Blog de Pierre Albertini

vendredi 27 février 2009

Un peu de pudeur...



La mise en scène, parfaitement orchestrée, de la vente Saint-Laurent-Bergé est indécente. Au moins autant que le montant qu'elle a atteint, au-delà de toute estimation : 373 millions d'euros. Au moment où beaucoup de nos concitoyens ressentent douloureusement les effets de la crise économique et sociale, il fallait en effet bien du talent pour convaincre le petit monde des collectionneurs que les oeuvres composant l'univers intime et artistique d'Yves Saint-Laurent et de Pierre Bergé n'avaient pas de prix. Ce qui a permis ensuite d'en tirer un produit inespéré. Un joli coup de maître !

Le marché de l'art se porte bien, pardon je devrais écrire "résiste bien", comme on ne cesse de nous le seriner à longueur de journée. Il a encore ses adeptes et ses encenseurs, protégés par le conformisme médiatique qui nous gouverne. Que le bon peuple se rassure ! Le cours des oeuvres d'art n'est pas près de suivre l'effondrement des bourses. Ouf, au moins cela nous épargnera un motif supplémentaire d'inquiétude.

Je ne mets pas en cause la sincérité des liens qui unissaient Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé. Le premier était un artiste et un créateur. Le second a toujours été un homme d'affaires avisé comme on vient de le voir, une nouvelle fois. Ce n'est pas tout à fait le même registre. Quel empressement à jeter en pâture à l'opinion et à disperser aux enchères une collection privée, patiemment accumulée !

Dans le même temps, les rouennais apprenaient, par la voix de Laurent Fabius, que le même Pierre Bergé allait parrainer la future grande exposition impressionniste du Musée des Beaux-Arts. Heureux sommes-nous de pouvoir compter sur la sûreté de son jugement et la qualité de son expertise.

dimanche 22 février 2009

Qu'attendre du sommet du G 20, en avril ?



On n'a plus besoin de souligner l'ampleur d'une crise dont les subprimes américains ont été les révélateurs mais qui couvait depuis plusieurs années, dans un système capitaliste que personne ne contrôlait plus. Que peut-on attendre du futur sommet, convoqué pour le mois d'avril et que les Européens s'efforcent de préparer tant bien que mal ? Personne n'imagine qu'une réponse complète sorte, toute armée, de cette réunion. Au moins, conviendrait-il que des orientations suffisamment précises soient tracées.

Comment encadrer la "titrisation" des crédits qui permet de vendre, de regrouper des prêts accordés par les banques et de les transformer en titres cédés à des investisseurs ? Peut-on accorder des crédits sans limites et sans vérifier la solvabilité des emprunteurs ? A quelle réglementation faut-il soumettre les fonds spéculatifs jusqu'ici pas ou peu contrôlés ? Quels pouvoirs de régulation reconnaître aux autorités chargées de surveiller les marchés ? A quelles règles soumettre les agences de notation dont beaucoup n'ont été ni vigilantes ni indépendantes de leurs clients ? Enfin, comment lutter contre les paradis fiscaux qui hébergent des sommes colossales et ruinent tout effort de transparence du capitalisme financier ?

L'une des conditions pour réunir la convergence espérée est évidemment que les Européens parlent désormais d'une même voix, face à un Président américain qui, jusqu'ici, s'est concentré sur la situation intérieure de son pays. Or, à plusieurs signes, on peut craindre qu'apparaissent à nouveau deux camps, en Europe : le camp continental qui, à l'image de l'Allemagne et de la France, souhaite une régulation forte des marchés, le camp anglo-saxon,qui, derrière la Grande-Bretagne est toujours attaché au dogme capitaliste, malgré ses effets catastrophiques récents. N'ayons, à cet égard, aucune illusion : il est vain de parler de "moralisation". La morale est tout aussi étrangère au capitalisme qu'elle ne l'était au communisme, deux systèmes froids qui ont peu à voir avec l'éthique.

dimanche 15 février 2009

Ce que les universitaires contestent



Les enseignants du supérieur ne récusent pas le principe d'une évaluation à laquelle ils sont déjà largement soumis pour leurs activités de recherche. Ce qu'ils rejettent, dans le projet de décret préparé parle Ministère, ce sont :

- l'étendue du pouvoir d'appréciation reconnu aux présidents d'université

- et la possibilité pour eux de moduler (en plus ou en moins) leur service d'enseignement, en fonction de la qualité de leur recherche. Voici, mieux que tout discours, la disposition litigieuse :

"Le président ou le directeur de l'établissement arrête les décisions individuelles d'attribution des services des enseignants-chercheurs dans l'intérêt du service, après consultation du directeur de la composante et du directeur de l'unité de recherche concernés. Le tableau de service de chaque enseignant-chercheur lui est transmis en début d'année universitaire et est adapté pour chaque semestre d'enseignement. Il peut comporter un nombre d'heures d'enseignement inférieur ou supérieur au nombre d'heures de référence en fonction de la nature des autres activités (administratives ou pédagogiques assurées) et (pour les activités de recherche) de leur évaluation par le conseil national des universités"

mardi 10 février 2009

La violence des images dans l'univers des enfants



Les enfants d'aujourd'hui sont imprégnés d'images, ils baignent dans l'univers des écrans. Ainsi, les 4-10 ans regardent la télé, en moyenne, plus de 2 heures par jour. 30 % ont un poste dans leur chambre, 60 % des familles ont au moins 6 écrans, tous équipements confondus. Les producteurs d'émission ont bien compris qu'il y avait là un marché à exploiter : certains proposent même des chaînes pour bébés (Baby TV et Baby first) ! Peut-on décrire cette évolution sans s'interroger sur ses effets ?

Les images touchent les enfants avant même qu'ils ne sachent parler. Pour beaucoup d'entre eux, "la réalité sociale est d'abord virtuelle, le plus souvent, avant d'être humaine" . Comme moi, vous avez sans doute été frappés par la fascination qu'exercent le son et les images sur les plus jeunes. Des pédopsychiatres ont déjà tiré la sonnette d'alarme. Il faut laisser l'enfant découvrir le monde qui l'entoure avec ses sens, avec son toucher, plutôt qu'à travers les écrans. Est-ce le temps passé devant la télé qui explique l'agitation des élèves, leur difficulté à se concentrer sur un exercice ? Je ne sais mais la question mérite d'être posée et étudiée.

Outre le temps consacré aux images, c'est aussi leur violence qui interpelle. Or il y en a de plus en plus, dans les dessins animés, les actualités, les jeux vidéo, les films...Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, vient de réaliser une étude portant sur des élèves de plusieurs écoles maternelles. Soulignant les techniques de montage des images (rapidité, contraste des couleurs, changements de plan, zooms), il montre la pression qu'elles exercent, l'intensité des sentiments qu'elles provoquent. Ce qui déroute les enfants, les prive de leurs repères. Je vous livre les enseignements qu'il en tire :

"Cette étude montre que la violence du paysage audiovisuel est partiellement et indirectement responsable du climat de violence scolaire. Les images violentes ne rendent pas les enfants violents, mais la violence des images rend certains jeunes plus violents, d'autres plus victimes, etc. Ce qui crée un climat propice aux affrontements. Il faut donc penser le paysage audiovisuel, non pas uniquement en termes d'images à contenu violent, mais en terme de violence des images".

Pour aller plus loin :
- Manuel à l'usage des parents dont les enfants regardent trop la télévision ( éd.Bayard),
- Qu'est-ce qu'il y a à la télé ? (éd. Albin Michel).

mercredi 4 février 2009

Pour le Président : un rendez-vous à haut risque



Demain soir, le Président sera, face à l'opinion, dans une position difficile : entre les attentes des Français, les incertitudes de la crise et les contraintes budgétaires. Comment convaincre que le char de l'Etat est en de bonnes mains, que les difficultés du moment, plus que sérieuses, seront surmontées, sans disposer d'une véritable marge de manoeuvre ?

Qu'on en juge : notre pays supporte déjà la dépense de protection sociale la plus élevée d'Europe, le déficit public et l'endettement augmentent fortement, notre commerce extérieur est lourdement déficitaire.

Le choix fait jusqu'ici a été de présenter un plan de relance par l'investissement comportant, pour l'essentiel, des mesures en faveur du bâtiment, des travaux publics et de l'automobile. Ce choix est économiquement pertinent. Mais l'ampleur de la crise et l'inquiétude de nos concitoyens montrent que cette réponse ne suffit pas.

L'opinion a d'abord besoin de repères, même si elle a compris la gravité de la situation et la vanité des prévisions. Quel projet collectif est poursuivi, comment répartir, avec équité, les efforts, sur quelles bases refonder un pacte social qui se délite lentement ? Plus qu'une référence incessante aux réformes, ce serait cela une véritable "politique de civilisation". Elle attend aussi des signes tangibles de solidarité en faveur des plus exposés. C'est, à mon sens, la voie la plus sûre pour lui redonner confiance dans la solidité et l'avenir de notre pays. Quelques exemples : doubler l' avance promise aux petits retraités, financer un vaste programme de formation en faveur des demandeurs d'emploi, accorder des chèques emploi-service aux parents isolés.

Des mesures de ce genre aideraient ceux qui en ont le plus besoin et profiteraient directement à l'économie (y compris sociale) de notre pays. Toute distribution de pouvoir d'achat, non ciblée, profiterait au contraire aux nations exportatrices comme l'Allemagne ou la Chine et creuserait encore notre déficit commercial. Ce serait une fuite en avant.