Le comité Balladur vient de rendre son rapport. Je reviendrai sans doute sur son contenu plus tard. Dans l'immédiat, l'accueil a été plutÎt tiÚde. Le long cortÚge des conservatismes de tout poil s'est mis en branle : on peut légitimement s'interroger sur la suite qui lui sera donnée. Une des propositions (parmi les 20 formulées) intéresse pourtant particuliÚrement Rouen : la création d'une "métropole". En voici les principaux aspects :

La métropole serait une nouvelle catégorie de collectivité, élue au suffrage direct, bénéficiant de compétences élargies et dotée de recettes supplémentaires. Ainsi, elle disposerait d'une clause générale de compétence, exercée par un conseil métropolitain, et recevrait en outre, sur son territoire, les compétences du département (action sociale, collÚges, voirie...). Elle seule voterait l'impÎt (dont une part serait ensuite répartie entre les communes membres).

Ce schéma s'appliquerait à 11 agglomérations : 8 déjà organisées en communautés urbaines (Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Strasbourg, Toulouse) et 3 structurées en communautés d'agglomération (Rennes, Rouen, Toulon). Au total, la formule concernerait environ 7,5 millions d'habitants. Elle aurait pour moi le triple avantage de faciliter une politique plus cohérente, en permettant une économie d'échelle, de procurer des moyens accrus à ces ensembles nouveaux et de leur donner une légitimité démocratique.

A Rouen une telle perspective est d'autant plus intĂ©ressante que l'agglomĂ©ration est balkanisĂ©e (45 communes de toutes tailles) et fracturĂ©e (cassures et inĂ©galitĂ©s urbaines). Ma premiĂšre rĂ©action, Ă  chaud, est donc favorable. Cependant, la principale difficultĂ© rĂ©side dans l'articulation entre la mĂ©tropole et les entitĂ©s composantes : celles-ci ne sauraient ĂȘtre rĂ©duites au rĂŽle, subalterne, des mairies d'arrondissement existant Ă  Paris, Lyon ou Marseille. Une vĂ©ritable complĂ©mentaritĂ© doit ĂȘtre recherchĂ©e. Pour le moment, le rapport Balladur Ă©voque des pistes : les communes membres deviendraient des "villes", disposant d'un budget propre et exerçant au minimum les compĂ©tences suivantes : Ă©coles, crĂšches, action sociale. En outre, le maire de chacune d'elles resterait officier de l'Ă©tat civil, dĂ©livrerait les autorisations d'urbanisme et conserverait ses pouvoirs de police. C'est une base de rĂ©flexion qu'il convient d'approfondir. Car, selon l'expression consacrĂ©e, le diable est dans ces dĂ©tails.

Ce schéma ressemble à celui que j'avais proposé, il y a quelques années, aux 12 communes limitrophes de Rouen, avec le succÚs que l'on sait ! Une façon de dire qu'une loi est indispensable pour tracer le cadre juridique. La construction de métropoles ne viendra pas spontanément des seuls élus. J'espÚre sincÚrement qu'un débat public aura lieu.