Blog de Pierre Albertini

samedi 31 janvier 2009

Et la langue, bordel ?



Albert Camus disait : "ma patrie, c'est ma langue". Que reste-t-il aujourd'hui de l'univers des mots, de la passion du style qui faisait écrire et réécrire dix fois la même page, avant de trouver le ton juste ? Les jeunes ne lisent plus guère. Et les adultes ? Danièle Sallenave, romancière, raconte son expérience édifiante d'une année scolaire passée dans deux classes de collège : "Nous, on n'aime pas lire", chez Gallimard :

"Il est clair que la société marchande, consumériste, n'accorde plus de valeur à la transmission de la langue, au passé, à l'histoire, aux livres. Qu'elle s'en défie. Qu'elle en a peur. On peut prendre un ton catastrophiste, apocalyptique, mais c'est inopérant. Je refuse les vaticinations, et je ne crois plus aux solutions globales. C'est trop tard.
Mais il reste partout des braises. Il faut souffler dessus. Etre par exemple d'une exigence absolue en matière de langue, c'est la condition de tout. Pour tous, partout. Et ensuite, lire et faire lire... Offrir à chacun cette occasion unique d'être soi que donne la fréquentation des grands livres. D'être soi et d'être au monde".
On ne saurait mieux dire.

Le pas de clerc du Pape



Je comprends l'effort de réconciliation entrepris par le Pape autour des principes de Vatican 2. Mais comment comprendre que la levée de l'excommunication des Evêques ordonnés par Monseigneur Lefèbvre intervienne le lendemain de l'interview dans laquelle l'un d'eux met en cause l'extermination des juifs par les nazis ? Les ravages de ce pas de clerc sont considérables. Que l'Eglise rassemble, c'est sa vocation même. Mais peut-elle rassembler des contraires sans se renier ?

On sait que, dans le même temps, le Pape envisage la béatification de Pie XII, dont l'attitude trouble, pendant la seconde guerre mondiale, mériterait au moins un examen par une commission d'historiens, indépendants du Vatican. J'espère sincèrement qu'une nouvelle maladresse ne s'ajoutera pas à la précédente.

jeudi 15 janvier 2009

Comment imposer la paix au Proche-Orient ?



Les événements qui se déroulent dans la bande de Gaza, depuis plusieurs semaines, sont dramatiques. Dans une zone à très forte densité de population, la guerre fait un grand nombre de victimes civiles. Ni le terrorisme aveugle ni la riposte militaire ne sont des issues acceptables. Après 60 ans de guerre, les peuples n'ont-ils pas le droit de vivre en paix, dans des frontières reconnues et respectées ? Quand la folie des hommes cessera-t-elle ?

L'Europe, qui a connu elle-même des conflits fratricides, a les moyens d'imposer la paix aux parties en présence. Il lui suffit d'envoyer une force d'interposition pour les séparer d'abord puis pour leur apprendre à vivre ensemble. Qui oserait s'opposer à l'envoi de cette force et à son déploiement ? L'Europe l'a fait dans les Balkans, au Liban, dans plusieurs pays d' Afrique. Elle a le devoir de le faire sur cette terre, berceau du monde. J'espère qu'elle en aura la volonté. C'est urgent.

mardi 13 janvier 2009

Fermeture de la Gare Saint-Lazare : les passagers pris en otages



Cette après-midi, la Gare Saint-Lazare a été brutalement fermée. A l'heure où j'écris ce billet, les discussions entre les syndicats et la direction se poursuivent sans qu'on sache quand les trains circuleront à nouveau. A l'origine de cette interruption totale du trafic, un acte inacceptable : l'agression perpétrée contre un conducteur de train à sa descente de machine. C'est condamnable et regrettable. Chacun souhaite que les auteurs soient identifiés et punis comme il se doit.

Mais cela ne justifie pas que les usagers de la SNCF soient une nouvelle fois les dindons de la farce. La continuité n'est-elle pas un des principes mêmes du service public ? Quels sont les résultats tangibles des promesses d'amélioration de la ligne faites par le président de la région ?

La dégradation n'est pas enrayée, elle se poursuit inexorablement. Est-ce la raison pour laquelle beaucoup de nos parlementaires locaux préfèrent leur voiture de fonction au train pour se rendre à Paris ? Une pratique discutable et surtout un non-sens à l'heure du développement durable.

dimanche 11 janvier 2009

Faut-il supprimer le juge d'instruction ?



Qu'il faille réformer la procédure pénale pour mieux garantir les droits de la défense, sans affaiblir l'efficacité des poursuites, est devenu un objectif partagé. Avec l'affaire d'Outreau, les dysfonctionnements multiples de la justice, aggravés par une médiatisation jetant tout à tour en pâture à l'opinion le sort des enfants puis celui des parents, ont fini de discréditer un type d'instruction reposant sur les épaules d'un seul.

Créé par Napoléon, le juge d'instruction est un magistrat du siège, censé diriger ses investigations "à charge et à décharge". Mais comment le même homme, quels que soient ses qualités et ses doutes, peut-il ainsi se dédoubler et voir dans la personne face à lui tantôt un coupable sans foi ni loi tantôt un innocent injustement accusé ? Pure fiction et confusion des rôles, trop longtemps entretenue !

Mais comme souvent en la matière, l'arbre risque de cacher la forêt. D'une part, la proportion des affaires instruites par les juges d'instruction n'a cessé de diminuer en volume pour ne représenter aujourd'hui que 5 % environ. Certes, il s'agit des infractions les plus graves et de dossiers sensibles mais la tendance parle d'elle-même. Déjà, la quasi-totalité des poursuites correctionnelles est confiée au parquet. D'autre part et surtout, la suppression du juge d'instruction et son remplacement sont inséparables d'une réforme de la procédure pénale dans son ensemble. Or sur ce point, on a beaucoup tenté, par des retouches incessantes et sans grands résultats : la commission d'enquête sur Outreau a elle-même accouché d'une souris. Ce n'est donc pas de symboles ou de rapiéçage que notre justice pénale a besoin mais d'une vaste refonte, réfléchie, mûrie avec tous les acteurs et longuement discutée au Parlement.

Renforcer les droits de la défense, améliorer l'efficacité des poursuites, garantir l'égalité de la justice, restreindre les abus de la détention provisoire supposent plus que le remplacement du juge d'instruction par un juge de l'instruction. L'idée n'est d'ailleurs pas nouvelle, elle figurait déjà dans le remarquable rapport Delmas-Marty de 1990. Le schéma est simple à définir : au parquet, les missions d'investigation, à un juge de l'instruction la seule fonction de juridiction. Mais il serait naïf de croire que cette répartition des rôles, même plus claire, suffira à obtenir une justice de meilleure qualité. Ainsi, qui vérifiera que le parquet (et avec lui la police et la gendarmerie) manifeste un zèle identique dans toutes les affaires à traiter ? Comment s'assurer qu'une procédure plus contradictoire profite aussi aux justiciables les plus modestes ? Quels moyens pour garantir garantiront l'humanisation des procédures Comment humaniser la procédure et

Ces questions méritent, non une réforme précipitée, pour satisfaire l'ego de tel ou tel, mais un débat de fond permettant de rendre à la justice le crédit perdu.