Les syndicalistes et les élus raisonnables reconnaissent tous la nécessité, au nom de la démographie et de l'équité, de fonder sur la même durée de cotisation (40 annuités) les régimes de retraite des salariés. Et pourtant, l'épreuve de force a lieu : le consensus, assez général, n'empêche pas le recours à la grève, avec ses conséquences économiques et sociales douloureuses.

On peut se demander s'il ne s'agit pas en réalité d'un combat de coqs, orchestré par les protagonistes. D'un côté, des syndicalistes jusqu'au boutistes veulent faire reculer le Gouvernement. Au fond d'eux-mêmes, ils savent bien que 478 000 bénéficiaires des régimes spéciaux ne pèsent pas lourd face aux 21 millions de salariés et aux 5 millions de fonctionnaires assujettis à la règle des 40 ans. De l'autre, le Président veut apparaître comme l'homme des réformes, celui qui ne recule pas devant l'épreuve. Au fond de lui-même, il sait bien qu'une négociation aura lieu, globalement ou entreprise par entreprise. N'est-ce pas un jeu de rôles qu'ils interprètent conjointement ?

Un sociologue avait parlé autrefois de "la société bloquée". Le constat est toujours actuel, hélas. Il est temps que la France trouve la voie du dialogue social et de l'anticipation. On pourrait ainsi, sans renoncer pour autant à ses idées, faire l'économie de crises qui comportent toujours un vainqueur et un vaincu. Le seul vainqueur devrait être la "Maison France".