Blog de Pierre Albertini

mardi 31 mars 2009

"Le rêve de Jérusalem"



A tous ceux que les récents propos du Pape plongent dans le désarroi, je conseille la lecture des entretiens avec le Cardinal Martini, publiés sous le titre "Le rêve de Jérusalem"(éd. Desclée de Brouwer, 2009). Ces conversations sur la foi, les jeunes et l'Eglise forment un propos clair, vivifiant et plein d'espoir. Croyant ou non, il nous invite à réfléchir sur notre chemin sur la terre et sur le sens de notre vie. "Dieu nous demande d'avoir confiance, à la fois confiance en lui et les uns dans les autres. La confiance vient du coeur".

Archevêque de Milan de 1980 à 2002, Carlo Maria Martini vit aujourd'hui, dans la simplicité, à Jérusalem où il reçoit des étudiants venus du monde entier

mercredi 25 mars 2009

Un rayon de soleil



Petite scène de la vie ordinaire. Cet après-midi, dans le bus de la ligne 7, deux jeunes du Conservatoire rentraient tranquillement chez eux, transportant, dans leur étui, un violon et un trombone. Assise près d'eux, une jeune femme, aussi simple que nature, leur dit tout de go que son rêve aurait été de jouer de la musique et leur demanda, avec insistance, de lui montrer leurs instruments. Le lieu ne s'y prêtait guère. Mais sentant que l'envie de son interlocuteur improvisé était si forte, la jeune fille sortit prudemment son violon de l'étui qui le protégeait. Après une brève hésitation, elle proposa de jouer un morceau, ce que tous les passagers présents l'incitèrent à faire si elle le sentait. Prenant alors appui, tant bien que mal, dans ce véhicule cahotant, elle saisit son archer. Durant quelques minutes, s'élevèrent alors les notes d'une pièce de Télémann, je crois. Chacun était sous le charme. Puis, un tonnerre d'applaudissements salua cette performance aussi inédite que spontanée.

Merci à cette jeune musicienne (à qui je souhaite bonne chance) de nous avoir offert ce moment de bonheur. Ma voisine a suggéré que soit encouragé ce genre d'initiative. Cela mettrait, j'en suis sûr, un peu de joie et de plaisir, dans les transports en commun. Et procurerait un peu d'argent de poche à des talents qui se cherchent. Chiche ?

dimanche 22 mars 2009

Principes et symboles : l'affaire du bouclier fiscal



Notre pays a une fâcheuse tendance à s'emparer de faits pour en faire une question de principes, provoquant ainsi de véritables polémiques et d'insurmontables crispations. L'affaire du bouclier fiscal est très révélatrice à cet égard. Depuis qu'il a été institué, à l'été 2007, il est défendu becs et ongles par le Président et, au contraire, voué aux gémonies par l'opposition. Dans l'intérêt du pays, ne peut-on pas dépassionner le débat, sans faire perdre la face à l'un ou l'autre des camps en présence ?

Le plafonnement des impôts à un certain pourcentage de ses revenus est, selon moi, acceptable. Il y a un seuil (50%, 60%) au-delà duquel le prélèvement fiscal devient abusif. Plusieurs pays tels que l'Allemagne pratiquent d'ailleurs ce système, sans difficultés. Aujourd'hui, le bouclier profite à 14 000 contribuables et coûte environ 500 millions d'euros à l'Etat. Pas de quoi faire la révolution ni seulement la révolution fiscale. Mais... Car il y a un mais. La perspective change si l'on tient compte du nouveau contexte.

En 2007, la question était surtout de lutter contre l'évasion fiscale, préjudiciable à notre économie (il serait d'ailleurs intéressant de savoir si la mesure a eu ou non des effets). Aujourd'hui, l'environnement est sensiblement différent : l'activité ralentit, le chômage s'accroît, beaucoup de Français sont dans la difficulté. L'opinion inquiète demande un effort de solidarité, équitablement partagé. Elle juge tous les actes à l'aune de l'équité qui les inspire ou non. Tant qu'il s'enferme dans sa position initiale, le Président donne irrésistiblement l'impression d'épargner les plus riches et de laisser les plus démunis et les classes moyennes supporter l'essentiel de la crise. Sans se déjuger, il pourrait soit suspendre le bouclier fiscal soit instituer une contribution spécifique payée par les plus aisés. S'il ne le fait pas, sa politique sera toujours marquée du sceau de l'injustice. A cet égard, l'histoire se répète toujours.

mardi 17 mars 2009

La France et l'OTAN : question de méthode



Sur le fond, le retour de la France au sein des structures intégrées de l'OTAN provoque des jugements contradictoires. Les uns approuvent au nom de la disparition des blocs, de la solidarité européenne et de l'influence accrue de notre pays. Les autres condamnent en vertu de la tradition gaulliste, de la singularité et de l'indépendance de la France dans le monde. Il n'est pas simple de dire avec certitude qui a raison et qui a tort dans ce débat qui mêle la question des rapports franco-américains et celle de le défense européenne. En revanche, la méthode choisie pour ouvrir et aussitôt clore la discussion a de quoi surprendre.

Dans la crise économique que nous traversons, était-ce bien le moment d'annoncer le retour de notre pays dans le commandement intégré de l'OTAN ? Quel événement nouveau le justifie ? quelle perspective nouvelle explique cet empressement ? Je m'interroge et ne vois guère. N'est-ce pas plutôt à la régulation du système financier et au redressement de l'économie que nous devrions consacrer prioritairement nos énergies ? De plus, la volonté de couper court au débat et au vote à l'Assemblée nationale ne permet guère aux députés de s'exprimer en conscience. En décidant d'engager sa responsabilité sur l'ensemble de sa politique extérieure, le Gouvernement se livre en fait à un détournement de procédure. On ne saura jamais si les députés approuvaient ou non le changement de pied de la France. Au moment où l'on ne cesse d'évoquer le rééquilibrage des institutions, ce n'est pas la meilleure preuve de confiance (sinon d'amour) dans le Parlement.

Au fait, qui a été à l'initiative de la révision constitutionnelle de 2008 ? quel pouvoir voulait-on ainsi renforcer ? Comme toujours, chasser le naturel, il revient au galop...

dimanche 8 mars 2009

Rouen, métropole demain ?



Le comité Balladur vient de rendre son rapport. Je reviendrai sans doute sur son contenu plus tard. Dans l'immédiat, l'accueil a été plutôt tiède. Le long cortège des conservatismes de tout poil s'est mis en branle : on peut légitimement s'interroger sur la suite qui lui sera donnée. Une des propositions (parmi les 20 formulées) intéresse pourtant particulièrement Rouen : la création d'une "métropole". En voici les principaux aspects :

La métropole serait une nouvelle catégorie de collectivité, élue au suffrage direct, bénéficiant de compétences élargies et dotée de recettes supplémentaires. Ainsi, elle disposerait d'une clause générale de compétence, exercée par un conseil métropolitain, et recevrait en outre, sur son territoire, les compétences du département (action sociale, collèges, voirie...). Elle seule voterait l'impôt (dont une part serait ensuite répartie entre les communes membres).

Ce schéma s'appliquerait à 11 agglomérations : 8 déjà organisées en communautés urbaines (Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Strasbourg, Toulouse) et 3 structurées en communautés d'agglomération (Rennes, Rouen, Toulon). Au total, la formule concernerait environ 7,5 millions d'habitants. Elle aurait pour moi le triple avantage de faciliter une politique plus cohérente, en permettant une économie d'échelle, de procurer des moyens accrus à ces ensembles nouveaux et de leur donner une légitimité démocratique.

A Rouen une telle perspective est d'autant plus intéressante que l'agglomération est balkanisée (45 communes de toutes tailles) et fracturée (cassures et inégalités urbaines). Ma première réaction, à chaud, est donc favorable. Cependant, la principale difficulté réside dans l'articulation entre la métropole et les entités composantes : celles-ci ne sauraient être réduites au rôle, subalterne, des mairies d'arrondissement existant à Paris, Lyon ou Marseille. Une véritable complémentarité doit être recherchée. Pour le moment, le rapport Balladur évoque des pistes : les communes membres deviendraient des "villes", disposant d'un budget propre et exerçant au minimum les compétences suivantes : écoles, crèches, action sociale. En outre, le maire de chacune d'elles resterait officier de l'état civil, délivrerait les autorisations d'urbanisme et conserverait ses pouvoirs de police. C'est une base de réflexion qu'il convient d'approfondir. Car, selon l'expression consacrée, le diable est dans ces détails.

Ce schéma ressemble à celui que j'avais proposé, il y a quelques années, aux 12 communes limitrophes de Rouen, avec le succès que l'on sait ! Une façon de dire qu'une loi est indispensable pour tracer le cadre juridique. La construction de métropoles ne viendra pas spontanément des seuls élus. J'espère sincèrement qu'un débat public aura lieu.

mardi 3 mars 2009

Une nouvelle loi sur les prisons : progrès ou occasion manquée ?



Annoncée depuis 10 ans et sans cesse reportée, la nouvelle loi pénitentiaire est enfin soumise à l'examen du Sénat. Deux rapports parlementaires (toutes tendances politiques confondues) avaient déjà dénoncé l'état déplorable, pour ne pas dire indigne, de nombre de nos prisons. On ne compte plus les mises en garde du Médiateur, de l'Observatoire International des Prisons, ainsi que les condamnations dont la France a fait l'objet, de la part de la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

Disons-le tout net, le projet de loi préparé par la Chancellerie n'est pas à la hauteur des enjeux. Il a été largement corrigé et complété par les commissions du Sénat. La discussion qui s'engage puis le vote permettront de porter un jugement plus complet sur l'intérêt du texte. Il devra, selon moi, contenir au moins quelques principes simples : l'affirmation du traitement digne auquel chaque détenu a droit ; le rappel de l'objectif de réinsertion ; la recherche de peines alternatives à l'emprisonnement (le tout carcéral n'est pas une solution) ; la limitation drastique du recours à la détention provisoire ; l'aménagement des peines et l'interdiction des sorties sèches qui conduisent inévitablement à la récidive. Enfin, comment ne pas rappeler que tout condamné mérite un encellulement individuel ?

J'entends dire, ici ou là, qu'il faut cesser de construire des prisons. Erreur funeste ! Car il faut renouveler une partie des cellules existantes dont certaines datent du XIXe siècle et sont indignes. Sans aller au-delà. Avec 50 OOO places rénovées, notre pays serait suffisamment équipé. Rappelons qu'il y a aujourd'hui 52 000 places (dont plus de 10 à 15 000 sont en réalité impropres à leur usage) et 62 000 détenus !

Robert Badinter, que j'écoutais ce matin, avouait crûment qu'en matière de prisons, la droite et la gauche n'avaient pas pris, jusqu'ici, la bonne mesure du problème : la droite en s'arc-boutant sur la construction de prisons nouvelles, la gauche en ne donnant pas aux prisons les moyens de leur humanisation. Après toutes ces errances, le temps de la dignité et de la justice n'est-il pas enfin venu ?