Blog de Pierre Albertini

samedi 29 novembre 2008

On reparle de la réunification de la Normandie



Le thème de l'unité historique, culturelle et administrative est évoqué depuis le coup de ciseau malencontreux d'un "expert" qui, dans les années 50, a fait passer une frontière arbitraire séparant les cinq départements normands. La réaction de l'opinion ne fut pas à la hauteur des ravages à venir car, à l'époque, ni les régions ni les préfets de région n'existaient encore. Il s'agissait seulement d'une ébauche de répartition territoriale des crédits d'investissement.

En revanche, dans les années 60 et 70 lorsque la région monte en puissance, les dégâts d'une division funeste commencèrent à se faire sentir. Et lorsque les régions furent érigées en collectivités territoriales (après les communes et les départements), l'absurdité de notre situation apparut clairement. Les bretons, les bourguignons, les alsaciens, les corses auraient-ils accepté une division de la Bretagne, de la Bourgogne, de l'Alsace ou de la Corse ? Hélas, en Normandie, les grands leaders politiques (Michel d'Ornano et Jean Lecanuet) préférèrent gouverner, l'un et l'autre, leur petit domaine. C'est l'opinion, animée notamment par le "Mouvement normand" qui relança le débat. Tous les sondages effectués depuis dix ans montrent l'attachement, largement majoritaire, des habitants à l'unité, en Basse comme en Haute-Normandie.

La réflexion ouverte sur la dimension, le nombre, les compétences des collectivités territoriales remet au centre des questions la recherche d'une plus grande efficacité de l'action publique. Je ne doute pas que la commission Balladur fera des propositions sur ce point. La France peut-elle conserver autant d'échelons administratifs de petite taille, au moment où l'information et les échanges ont une dimension mondiale ? Personnellement, je suis, depuis longtemps, favorable à une réunification régionale pour donner à la Normandie les moyens de préparer son avenir, dans le respect de son histoire et de son identité. Où est donc l'obstacle aujourd'hui ? Dans la résistance que font certains élus, plus soucieux de régner en maîtres sur un territoire modeste que de participer à une oeuvre commune de plus forte ambition. Comment ne pas comprendre ainsi les propos récents de M. Le Vern ? Il y aura un moyen très clair de montrer l'attachement des normands, de Cherbourg à Vernon, d'Alençon à Dieppe, à l'unité de leur territoire : ce sont les élections régionales à venir. J'espère vivement que les électeurs sauront reconnaître les partisans du mouvement et ceux du satu quo.

dimanche 23 novembre 2008

La rénovation des banlieues compromise



"Nous n'avons pas tiré les leçons des émeutes de 2005. La relégation territoriale, la séparation spatiale des communautés, les difficultés d'accès aux droits fondamentaux comme l'éducation ou l'emploi, la transmission des inégalités sur plusieurs générations atteignent des proportions insupportables. La révolte va s'inscrire dans le paysage français".

Qui parle ainsi ? Yazid Sabeg, le président du comité d'évaluation et de suivi de l'ANRU (lui-même issu des quartiers) chargé d'un rapport destiné à être publié prochainement. Objectifs revus à la baisse, retards dans les travaux, insuffisance des subventions. Les perspectives économiques les plus récentes ne peuvent qu'aggraver la crainte des experts. Les jeunes des quartiers sensibles vont se heurter plus encore que d'autres aux difficultés de trouver un emploi, même aidé. Comment parler de cohésion sociale quand le taux de chômage y atteint 30 ou 40 % ?

A Rouen, la situation n'échappe pas à ce constat. L'espoir d'un Grand Projet de Ville ambitieux, mobilisant les efforts des partenaires sur dix ans, s'envole. Ce n'est plus la priorité de l'équipe municipale dont plusieurs décisions récentes marquent le désengagement financier. L'abandon de la rénovation des plots 4, 5 et 6 ( les "verre et acier") est symbolique de ce retrait. L'installation d'une centaine d'agents municipaux, de l'équipe du GPV, du réseau d'éducation prioritaire, d'associations ainsi que d'une mairie annexe montrait la solidarité et la confiance de la ville dans ses quartiers. Comment demander un effort aux autres partenaires (bailleurs sociaux, services de l'Etat) sans montrer l'exemple ? La déception est à la hauteur des promesses inconsidérées faites pendant la campagne.

par ailleurs, l'insécurité augmente depuis plusieurs mois, spécialement au Chatelet. Voitures brûlées, menaces aux commerçants, incendie du bureau de police, rodée mortel, règlement de compte meurtrier ces derniers jours... Les habitants inquiets appellent au secours. Le maire affirme à qui veut l'entendre que la sécurité des personnes et des biens est l'affaire de la police. C'est un peu court ! La tranquillité publique et la paix sociale, c'est l'affaire de tous : familles, éducateurs, assistantes sociales, associations, magistrats et policiers mais les élus locaux doivent être en première ligne. Il est urgent de rassembler toutes les bonnes volontés et de donner des signes tangibles, avant qu'il ne soit trop tard. Personne ne gagnera à voir à nouveau les banlieues s'embraser à nouveau.

samedi 15 novembre 2008

"Un congrès de chien"



Au dire d'un des congressistes, Reims est "un congrès de chien : à qui lâchera le morceau de viande le dernier". Le débat d'idées cède le pas à l'affrontement individuel. Entre Ségolène Royal et l'adversaire qu'on lui opposera ( sans doute, Martine Aubry), la majorité se joue à quelques points. Quel que soit le vainqueur, comment le parti pourra-t-il surmonter rapidement cette profonde déchirure ? Le cahier spécial que Le Monde du 15 novembre consacre au PS est tristement édifiant.

vendredi 14 novembre 2008

Le palmarès des villes universitaires



L'Express et L'Etudiant publieront prochainement les résultats d'une enquête portant sur 34 viles universitaires accueillant plus de 10 000 étudiants. Ce classement est effectué à partir de nombreux critères : offre de formation, notoriété internationale, logement, transport, sorties, emploi...La démarche est intéressante car si les villes n'ont pas de compétence particulière en matière d'enseignement supérieur, en revanche, elles sont directement concernées par la vie étudiante. La qualité de celle-ci contribue évidemment à l'attractivité de leur territoire.

Fondateur de l'association des villes universitaires de France (l'AVUF), dont je suis aujourd'hui le délégué général, je vous invite à découvrir ce palmarès. Rouen, ville universitaire récente, y occupe une place honorable. Le projet de faire du cloître des Pénitents la vitrine universitaire et internationale de Rouen avait pour but de renforcer encore l'image et le rayonnement de notre ville. Je serais heureux de voir l'équipe municipale reprendre à son compte cette idée qui avait reçu un accueil enthousiaste. Si j'en crois les maires de Grenoble, Montpellier, Toulouse, par exemple, la bonne intégration urbaine des enseignants et des étudiants est un puissant atout dans le concert des métropoles régionales.

dimanche 9 novembre 2008

Regards croisés sur la France



Je viens d'achever la lecture de deux livres dont la mise en parallèle est fort instructive, malgré les différences entre leurs auteurs. Pour "Schizophrénies françaises", l'américain Ezra Suleiman (Grasset, 2008) et pour "La société de défiance" (éd. ENS, 2007), deux économistes qui viennent de recevoir le prix du livre d'économie.

Suleiman, issu d'une famille juive, installée de longue date en Irak, aujourd'hui professeur à Princeton, observe depuis 30 ans la société politique française. Il l'a fait, par exemple, en regroupant de jeunes espoirs des deux côtés de l'Atlantique, dont il a comparé la trajectoire. Sa conclusion est simple : l'influence de la France dans le monde diminue, malgré de formidables atouts, non valorisés. L'explication tient, pour lui, en deux propositions essentielles :
la France se gargarise de principes, cultive sa singularité mais ne s'intéresse pas aux faits, ne regarde pas la réalité en face et ne s'adapte que lentement aux nouveaux défis
son élite (politique, administrative, économique), recrutée dans un milieu social homogène et par le canal de quelques grandes écoles, songe plus à conserver ses privilèges qu'à réformer le pays.

Dans "La société de défiance", Y. Algan et P. Cahuc passent au scalpel des courbes et des diagrammes l'état de l'opinion, révélée par de nombreuses enquêtes réalisées dans une trentaine de pays. Non seulement, les Français n'ont plus guère confiance en l'avenir mais encore éprouvent entre eux de la défiance et l'incivisme croît (le test du portefeuille trouvé et rapporté est édifiant). Selon eux, c'est dans les années 40, avec la défaite et l'occupation, que la méfiance s'est progressivement installée au coeur de notre société et qu'elle a fortement augmenté depuis une vingtaine ou une trentaine d'années.

Le point commun de ces analyses est que "le modèle social français s'autodétruit", faute de confiance en soi et de réformes de structures. Leurs pistes pour en sortir ? Elles convergent largement : rompre avec le corporatisme, favoriser le dialogue social, activer le débat public, éduquer à la responsabilité. Tout un programme !

jeudi 6 novembre 2008

"Yes, we can"



Barack Obama sera donc le 44e Président des Etats-Unis. Il a obtenu une majorité non discutable mais pas écrasante des suffrages populaires : 52 %, amplifiée par le mode de répartition des 539 grands électeurs, dans les 50 Etats. Après la confirmation attendue du vote de ces derniers, le 15 décembre, il entrera en fonction le 20 janvier, dès après sa prestation de serment.

L'élection d'un métis (un biracial, comme disent les Américains), à la tête des Etats-Unis, est en soi un événement, quelques dizaines d'années seulement après la disparition (officielle) de la ségrégation. L'onde de choc va modifier l'image des Etats-Unis dans le monde dont il sera plus difficile désormais de faire l'incarnation du mal. Mais plus encore, c'est la volonté de tourner la page de l'ère G. W. Bush qui s'affirme avec le plus de netteté, dans ce vote. L'aspiration au changement est très forte, aussi bien en politique intérieure qu'en politique extérieure. Pour le candidat républicain McCain, c'était pratiquement mission impossible.

Où sont les principaux soutiens de Barack Obama ? Au vu des sondages à la sortie des urnes, chez les noirs et les latinos, chez les jeunes et chez les femmes. Cela montre l'ampleur et la difficulté de la tâche qui attend le nouveau président. Comment amalgamer ces attentes dans un "rêve américain" qui n'a pas les mêmes contours pour tout le monde. Bonne chance à Obama, le plus difficile commence...

Outre sa couleur de peau, devenue un symbole, ce qui surprend un observateur français, c'est aussi l'ascension fulgurante du futur président. Personne, ou presque, ne le connaissait avant son discours devant la convention démocrate de 2004. Une aventure comparable est-elle possible en France ? La question mérite d'être posée au moment même où les adhérents du PS se prononcent pour les motions et les candidats en présence, en vue du congrès de Reims. La réponse est hélas négative, moins en raison de l'opinion que de la structure des partis : chez nous, ils obéissent à un modèle plus traditionnel, certains diront archaïque, ne permettant pas l'irruption d'un présidentiable en 3 ou 4 ans. En 2007, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et François Bayrou arpentaient déjà les planches de la scène politique depuis 15 à 20 ans. Le temps politique n'est sans doute pas identique des deux côtés de l'Atlantique. Enfin, dernier clin d'oeil désarmant, c'est à Sarkozy que fait penser le plus Barack Obama, aujourd'hui ! De quoi désespérer Billancourt !