Quelle régulation du capitalisme financier ?
Par Pierre Albertini, mercredi 2 avril 2008 à 20:34 :: General :: #346 :: rss

L'ampleur des dérives financières est porteuse de graves risques : elle pose la question de la régulation de la circulation des capitaux. L'ordre de grandeur est aujourd'hui de 9000 milliards de dollars de transactions par jour (dont la plupart à des fins spéculatives).Le développement des hedge funds est symptomatique de cette évolution.
Jusqu'à la fin des années 60, le monde financier était plutôt stable : taux de change fixes, taux d'intérêt réglementés, ancrage sur l'or. Tout se modifie avec la sortie du dollar du Gold Exchange (étalon-or) et la fluctuation des monnaies et des taux d'intérêt. L'incertitude financière est devenue la règle, si l'on peut dire !
Les marchés financiers sont déconnectés de la réalité économique, c'est la course aux rendements à court terme, les titres se concentrent dans les mains des gestionnaires de fonds qui interviennent dans la stratégie des entreprises. "Ils vont tuer le capitalisme", s'écrie Claude Bébéar. Patrick Artus parle de son côté de "capitalisme sans projet".
Comment réguler ces mécanismes mondialisés ? aujourd'hui, on a dépassé le cap un peu naïf de l'autorégulation reposant sur l'éthique et la responsabilité individuelles des acteurs. Il ne s'agit pas de savoir si ces derniers en sont capables mais s'ils y ont intérêt. Les derniers événements permettent d'en douter. C'est une régulation politique qui permettrait de réintroduire ordre et sens dans un marché déboussolé.
Quel niveau de régulation ? Sûrement pas national car trop étroit et voué à l'échec. Au moins européen, sinon mondial car la réponse doit être globale pour être efficace.
Quelle nature de régulation ? Au-delà de l'éthique individuelle,toujours souhaitable mais insuffisante, plusieurs pistes sont évoquées pour réintégrer les marchés dans le champ économique et politique :
- la taxation (Ã l'image de la taxe Tobin)est la plus ancienne
- l'encadrement des échanges (transparence, limitation des marges)
- la surveillance des institutions financières (rôle accru des banques centrales, contrôle des prêts immobiliers et des compagnies d'assurance) comme vient de le proposer le Secrétaire d'Etat américain au Trésor, sans grande chance d'aboutir dans l'immédiat.
On reviendra sur ces divers aspects. Mais il est sûr que l'on n'échappera pas à un rééquilibrage de la rémunération respective du capital et du travail. Dans cette attente, le paiement régulier des pots cassés par les Etats incite-t-il vraiment les marchés à se corriger ?
Pour en savoir plus :
P. Artus-M.P. Virard : Le capitalisme est en train de s'autodétruire, La Découverte 2007
Cl. Bébéar-Ph. Manière : Ils vont tuer le capitalisme, Plon 2003
J. Peyrelevade : Le Capitalisme total, Seuil 2005
Commentaires
1. Le lundi 28 avril 2008 à 14:01, par Jeff
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