Dans un petit essai, publié au Seuil en janvier 2008, la philosophe s'interroge sur le rôle de la compassion qui saisit désormais notre société. Aucun homme politique, quel que soit son bord, n'échappe à l'évocation de la souffrance des démunis, des déshérités, des exclus. Ce qui est en cause, pour l'auteur, ce n'est pas le fait d'éprouver et d'exprimer des sentiments. Bien au contraire : être touché par l'émotion est la condition d'une ouverture au monde. La juste colère comme le disaient déjà les Grecs est la marque d'une humanité. "Voir avec indifférence les siens outragés, c'est montrer une âme servile"(Aristote).

La question est de savoir si le déferlement compassionnel aide à l'élaboration d'une politique plus efficace. Pour M. Revault d'Allonnes, la réponse est négative. L'effusion des sentiments ne conduit pas à l'action, au contraire, elle amoindrit le discernement, elle est un substitut affaibli de ce que Max Weber appelait l'éthique de conviction. Peut-être même, est-elle un alibi pour ne rien faire. Car lorsqu'il s'agit de l'horreur, la sentimentalité ne la réduit pas. Le jugement est sévère comme on le voit. "La démocratie compassionnelle est une démocratie dévoyée", elle entrave la conscience des responsabilités. Elle favorise l'instantané, l'éphémère, elle ruine la construction d'une action dans la durée.

L'affaire d'Outreau illustre les ravages de cet emballement émotionnel. Dans un premier temps, la compassion pour les enfants victimes est portée à son comble, en raison de la grande peur de la pédophilie, et accable les parents indignes. Dans un second temps, c'est la compassion pour les accusés innocents qui l'emporte et conduit à rechercher un coupable (le juge Burgeau). Au final, que reste-t-il de cette "affaire" ? Certainement pas une justice réformée qui rende impossible la reproduction de tels errements.