jeudi 20 mars 2008
La crise la plus grave depuis l'après-guerre
Par Pierre Albertini, jeudi 20 mars 2008 à 19:40 :: General

Qui connaissait les "subprimes", il y a seulement un an ? Le mot a fait irruption dans le vocabulaire médiatique, nous faisant mesurer peu à peu la fragilité du système financier mondial. A l'origine de la crise que nous subissons aujourd'hui, les crédits immobiliers accordés sans contrôle à des ménages américains par des organismes peu regardants sur leur solvabilité. Leur transformation ultérieure en produits financiers complexes (la "titrisation"), rachetés par l'ensemble des banques, a disséminé le risque mais ne l'a pas fait disparaître pour autant. Dès l'effondrement des prix immobiliers et la hausse rapide des taux d'intérêt, des millions de ménages américains n'ont pu faire face aux annuités. Les effets se font alors sentir rapidement sur plusieurs grandes banques et révèlent l'ampleur des dégâts. Malgré des déclarations lénifiantes, on constate que personne n'est vraiment à l'abri.
A ce jour, la facture des subprimes s'élève à 150 milliards de dollars. C'est loin d'être l'addition finale ! Mais surtout, ce qui était, à l'origine, une crise limitée à la sphère financière s'étend maintenant à des pans entiers de l'économie réelle : menace de faillite d'institutions financières, plongée des bourses mondiales, forte dévaluation du dollar...Le krach est évité notamment grâce à l'intervention de la Réserve fédérale américaine (la FED) et de la Banque centrale européenne.
Il y a plus dommageable encore. Les investisseurs préfèrent aux actions les matières premières, pétrole, blé, métaux précieux, dont le cours s'envole. Non seulement l'inflation repart à la hausse mais aussi les banques, affectées par les pertes des subprimes, freinent l'ouverture de crédits aux entreprises comme aux ménages. Ainsi, tous les acteurs économiques sont concernés, à commencer par les plus vulnérables. La récession est déjà là aux Etats-Unis, elle touche l'Europe également. La menace est suffisamment grave pour devoir être prise au sérieux.
Au premier juillet 2008, la France assumera la présidence de l'Union. Espérons qu'elle saura mettre à profit les mois qui viennent pour établir, avec nos partenaires, une supervision et une régulation plus efficaces de l'ordre mondial. En comparaison avec cet enjeu majeur, le remaniement ministériel qui a suivi les municipales a quelque chose de désuet.
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