Blog de Pierre Albertini

lundi 30 juin 2008

Lettre ouverte au Maire de Rouen



Madame le Maire,

Je vous écris avec tout le respect que je dois à une élue du suffrage universel dont la légitimité ne saurait être contestée ; je le fais sous la forme d'une lettre ouverte car, sur un sujet comme la médiathèque, nous n'avons ni l'un ni l'autre rien à cacher, je l'espère. Il ne s'agit en effet que de l'intérêt général de la ville, de l'agglomération comme de la région, et non de l'empreinte personnelle, d'ailleurs bien modeste, que nous souhaitons laisser à Rouen.

Or, par tous les bouts que je prenne votre décision récente, je ne la comprends guère. Lorsque nous avons évoqué, le 12 mars, le chantier de la médiathèque, vous m'avez spontanément indiqué que vous aviez obtenu le concours financier de la région et du département qui m'avait été jusqu'alors refusé. Je m'en suis réjouis avec vous, pour les contribuables rouennais, et vous avez immédiatement ajouté que j'aurais également bénéficié d'une telle aide si j'avais été réélu. A ce moment, j'ai acquis la conviction que, sur ce projet au moins, la continuité serait assurée. Vous aviez d'ailleurs vivement protesté lorsqu'à la veille du premier tour, des habitants de Grammont avaient évoqué l'éventualité d'une remise en cause de cet équipement. Plus tard, des déclarations convergentes de vous-même ou de vos Adjoints m'avaient conforté dans ma certitude qu'en dépit des vicissitudes électorales, Rouen aurait "sa" médiathèque, dont on parle depuis vingt ans.

C'est pourquoi, votre décision d'arrêter le chantier, annoncée le 25 juin aux médias, a été pour moi un "coup de tonnerre dans un ciel serein". La méthode est plus que brutale. La médiathèque figurait explicitement dans le contrat de projet Etat-région, confirmé ensuite par le contrat d'agglomération. Le programme de Rouen motivée ("la ville aux cent projets") ne laissait en rien supposer une telle issue. Enfin, le rapport que vous aviez demandé au ministère de la culture et auquel travaillaient activement deux inspecteurs généraux ne vous avait encore été remis. Où est la prise en compte des souhaits des rouennais, pris en otage après les élections ? La démocratie participative dont vous vous gargarisez ne sort pas grandie de cette pénible épreuve.

Pourquoi priver les habitants des services d'une médiathèque moderne, mêlant les documents rares et les supports audiovisuels récents dans une démarche de développement de la lecture et de maîtrise de la langue, formidable défi de notre société ? A supposer que la localisation ait été une erreur, c'en est une plus grande encore que de ne pas donner sa chance à cet équipement ? Les solutions de substitution que vous évoquez (une ludothèque, une annexe supplémentaire) ne permettront pas de faire d'une addition de petits projets un grand projet, à fort rayonnement. Que dire enfin du gâchis financier que cette décision unilatérale va provoquer ? L'interruption unilatérale de ce marché ne sera pas sans conséquences, sur le plan de l'emploi comme sur le plan financier, comme les conseillers municipaux ne tarderont pas à l'apprendre.

Ce que vous m'avez librement dit en tête-à-tête ne préparait en rien ce changement de pied en quelques semaines. Quel est donc le "mauvais génie" qui vous entraîne dans cette galère ? Laurent Fabius dont l'ombre portée sur la ville ne cesse de s'étendre ? Je n'y crois guère, car c'est peu compatible avec le rassemblement dans une grande communauté qu'il veut promouvoir. Vos Adjoints à la culture ou au patrimoine et au tourisme ? Cela me surprendrait d'eux. Je ne vois guère que Yvon Robert, désireux de rompre à tout prix (c'est le cas de le dire) avec le mandat précédent pour vous inspirer une conduite aussi funeste. Je vous invite à vous garder de cette tentation. C'est par des décisions positives, non par des actes négatifs, que l'on existe durablement.

N'en doutez pas ! l'arrêt du chantier et, pire encore, la destruction du bâtiment en cours ruineraient pour vingt ans tout projet comparable. L'affectation de nouveaux espaces au musée des Beaux-Arts, pour donner à l'art contemporain la place qu'il mérite dans notre cité, serait aussi impossible. Et que dire de la conservation et de la mise en valeur des fonds patrimoniaux, compromises par le retour à Villon ?

Au moment où l'on s'apprête à créer une communauté urbaine, dotée de concours financiers nettement plus importants de l'Etat, puis-je vous suggérer de demander que la future médiathèque soit gérée par l'agglomération tout entière ? Cette solution aurait l'avantage d'offrir aux habitants l'outil de développement de la lecture publique et de diffusion des fonds patrimoniaux qu'ils sont en droit d'attendre d'une ville moderne. Et dans un an, vous ne manquerez pas de profiter de son succès.

Veuillez, Madame le Maire, me pardonner mon audace, exclusivement inspirée par la recherche de l'intérêt général, au-delà des clivages partisans. Pierre Albertini

mercredi 25 juin 2008

Consternant : l'arrêt du projet médiathèque



Alors que le bâtiment est déjà au niveau du 2e étage et que la dépense engagée frise les 18 M. d'euros, le maire de Rouen vient d'annoncer l'arrêt de la Médiathèque. Que dire, à chaud, d'une décision aussi brutale, avant même que le rapport demandé à l'Inspection Générale soit réalisé ?

C'est la seconde fois que des élus socialistes interrompent le cours d'un tel projet. En 1995, Yvon Robert avait déjà retiré la candidature de la ville aux 12 grandes bibliothèques. En 2008, le même esprit de rupture et de vengeance frappe encore. On prive ainsi les habitants d'un équipement qu'ils attendent depuis 20 ans. Quel gâchis ! Je veux croire que cette décision n'est pas irréversible mais l'espoir n'est plus qu'un petit fil fragile...

Des années de travail sont anéanties, un formidable outil de développement de la lecture publique est jeté aux oubliettes d'une histoire peu glorieuse. Rouennais, vous aurez du sport en guise de culture, de maîtrise de la langue et de l'écrit. On revient au siècle précédent. Je suis triste ce soir et ne trouve pas les mots pour exprimer l'ampleur du désastre que ce geste négatif va propager, à la vitesse grand V, dans tous les milieux attachés au rayonnement de la culture, dans notre pays et ailleurs.

mardi 17 juin 2008

Sortie sans gloire des Bleus

La France, battue par l'Italie, termine dernière de son groupe et quitte l'Euro sur la pointe des pieds, ne laissant derrière elle que des regrets. Son premier match contre la Roumanie, décisif pour mettre l'équipe en confiance, a été raté dans les grandes largeurs : football étriqué, sans imagination, joué avec des chaussures de plomb contre des Roumains venus là pour obtenir le nul...Le match contre la Hollande fut moins décevant que le score ne le laisse paraître mais pas à la hauteur d'un adversaire incisif, inspiré et sans complexe. Enfin, contre l'Italie, notre bête noire, la malchance a fait la différence après quelques minutes de jeu.

C'est la fin d'une époque, il faut reconstruire dans la durée, l'ossature de l'équipe comme la stratégie offensive. Au foot, ce qui importe, c'est d'abord de marquer des buts et non éviter d'en encaisser ! J'espère que le prochain sélectionneur aura fait sienne cette règle de base.

Le "non" irlandais au traité de Lisbonne



Vendredi fut une journée noire pour les européens qui croient encore que le Traité de Lisbonne serait un progrès dans le fonctionnement à venir des institutions de Bruxelles. on a beaucoup dit que ce texte (qu'on n'appelle plus Constitution) était peu lisible pour le commun des mortels. Mais là n'est pas l'essentiel. les Traités de Rome étaient-ils eux-mêmes plus accessibles ? Le fond de la question est ailleurs.

D'abord, dans la déception ou au moins le scepticisme qu'engendre l'Europe depuis son élargissement généreux mais mal préparé, en 1995. L'Union a eu successivement à son actif le redressement économique, la paix, l'ouverture à l'Est, l'euro, ce qui n'est pas rien : mais aujourd'hui, elle n'est pas en mesure d'offrir aux peuples une réponse efficace à la mondialisation sauvage qui se déploie, sans véritable régulation, depuis quelques décennies. On attend l'Union sur ce front et elle se perd encore en longues négociations et en pénibles compromis pour trouver son chemin.

Ensuite, la consultation des européens, par référendum, est dépourvue de toute sanction. On peut voter "non" et continuer à faire partie de l'Union. Dans ces conditions, faut-il s'étonner qu'elle mobilise plutôt les opposants au Traité que ses partisans ? Le cas de l'Irlande est à cet égard édifiant : elle a voté trois fois, négativement en 2001 et en 2008, positivement en 2002. Quelles conséquences précises ont-elles été tirées de ces votes contradictoires ?

18 Etats sur 27 ont aujourd'hui ratifié le Traité de Lisbonne. Dans la plupart des capitales, on s'ingénie à trouver le moyen de poursuivre le processus, sans vraiment tenir compte des réponses fournies par les électeurs chaque fois qu'ils sont consultés. Insensiblement, le fossé se creuse donc entre l'opinion et les institutions. Ce n'est pas de subterfuge que l'Europe a besoin. C'est au contraire d'une réflexion sur ce qu'elle doit être : un espace politiquement, économiquement, culturellement organisé, dans un monde qui va à vau-l'eau. C'est de volonté et non de ruse qu'elle a besoin.

lundi 9 juin 2008

Situation financière de Rouen : qui trompe qui ?



Madame Fourneyron a présenté à la presse l'audit qu'elle a fait réaliser sur la situation financière de la ville. Sur le principe d'un diagnostic extérieur, rien à dire. En revanche, sur la méthode, sur le fond comme sur l'interprétation des données, il y a beaucoup à dire !

La méthode est franchement orientée :
- présentation à la presse avant toute information des élus
- aucun caractère contradictoire de l'audit
- comparaison limitée à 5 villes (pourquoi elles alors qu'il existe 37 villes de plus de 100 000 habitants ?)
- prospective n'intégrant que les dépenses et non les recettes attendues de la modernisation de la ville.

Sur la situation financière, aucun élément nouveau : Par rapport à la Chambre régionale des comptes dont les observations ont été communiquées au conseil municipal en novembre dernier et par rapport au compte administratif 2007 qui sera soumis aux élus en juillet prochain, l'audit ne fait que confirmer les indicateurs suivants :
- "niveau de recettes de fonctionnement supérieur à la moyenne de l'échantillon"
- "potentiel financier par habitant plutôt plus élevé"
- "effort fiscal en dessous de la strate des communes" de 100 à 300 000 habitants
- dépenses de fonctionnement d'un "poids plus conséquent"
- "effort d'investissement soutenu" ces dernières années
- "fléchissement limité" de l'épargne brute.

Ce constat est parfaitement en phase avec les résultats du dernier compte administratif qui précise que le ratio d'endettement (10,7 ans) est "largement en-dessous du seuil d'alerte communément admis (15 ans). Tous ces points sont vérifiables, le rapport de la CRC, l'audit financier comme le compte administratif doivent être communiqués à tout contribuable qui le demande. Comment passe-t-on d'une appréciation aussi convergente, venant de 3 sources différentes à la description "catastrophique" que le Maire croit pouvoir faire ? La réponse est on ne peut plus simple : le projet présenté par la nouvelle équipe ne tient aucun compte des dépenses récurrentes (maintenance) et des engagement pris par l'équipe précédente, de 2001 à 2008 : GPV, opérations d'urbanisme (Luciline, Rouen Innovation Santé), grands équipements (médiathèque, Auberge de jeunesse), contrat de partenariat (éclairage feux tricolores, gestion du quartier piéton et de la circulation). Ce cumul représente environ 150 M € sur les années à venir.

Or les seules mesures nouvelles contenues dans les "100 projets" de Rouen motivée s'élèvent à plus de 200 M €. Comment assumer désormais des promesses impossibles à tenir ? Cette découverte tardive explique mais ne le justifie pas le stress du Maire, dans les mâchoires d'un étau que sa démagogie a créé. Il est alors plus commode d'accuser son prédécesseur que d'avouer son imprévoyance antérieure.

Sur la prétendue absence de transparence : les engagements antérieurs ont tous été assortis d'une présentation au conseil municipal et d'un vote. Un exemple parmi d'autres : les opérations d'aménagement ont fait l'objet chaque année d'un bilan prévisionnel (dépenses-recettes-participation de la ville). Dois-je rappeler que ces bilans ont été quasiment tous approuvés par la minorité socialiste dans laquelle siégeaient de nombreux élus d'aujourd'hui ? Ont-ils la mémoire courte ? ils peuvent la rafraîchir en consultant les PV ou les enregistrements des conseils successifs. Je mets au défi quiconque de trouver un seul des engagements en question qui n'ait été formellement présenté et débattu ! Dans ces conditions, parler de "dissimulation" est totalement abusif.

Le développement de la ville : les dépenses d'investissement engagées par mon équipe n'ont qu'un but : moderniser la ville, la rendre plus attractive, lui donner les moyens de préparer son avenir. Elles produiront des recettes supplémentaires (taxe d'habitation, taxe foncière, droits de mutation, sans parler de la taxe professionnelle perçue par l'agglomération). Cela donnera donc des marges pour les années à venir. Or cet aspect n'est nullement évoqué par le consultant, ce qui rend sa prospective partielle, sinon partiale. Tous ceux qui investissent (ménages, entreprises, collectivités) savent que, dans un premier temps, on dépense et que, dans un second temps, on recueille les fruits. Une ville ne s'aménage pas en un seul mandat. L'histoire de Rouen ne s'arrête ni ne commence en 2008.

Le scénario le plus probable : après l'indignation (réelle ou feinte) de Madame Fourneyron, on peut imaginer ce que seront les prochaines décisions municipales :
- forte contraction des objectifs du GPV
- appel à des concours de la région et du département pour certains équipements (la médiathèque, par exemple) ou à la prise en charge d'opérations par l'agglomération (Rouen-Innovation-Santé)
très probable hausse de la fiscalité en 2009, contrairement aux promesses faites imprudemment
- abandon ou report de nombreux aspects des "100 projets" : qui parle encore sérieusement des Jeux Olympiques de la jeunesse, par exemple ?
Dans l'ensemble, ce sont les ambitions de la ville qui seront ainsi réduites. Au moment où l'on évoque le développement du "Grand Paris" ou la réunification de la Normandie, je crains que Rouen ne rate encore l'occasion de devenir une véritable métropole régionale.

dimanche 8 juin 2008

"Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages"

Dans une conférence de presse tenue avant même d'en informer les élus municipaux, Madame Fourneyron fait de la situation financière de la ville une présentation "catastrophique". Qui trompe qui ? Je répondrai point par point à ces accusations, après avoir étudié en détail l'audit que j'ai pu enfin me procurer.