jeudi 29 mai 2008
Le Grand Projet de Ville de Rouen vidé d'une grande part de sa substance
Par Pierre Albertini, jeudi 29 mai 2008 à 19:28 :: General

Je n'ai pas l'intention d'être la "mouche du coche" de la nouvelle équipe municipale. Je n'interviendrai donc pas à tout propos pour critiquer ce que font mes successeurs. Le maire tire sa légitimité de l'élection, il est fondé à concrétiser son projet et tout jugement hâtif serait déplacé. Cependant, ce que j'ai lu ce matin dans la presse locale me conduit à sortir du silence et à faire une exception pour un sujet d'importance : le Grand Projet de Ville.
L'ambition du GPV, conclu en 2000 et mis en oeuvre en 2001, est de refaire de quartiers trop longtemps délaissés des quartiers à part entière, concourant comme les autres au développement de la ville. Il implique une action simultanée sur plusieurs facteurs :
- les transports (désenclavement),
- l'espace et les équipements publics (attractivité),
- le logement (confort des habitants),
- la formation et l'emploi (insertion).
Peut-on agir sur le cadre et les conditions de vie sans améliorer chacun de ces aspects de la politique de la ville ? Personnellement, je ne le crois pas. Or les premiers choix de V. Fourneyron et Y. Robert visent à réduire l'ambition du GPV et l'engagement financier de la ville. Des pans entiers passent à la trappe. En voici quelques exemples : abandonné le projet de grand parc, lieu de détente et de rencontres à la Lombardie, sévèrement limitée la restructuration du Chatelet à l'urbanisme chaotique, abandonné le transfert de services municipaux à la Grand-Mare, remise en cause de la réhabilitation des Jules Adeline à Grammont...Le quartier écologique, répondant à un appel à projet européen et reconnu comme très sérieux, a fait l'objet d'un retrait pur et simple par la municipalité.
Et que dire de la méthode pratiquée ? Aucun des urbanistes ayant travaillé sur ces quartiers, aucun des bailleurs sociaux engagés dans la réhabilitation des logements n'a été préalablement entendu. Les habitants, les associations ont-ils été consultés ? La commission de la hache fonctionne à jet continu, en circuit fermé. Priorité au logement, le reste on verra plus tard, dit-on dans l'entourage du maire. Erreur funeste car tout se tient, dans la dégradation comme dans la réhabilitation des quartiers sensibles. Rappelons-nous l'échec des politiques précédentes, sectorisées donc inefficaces. Comment attirer de nouveaux habitants sur les Hauts de Rouen si l'espace public, les équipements, le climat social, la tranquillité ne suivent pas ? C'est tout l'équilibre du peuplement de ces quartiers qui en souffrira.
C'est l'avenir de toute la ville qui dépend de sa capacité à ne pas laisser au bord du chemin 15 % de ses habitants. Il n'y a pas de dynamisme économique sans cohésion sociale. En amputant le GPV de sa substance, en renonçant à bénéficier d'une grande part de l'aide de l'Etat et des fonds européens, la ville fait un choix financier : mais est-ce un choix socialement pertinent ?

