Blog de Pierre Albertini

vendredi 24 octobre 2008

Le retard de la France en matière d'autisme



Comme beaucoup d'entre vous, j'ai été ému par la "carte blanche" donnée à Francis Perrin par le magazine Envoyé spécial, d'hier soir. On y voit les progrès accomplis pas à pas par son fils Louis, âgé de plus de six ans aujourd'hui. Atteint d'autisme sévère, diagnostiqué assez tôt, la patience de ses parents et de ses éducateurs parvient, progressivement, à le ramener de son nuage vers le monde réel. Cet effort permanent pour lui procurer, plus tard, les moyens d'être autonome est payant. Louis, inscrit dans une école publique, poursuit son chemin au prix d'un accompagnement quotidien.

Certes, on ne peut enregistrer de tels progrès chez tous les enfants autistes. Mais notre pays accuse, en ce domaine, un grand retard. La prise en charge de ce handicap, trop souvent traité par l'enfermement hospitalier, est encore très insuffisante même si l'Education nationale s'ouvre enfin à l'accueil de ces enfants. Je me rappelle avoir été frappé par la capacité de progresser de jeunes auxquels on avait ouvert les portes d'une école, à Mont-Saint-Aignan, dans un cadre expérimental conduit par une poignée de parents volontaires. Ce qu'ils pouvaient assimiler, par une pédagogie adaptée, par une vie en commun partagée, était considérable : de même, pour l'acquisition de connaissances, grâce à l'ordinateur. Hélas, l'expérience avait été interrompue, par l'Etat, pour des raisons financières. Pourquoi ne pas appliquer les méthodes qui réussissent dans tant d'autres pays ? A cultiver à l'excès sa singularité, notre pays renonce parfois à obtenir des résultats significatifs. Le regard de Louis devrait nous inciter à nous remettre en cause.

lundi 20 octobre 2008

Soeur Emmanuelle nous a quittés


Elle qui allait vers son second siècle mais se disait faite pour l'éternité, a rejoint "son" Dieu. Elle avait promis, la semaine dernière, de lui demander d'intervenir un peu plus dans les affaires du monde.

Nous éprouvons tous un immense respect, pour elle qui, dévouée aux pauvres, avait fondé une ONG résolument laïque.

L'université populaire de Rouen a ouvert ses portes

L'UPR a ouvert ses portes, à la maison des Associations (11, avenue Pasteur), tous les jeudis, hors vacances scolaires, de 18h30 à 20h. C'est un vrai plaisir pour moi de retrouver, pour une heure d'exposé et une demi-heure de discussion, un public diversifié et intéressé, sur le thème : "La Ve République : quel équilibre des pouvoirs ?".

Prochains rendez-vous : le 23 octobre (la fonction parlementaire)
le 6 novembre (les rapports Président-Premier Ministre), le 13 novembre (les conditions de l'équilibre constitutionnel).

Prochain cycle :"Panorama de l'architecture rouennaise", par Alain Robinne, architecte, de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen.

Entrée libre, sans inscription préalable ; pour tout renseignement, consulter le site : up-rouen.fr

dimanche 19 octobre 2008

Quelle vie après la crise financière ?



Le krach financier, parti de ce crédit hypothécaire accordé sans limite aux Etats-Unis, a déstabilisé le système financier mondial. Mais les subprimes n'ont été qu'un accélérateur de crise : celle-ci couvait depuis longtemps, sans que l'on ait vraiment cherché à mettre en place une régulation dont on parlait épisodiquement pour mieux la renvoyer à plus tard. Comble du paradoxe, ce sont les Etats eux-mêmes, décriés par les libéraux les plus purs, qui ont dû monter au front pour sauver le système bancaire. Cela suffira-t-il ?

Il est trop tôt pour le dire. On doit au moins l'espérer, tant les conséquences en chaîne seraient considérables, en cas d'échec. Et si la crise est provisoirement endiguée, saura-t-on en tenir compte pour construire de nouvelles règles internationales ?

En revanche, il y a des certitudes douloureuses qu'une opinion inquiète commence à partager. Plus encore que la crise financière (qui peut être colmatée), c'est la récession économique, avec son cortège de drames humains, qui se profile. A vrai dire, depuis le printemps dernier, dans notre pays, les signes de ralentissement ne manquaient pas : consommation des ménages en baisse, réduction de l'intérim (automobile, bâtiment, par exemple), défaillance d'entreprises en hausse, création d'entreprises, au contraire, en baisse, difficultés croissantes des emprunteurs à payer leurs traites. Aujourd'hui, ce qui semblait limité au monde développé s'étend à la planète entière. Toutes les économies souffriront. Mais inégalement. L'Europe ne sera sans doute pas la plus cruellement touchée. Ce n'est pas une consolation ! Déjà Marx disait qu'on ne peut consoler l'ouvrier français en lui disant que son collègue allemand est plus malheureux encore. Pourtant, il faut savoir relativiser et ouvrir les yeux sur une réalité plus vaste que celle de son cocon. Si l'on en doutait encore, l'un des mérites de cette crise est de nous rappeler que nous sommes tous citoyens du monde.

jeudi 16 octobre 2008

La Marseillaise sifflée au stade de France : raison garder

L'émoi soulevé une nouvelle fois par le comportement des spectateurs, à l'occasion du match Tunisie-France est légitime. Ce qui l'est moins, ce sont les réponses que tentent de fournir certains responsables politiques : suspension immédiate de la rencontre, ajournement de tout match amical avec les pays concernés (Maroc, Algérie, Tunisie) ou refus de jouer au Stade de France où les risques seraient plus grands...

Si "le but du monde est que la raison règne"(Renan), nous sommes en plein délire. Il faut rappeler d'abord que ces manifestations d'hostilité à l'hymne national et, à travers lui, à notre pays ne se produisent guère que sur les stades de foot. C'est déjà un signe des dérives que ce sport magnifique subit. Comment parler encore de respect de l'autre, de vocation sociale du sport dans des enceintes où la beauté des gestes cède le pas à l'intolérance ?

Mais surtout, les réponses proposées relèvent d'une politique de l'autruche : s'enfouir la tête dans le sable pour ne plus voir les dangers. C'est sur les racines de ce mal qu'il faut agir plus que sur ses symptômes. Le "modèle" français d'intégration est mal en point : immigration clandestine, repliement communautaire, échec scolaire, perte des valeurs collectives... Nous aurons gagné la partie quand les jeunes, quelle que soit leur origine, auront conscience qu'ils sont l'avenir de la France.

dimanche 12 octobre 2008

Entre les murs



Ce n'est pas des qualités cinématographiques du film que je veux parler ici mais plutôt de l'image de l'école qu'il renvoie. A cet égard, les deux heures passées dans une salle obscure ne seront pas perdues. Le principal mérite du film de Cantet, c'est le réalisme. On dira bien-sûr que le collège choisi ne reflète pas la réalité de tous les établissements. Exact ! Mais il existe des collèges comme celui-ci (en nombre assez élevé) et cela suffit, pour moi, à poser le problème.

Que montre le film ? L'échec d'un professeur de Français, face à une classe de 4e qu'il ne parvient pas à discipliner, donc à tirer vers le haut. Des élèves de niveau scolaire très faible, instables, donc agressifs dans les mots et parfois dans les actes, traînant leur ennui et, par-dessus tout, n'ayant pas confiance dans l'avenir ou même doutant qu'ils en aient un.

Un tel film peut-il être utile ? Je ne sais. Il pourrait l'être s'il ouvre les yeux à ceux qui ignorent cette réalité : le taux d'échec augmente, la fracture scolaire s'aggrave, dans notre pays. On laisse entrer au collège des enfants qui ne maîtrisent pas les outils fondamentaux, on les condamne ainsi à l'errance, à l'ennui et à l'amertume. Il pourrait l'être aussi s'il permet de mesurer la difficulté d'enseigner, dans un certain nombre d'établissements. L'école ne peut, seule, guérir tous les maux de la société et pallier les carences de l'éducation familiale.

Pour moi, la démarche de ce professeur, pourtant plein de bonne volonté et pas vraiment débutant, était vouée à l'échec : il accepte, dès le début, que lui soit posée, en classe, la question de son orientation sexuelle. En répondant à l'élève qui l'interpelle, il renonce à établir une frontière indispensable entre sa vie privée et la mission de service public qui lui incombe. Il renonce donc à être professeur.

J'ajoute que le comportement de la vingtaine d'adolescents, présents dans la salle, ce samedi après-midi, prolongeait, involontairement, l'écho du film. Incapables de suivre avec attention un film qu'ils avaient pourtant choisi de voir, ils ont pour la plupart quitté le lieu, après force démonstration de bruits et de gesticulations de toutes sortes. "Pauvre France, qu'as-tu fait de tes enfants", disait ma mère qui était...institutrice.

vendredi 10 octobre 2008

A méditer

"Celui qui sacrifie une liberté essentielle au profit d'une sécurité éphémère et aléatoire ne mérite ni la liberté ni la sécurité.

Benjamin Franklin

Mimétisme consternant des médias



Depuis un mois, les médias sont tous sur le même créneau : effondrement des bourses, risque de récession généralisée, impuissance des autorités politiques et monétaires. Manchettes, images, commentaires se jettent sur les indices en chute, de Wall Street à Tokyo, et nous abreuvent de propos alarmistes sur les faillites à venir. Ce mimétisme fait penser à ce jugement, porté par un observateur critique, sur le comportement grégaire des hommes de la finance : "il vaut mieux avoir tort avec tout le monde qu'avoir raison seul".

Dans notre pays, l'esprit d'imitation et le conformisme des médias triomphent sans limites. L'acharnement des journalistes, aujourd'hui, est inversement proportionnel à l'intérêt qu'ils accordaient, auparavant, aux cris d'alarme lancés régulièrement, de part et d'autre de l'Atlantique : vie à crédit des Etats-Unis, spéculation effrénée, irrationalité et a-moralité des traders, absence de contrôle sur les hedge funds et les agences de notation. Rassurons-nous, cette effervescence ne durera qu'un temps, elle passera comme elle est venue. D'un seul coup comme par miracle.

Tout cela illustre bien la faiblesse du débat public, en France. Où sont les confrontations d'idées, sur les ondes ou sur les écrans ? Quand nous traitera-t-on comme des citoyens libres et responsables de leurs actes ? Les voies de ce renouveau citoyen ne sont pas encore tracées.

mardi 7 octobre 2008

Feu les Jeux Olympiques de la Jeunesse



Je reviens, à froid, sur la candidature de notre ville à l'accueil des Jeux Olympiques de la Jeunesse, en 2014. Le dossier méritait d'être étudié, je l'ai fait fin 2007, au moment où fut retenue la première ville organisatrice, pour 2010.

- l'intérêt de ces Jeux : on ne peut encore le cerner car l'épreuve n'a encore jamais été tentée. Quel sera son succès populaire, quel sera son retentissement médiatique ? Ce qui est en discussion, c'est l'opportunité d'organiser une compétition sportive entre des jeunes de 16 ans. Faut-il encourager, à cet âge, le culte du champion, de l'exploit, signe de l'instantané plus que du durable ? Le débat est ouvert...

- l'intérêt pour Rouen : c'est avant tout une opération de notoriété. On parlera de la ville d'accueil, de son histoire, de sa culture. Tout cela n'est pas négligeable quand on connaît le déficit d'image de notre ville, insuffisamment connue et valorisée. L'impact dans le temps ne sera mesuré qu'après la première édition des Jeux, dans deux ans.

- les chances de Rouen : objectivement, elles étaient modestes. Les infrastructures existantes (à l'exception du futur palais des sports) ne satisfaisaient pas, en l'état, le cahier des charges. Elles auraient donc nécessité des investissements supplémentaires. Pour cette raison, je n'ai personnellement donné aucune suite. L'argent public est rare et le sport ne saurait, à lui seul, tenir lieu de politique de la ville.

Quelles erreurs ont conduit la municipalité à l'échec programmé ? J'en vois deux : 1/ le montage solitaire du dossier. Ni la région ni le département ni l'agglomération n'ont été associés en amont alors que leur contribution financière était indispensable. 2/ l'absence de prise en compte des autres candidatures françaises pour les JO "classiques". Depuis un an au moins, on savait, par exemple, que Grenoble préparait son dossier pour les JO d'hiver de 2018. Michel Destot le disait à qui voulait l'entendre (il me l'a confirmé lors de la finale de hockey à Bercy). Depuis quelques semaines, Nice, Annecy sont aussi sur les rangs. Comment imaginer que le Comité national olympique et sportif présenterait, concomitamment, deux candidatures françaises, l'une pour 2014, l'autre pour 2018 ? Et s'il lui fallait choisir, qui pouvait penser qu'il retiendrait les JO de la Jeunesse plus que les JO d'hiver ? Confronté à l'obligation de choisir, pour éviter une dispersion funeste, il a rapidement penché pour les JO d'hiver, formule éprouvée, aux retombées médiatiques et économiques plus sûres. Personne ne peut le lui reprocher.

Au-delà de ces péripéties, Rouen a besoin de se mobiliser pour une grande cause. Cela ne pourra être, avant longtemps, pour les JO de la Jeunesse ou la capitale européenne de la culture. Le classement au patrimoine mondial de l'UNESCO ou une autre idée ? Le débat reste ouvert.