dimanche 22 mars 2009
Principes et symboles : l'affaire du bouclier fiscal
Par Pierre Albertini, dimanche 22 mars 2009 à 17:11 :: General
Notre pays a une fĂącheuse tendance Ă s'emparer de faits pour en faire une question de principes, provoquant ainsi de vĂ©ritables polĂ©miques et d'insurmontables crispations. L'affaire du bouclier fiscal est trĂšs rĂ©vĂ©latrice Ă cet Ă©gard. Depuis qu'il a Ă©tĂ© instituĂ©, Ă l'Ă©tĂ© 2007, il est dĂ©fendu becs et ongles par le PrĂ©sident et, au contraire, vouĂ© aux gĂ©monies par l'opposition. Dans l'intĂ©rĂȘt du pays, ne peut-on pas dĂ©passionner le dĂ©bat, sans faire perdre la face Ă l'un ou l'autre des camps en prĂ©sence ?
Le plafonnement des impÎts à un certain pourcentage de ses revenus est, selon moi, acceptable. Il y a un seuil (50%, 60%) au-delà duquel le prélÚvement fiscal devient abusif. Plusieurs pays tels que l'Allemagne pratiquent d'ailleurs ce systÚme, sans difficultés. Aujourd'hui, le bouclier profite à 14 000 contribuables et coûte environ 500 millions d'euros à l'Etat. Pas de quoi faire la révolution ni seulement la révolution fiscale. Mais... Car il y a un mais. La perspective change si l'on tient compte du nouveau contexte.
En 2007, la question était surtout de lutter contre l'évasion fiscale, préjudiciable à notre économie (il serait d'ailleurs intéressant de savoir si la mesure a eu ou non des effets). Aujourd'hui, l'environnement est sensiblement différent : l'activité ralentit, le chÎmage s'accroßt, beaucoup de Français sont dans la difficulté. L'opinion inquiÚte demande un effort de solidarité, équitablement partagé. Elle juge tous les actes à l'aune de l'équité qui les inspire ou non. Tant qu'il s'enferme dans sa position initiale, le Président donne irrésistiblement l'impression d'épargner les plus riches et de laisser les plus démunis et les classes moyennes supporter l'essentiel de la crise. Sans se déjuger, il pourrait soit suspendre le bouclier fiscal soit instituer une contribution spécifique payée par les plus aisés. S'il ne le fait pas, sa politique sera toujours marquée du sceau de l'injustice. A cet égard, l'histoire se répÚte toujours.