Blog de Pierre Albertini

vendredi 17 août 2007

Lectures de l'été : "Les arpenteurs du monde" de Daniel Kehlmann (Actes sud, 2005, traduit de l'allemand)



A l'opposé du roman précédent, délicat et retenu, ce livre bardé de récompenses est le plus grand succès littéraire en Allemagne depuis des décennies.

Il met en parallèle la vie contrastée de deux scientifiques : Humboldt, explorateur insatiable qui parcourt le monde, descend l'Orénoque, gravit les montagnes et ausculte les cratères et Gauss, mathématicien revêche qui vit dans le monde des chiffres et des probabilités et découvre la fameuse courbe en cloche qui porte son nom. De la fin du XVIIIe au milieu du XIXe siècle, on suit le besoin d'apprendre, de mesurer, de faire progresser les connaissances de l'un et de l'autre, chapitre par chapitre. La fin du livre est la rencontre qui se produit enfin entre les deux savants vieillissants, à Berlin.

Deux fous de science, livrant leurs espoirs, leurs faiblesses aussi, leur conception de l'humanité. Dialogue par romancier interposé dont l'imagination débordante (comme le style parfois) nous fait pénétrer dans l'univers supposé des grands esprits de ce temps.

Livre plein d'humour, exubérant, à la limite parfois du délire, qui s'achève sur une question sans véritable réponse : arpenter le monde, est-ce vraiment le comprendre et se comprendre ?

Lectures de l'été : "Annam" de Christophe Bataille (éd. du Seuil, 1993)



Ce petit livre de moins de 100 pages se lit d'une seule traite ; il a valu à son auteur le Prix du premier roman en 1993. Le sujet n'est pourtant pas des plus palpitants, au départ.

A la veille de la Révolution de 1789, meurt à Versailles le jeune empereur du Viêt-nam, âgé de 7 ans : son père, chassé de Hué par une révolte, l'avait envoyé auprès du roi pour monter une expédition militaire destinée à l'aider à reconquérir son trône. Mais Louis XVI n'est pas Louis XIV ! Des deux navires partis de La Rochelle, en 1788, ne subsistent qu'un petit nombre de religieux qui s'installent et tentent sans grand succès d'évangéliser les paysans viêtnamiens.

Le livre raconte les joies simples et les malheurs de ces quelques frères et soeurs qui, livrés à eux-mêmes, oubliés de la mère patrie, abandonnent peu à peu leur mission initiale pour vivre en osmose avec le pays.

Le style de Ch. Bataille est à la fois dépouillé et évocateur. C'est un long poème en prose qui marque le retour à la nature, aux sentiments, à la vie de ces religieux, perdus dans les rizières et dans les montagnes. Très émouvant.