifférent.

dimanche 26 août 2007

Raymond Barre : hommage à un homme libre



La disparition de Raymond Barre va susciter une avalanche de commentaires consacrés aux diverses facettes de sa vie publique (université, Commission européenne, Gouvernement, candidature à l'élection présidentielle, mairie de Lyon...). Au-delà de l'attention apportée aux petites phrases, je voudrais dire tout ce que je dois, personnellement, à l'homme.

Au professeur qu'il a été, à Caen et à Rouen, dans les années 60. Sa silhouette arrondie, son pas tranquille rythmé par son inséparable cartable, l'attention portée au sort de ses étudiants étaient à l'opposé de l'image du "mandarin" que les évènements de mai 68 ont tenté de populariser. Son manuel d'Economie politique était déjà un grand classique et j'y ai trouvé, comme beaucoup d'autres, les fondamentaux de ce qu'on appelle la "science économique".

C'est un 1987-1988 que je m'engageais résolument derrière lui, en devenant le responsable de sa campagne présidentielle en Haute-Normandie. Son projet, complet, cohérent, réaliste n'a pas suffi à le porter au second tour. Ses deux concurrents avaient compris, en se coalisant contre lui, quel danger il représentait pour eux. L'histoire s'est répétée depuis.

Enfin, j'ai suivi la manière dont il avait hissé Lyon au rang de ville européenne qu'elle n'avait pas encore atteint avant lui.

Ce qu'il m'a appris tient en quelques phrases mais concerne l'essentiel de mes valeurs : ne pas privilégier le court terme sur le long terme, ne jamais s'enfermer dans une vision hexagonale, ne pas transiger sur l'intérêt général, ne jamais sacrifier l'Europe sur l'autel de l'opportunisme franco-français. Et, par dessus tout, ne pas aliéner sa liberté de pensée et d'expression.

Il y avait plus de gaullisme chez Raymond Barre que chez bien des héritiers, auto-proclamés, du général.

mardi 21 août 2007

Lectures de l'été : "Le jardinier de l'Eden" de Clarissa Pinkola Estés (Grasset, 1999 traduit de l'américain)



Le sous-titre de ce petit livre, plein de tendresse, dit bien son contenu : "Conte de sagesse à propos de Ce qui ne peut pas mourir". On comprend vite qu'il s'agit de la terre, de l'amour, de son âme d'enfant, des traditions, celle des contes si répandue en Hongrie et ailleurs.

Hongrois, rescapé des horreurs de la seconde guerre mondiale, réfugié aux Etats-Unis, l'oncle Zovar, amoureux de la nature et des arbres transmet à une enfant, par des contes imaginés, un message simple : sur les terres les plus désolées, la vie renaît toujours, même au plus noir du malheur, l'Eden est sous nos pas.

extrait de la prière finale du livre :
"On peut te faire toucher le sol.
On peut t'empêcher de te relever.
Mais personne ne peut t'empêcher
d'élever ton coeur
vers le ciel,
personne sauf toi-même".

vendredi 17 août 2007

Lectures de l'été : "Les arpenteurs du monde" de Daniel Kehlmann (Actes sud, 2005, traduit de l'allemand)



A l'opposé du roman précédent, délicat et retenu, ce livre bardé de récompenses est le plus grand succès littéraire en Allemagne depuis des décennies.

Il met en parallèle la vie contrastée de deux scientifiques : Humboldt, explorateur insatiable qui parcourt le monde, descend l'Orénoque, gravit les montagnes et ausculte les cratères et Gauss, mathématicien revêche qui vit dans le monde des chiffres et des probabilités et découvre la fameuse courbe en cloche qui porte son nom. De la fin du XVIIIe au milieu du XIXe siècle, on suit le besoin d'apprendre, de mesurer, de faire progresser les connaissances de l'un et de l'autre, chapitre par chapitre. La fin du livre est la rencontre qui se produit enfin entre les deux savants vieillissants, à Berlin.

Deux fous de science, livrant leurs espoirs, leurs faiblesses aussi, leur conception de l'humanité. Dialogue par romancier interposé dont l'imagination débordante (comme le style parfois) nous fait pénétrer dans l'univers supposé des grands esprits de ce temps.

Livre plein d'humour, exubérant, à la limite parfois du délire, qui s'achève sur une question sans véritable réponse : arpenter le monde, est-ce vraiment le comprendre et se comprendre ?

Lectures de l'été : "Annam" de Christophe Bataille (éd. du Seuil, 1993)



Ce petit livre de moins de 100 pages se lit d'une seule traite ; il a valu à son auteur le Prix du premier roman en 1993. Le sujet n'est pourtant pas des plus palpitants, au départ.

A la veille de la Révolution de 1789, meurt à Versailles le jeune empereur du Viêt-nam, âgé de 7 ans : son père, chassé de Hué par une révolte, l'avait envoyé auprès du roi pour monter une expédition militaire destinée à l'aider à reconquérir son trône. Mais Louis XVI n'est pas Louis XIV ! Des deux navires partis de La Rochelle, en 1788, ne subsistent qu'un petit nombre de religieux qui s'installent et tentent sans grand succès d'évangéliser les paysans viêtnamiens.

Le livre raconte les joies simples et les malheurs de ces quelques frères et soeurs qui, livrés à eux-mêmes, oubliés de la mère patrie, abandonnent peu à peu leur mission initiale pour vivre en osmose avec le pays.

Le style de Ch. Bataille est à la fois dépouillé et évocateur. C'est un long poème en prose qui marque le retour à la nature, aux sentiments, à la vie de ces religieux, perdus dans les rizières et dans les montagnes. Très émouvant.

lundi 6 août 2007

Lectures de l'été : Histoire de Rouen de Henry Decaëns (2003, Gisserot éd.)



L'histoire de Rouen a suscité quantité d'ouvrages savants et documentés. Celui de Henry Decaëns, avec lequel j'ai partagé les mêmes études à la faculté de droit, a l'avantage d'être un condensé clair et vivant d'un passé de plus de deux siècles. Sur 120 pages qui vont à l'essentiel, le lecteur trouvera matière à approfondir le "fabuleux destin" de cette ville. Une chronologie en récapitule, à la fin, les principaux évènements.
Où l'on apprend, par exemple, que Rouen après une insurrection d'origine fiscale (La Harelle), en 1382, sera privée de maire et placée, en fait, sous tutelle royale jusqu'en 1692 et que les guerres de religion y furent particulièrement cruelles, de part et d'autre.

Voilà un petit ouvrage instructif d'un spécialiste du Mont-Saint-Michel qui rappelle opportunément que le mouvement de l'histoire n'est pas linéaire.