Blog de Pierre Albertini

lundi 31 mars 2008

Jean Nouvel reçoit le prix Pritzker



Jean Nouvel est un architecte consacré, déjà recompensé par de nombreuses distinctions françaises et internationales. Il reçoit aujourd'hui le prix Pritzker considéré par la profession comme le Nobel de l'architecture. C'est le deuxième français à être ainsi couronné, après Christian de Portzamparc, en 1994.

Ses édifices sont une succession de créations originales, c'est pourquoi il n'y a pas de style Nouvel même s'il respecte des principes dont celui de l'adéquation au programme et du respect du contexte. Le jury qui vient de le couronner souligne ainsi son "insatiable envie d'expérimentation".

Les réalisations de Jean Nouvel ne laissent jamais indifférentes : personnellement, j'aime particulièrement la délicatesse de l'Institut du Monde arabe ou la modernité maîtrisée du Musée du quai Branly. Je suis en revanche moins séduit par la tour Agbar de Barcelone ou l'austère Tribunal de Nantes. Mais n'est-ce pas le propre des grands créateurs que de susciter des jugements contrastés ? Seule, la médiocrité génère l'indifférence.

dimanche 30 mars 2008

Comptes publics 2007



L'INSEE vient de publier les chiffres-clé des finances publiques de l'année 2007. C'est l'ocasion de faire le point sur la situation des comptes publics de notre pays.

Déficit : il s'établit à 50,6 milliards d'euros, soit 2,7 % du Produit Intérieur Brut. La prévision de 2,5 % est donc dépassée. Dans ces conditions, le retour à l'équilibre des comptes avant 2012 paraît largement compromis.

Dette : elle continue de progresser, sous l'effet notamment de la croissance des investissements des collectivités locales, pour représenter 1209 milliards d'euros, soit 64,2 % du PIB.

Prélèvements obligatoires : ils sont en baisse à 43,5 %, en raison des baisses d'impôt décidées pour les particuliers par le gouvernement précédent. Cet indice comme on le voit doit être interprété avec précaution car il peut varier, d'une année sur l'autre, en fonction du rendement des impôts.

Croissance : elle est inférieure, pour 2007, à la prévision budgétaire initiale : 1,9 % contre 2,25 attendus. Pour l'année en cours, la prévision de croissance vient d'être logiquement revue à la baisse (entre 1,7 et 1,9 %) par le ministère des finances.

Ces chiffres ne sont pas de nature à améliorer notre crédibilité auprès de nos partenaires européens. Depuis le pic de 2003, le déficit public, qui regroupe les comptes de l'Etat, des collectivités locales et de la Sécurité Sociale, n'avait cessé de diminuer. Le mouvement est donc interrompu en 2007. Certes, il ne faut pas avoir le fétichisme de l'équilibre, à l'instant T, ce qui importe, c'est la tendance mais celle-ci ne réserve guère hélas de meilleures perspectives pour 2008. Les seules bonnes nouvelles sont ailleurs : la réduction du chômage, descendu au-dessous du seuil de 8 %, et la création d'emplois, encore assez soutenue l'an dernier (300 000). Le gouvernement refuse toujours de parler d'un plan de rigueur qui se traduirait par une augmentation des impôts et une réduction sensible de la dépense publique. A défaut, il lui faudra sans doute reporter ou "raboter" un certain nombre d'engagements pris ces derniers mois : revenu de solidarité active, Grenelle de l'environnement, amélioration des petites retraites...C'est la quadrature du cercle.

vendredi 28 mars 2008

Une relance de l'Union européenne est-elle possible ?



Au delà des formes et des apparences, le voyage d'Etat du Président de la République chez nos voisins britanniques peut-il amorcer une relance de la construction européenne ?

L'avancée la plus probable concerne la défense, sans laquelle l'Europe ne peut exister comme entité politique. C'est à Saint-Malo, en 1999, que la première impulsion avait été donnée conjointement par la Grande-Bretagne et par la France. Il faut aller plus loin. Non seulement, la protection par le bouclier américain n'est pas éternelle mais encore elle nous place sous la dépendance d'une hyper-puissance dont les intérêts ne coïncident pas nécessairement avec ceux de l'Europe. Pour autant, l'exercice est difficile car une plus forte coopération franco-britannique, souhaitable, ne saurait passer par une acceptation pure et simple des règles actuelles de fonctionnement de l'OTAN dont la réforme, sans cesse évoquée est toujours remise à plus tard.

L'exercice est plus difficile encore sur les autres aspects (économiques, sociaux) de la construction européenne, diluée dans un ensemble encore trop disparate. Le rapprochement avec la Grande-Bretagne ne saurait évidemment exclure l'Allemagne dont la contribution à l'Europe compte à ce jour plus que celle de Londres. Et à supposer que ce ménage à trois puisse être équilibré, il importe qu'il ne se transforme pas en triumvirat. Ce serait alors nos autres partenaires, plus petits mais plus nombreux qui, se sentant écartés des grandes décisions, risqueraient de rejeter ce mode nouveau de gouvernance.

Comme on le voit, les trois mois qui nous séparent de la présidence française, au 1er juillet, ne seront pas de trop pour convaincre...Le grand rendez-vous sera cependant juin 2009 lorsqu'il s'agira d'élire le Parlement européen. J'appelle de mes voeux un grand débat public sur l'ambition et les priorités de l'Union. C'est à mes yeux le seul moyen de donner alors la parole aux citoyens à qui il appartient de dire si cette aventure doit se poursuivre et comment.

lundi 24 mars 2008

Note de lecture : "L'homme compassionnel", de Myriam Revault d'Allonnes

Dans un petit essai, publié au Seuil en janvier 2008, la philosophe s'interroge sur le rôle de la compassion qui saisit désormais notre société. Aucun homme politique, quel que soit son bord, n'échappe à l'évocation de la souffrance des démunis, des déshérités, des exclus. Ce qui est en cause, pour l'auteur, ce n'est pas le fait d'éprouver et d'exprimer des sentiments. Bien au contraire : être touché par l'émotion est la condition d'une ouverture au monde. La juste colère comme le disaient déjà les Grecs est la marque d'une humanité. "Voir avec indifférence les siens outragés, c'est montrer une âme servile"(Aristote).

La question est de savoir si le déferlement compassionnel aide à l'élaboration d'une politique plus efficace. Pour M. Revault d'Allonnes, la réponse est négative. L'effusion des sentiments ne conduit pas à l'action, au contraire, elle amoindrit le discernement, elle est un substitut affaibli de ce que Max Weber appelait l'éthique de conviction. Peut-être même, est-elle un alibi pour ne rien faire. Car lorsqu'il s'agit de l'horreur, la sentimentalité ne la réduit pas. Le jugement est sévère comme on le voit. "La démocratie compassionnelle est une démocratie dévoyée", elle entrave la conscience des responsabilités. Elle favorise l'instantané, l'éphémère, elle ruine la construction d'une action dans la durée.

L'affaire d'Outreau illustre les ravages de cet emballement émotionnel. Dans un premier temps, la compassion pour les enfants victimes est portée à son comble, en raison de la grande peur de la pédophilie, et accable les parents indignes. Dans un second temps, c'est la compassion pour les accusés innocents qui l'emporte et conduit à rechercher un coupable (le juge Burgeau). Au final, que reste-t-il de cette "affaire" ? Certainement pas une justice réformée qui rende impossible la reproduction de tels errements.

samedi 22 mars 2008

Perles médiatiques



Quelques perles relevées cette semaine :

Se présentant comme l'anti-bling-bling, Laurent Fabius déclare tout de go à Paris Normandie, le 20 mars : Mon image, ce n'est pas ce qui me préoccupe. Peut-être d'ailleurs ai-je tort de ne pas m'en soucier, compte tenu de l'air du temps. Venant de l'inventeur du "tour de France à moto" déclarant à l'époque sa flamme pour les carottes rapées, l'auteur ne craint pas le ridicule. Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages...

Après les paroles alambiquées des leaders de la majorité, au lendemain des municipales, Jean-François Copé a la franchise de reconnaître, dans le Figaro des 22-23 mars : Nous venons de vivre une défaite. Le nier serait ridicule.Enfin, un jugement lucide sur la vague rose qui a déferlé sur les villes...

Dans une analyse assez juste sur la situation française (Le Monde, 22 mars), Lionel Jospin ne peut s'empêcher de ponctuer son propos par une adresse aux militants socialistes ayant des allures de "je vous l'avais bien dit" : Parmi leurs dirigeants actuels, les socialistes doivent choisir pour la porter à leur tête une personnalité dotée d'une culture et d'une expérience politique indiscutables. Qui connaisse le PS et respecte ses militants. Qui ait la volonté de redonner à tous le sens de la réflexion et de l'action collectives pour faire des propositions cohérentes au pays. Le TSS (Tout Sauf Ségolène) a bien commencé...

jeudi 20 mars 2008

La crise la plus grave depuis l'après-guerre



Qui connaissait les "subprimes", il y a seulement un an ? Le mot a fait irruption dans le vocabulaire médiatique, nous faisant mesurer peu à peu la fragilité du système financier mondial. A l'origine de la crise que nous subissons aujourd'hui, les crédits immobiliers accordés sans contrôle à des ménages américains par des organismes peu regardants sur leur solvabilité. Leur transformation ultérieure en produits financiers complexes (la "titrisation"), rachetés par l'ensemble des banques, a disséminé le risque mais ne l'a pas fait disparaître pour autant. Dès l'effondrement des prix immobiliers et la hausse rapide des taux d'intérêt, des millions de ménages américains n'ont pu faire face aux annuités. Les effets se font alors sentir rapidement sur plusieurs grandes banques et révèlent l'ampleur des dégâts. Malgré des déclarations lénifiantes, on constate que personne n'est vraiment à l'abri.

A ce jour, la facture des subprimes s'élève à 150 milliards de dollars. C'est loin d'être l'addition finale ! Mais surtout, ce qui était, à l'origine, une crise limitée à la sphère financière s'étend maintenant à des pans entiers de l'économie réelle : menace de faillite d'institutions financières, plongée des bourses mondiales, forte dévaluation du dollar...Le krach est évité notamment grâce à l'intervention de la Réserve fédérale américaine (la FED) et de la Banque centrale européenne.

Il y a plus dommageable encore. Les investisseurs préfèrent aux actions les matières premières, pétrole, blé, métaux précieux, dont le cours s'envole. Non seulement l'inflation repart à la hausse mais aussi les banques, affectées par les pertes des subprimes, freinent l'ouverture de crédits aux entreprises comme aux ménages. Ainsi, tous les acteurs économiques sont concernés, à commencer par les plus vulnérables. La récession est déjà là aux Etats-Unis, elle touche l'Europe également. La menace est suffisamment grave pour devoir être prise au sérieux.

Au premier juillet 2008, la France assumera la présidence de l'Union. Espérons qu'elle saura mettre à profit les mois qui viennent pour établir, avec nos partenaires, une supervision et une régulation plus efficaces de l'ordre mondial. En comparaison avec cet enjeu majeur, le remaniement ministériel qui a suivi les municipales a quelque chose de désuet.

Heureux de vous retrouver



Après une campagne électorale longue et éprouvante, qui s'est traduite par le résultat que l'on sait, je reprends le dialogue avec vous. Ce sera désormais sous une autre forme, moins marquée par l'actualité locale évidemment. Mais toujours dans la liberté de ton et de jugement à laquelle je suis attaché. C'est en citoyen que je m'exprimerai, heureux de faire partager aux lecteurs mes doutes, nombreux, et mes certitudes, plus rares. Mon seul but ? être un témoin, aussi "éclairé" que possible, dans un contexte mouvant.