Blog de Pierre Albertini

dimanche 26 avril 2009

Quel devenir pour l'Armada ?



Après cinq éditions de l'Armada, le temps d'un bilan complet est venu. La formule ne s'est guère renouvelée et l'on n'observe plus l'enthousiasme des débuts. Or, un grand moment festif comme celui-ci est condamné à décliner s'il ne s'enrichit pas d'événements nouveaux à chaque rendez-vous. Je souhaite donc ouvrir ici une réflexion que mérite amplement l'abondance des fonds publics consacrés depuis l'origine à la manifestation rouennaise.

- La formule s'essouffle : le long défilé devant des navires qu'on finit par connaître, l'assistance aux rituels feux d'artifice et aux concerts ont atteint leurs limites. En 2008, le retentissement médiatique de l'événement a d'ailleurs été beaucoup plus limité (absence de Thalassa et de retransmission télévisée par exemple). C'est un signe qui ne trompe pas et qui vaut aussi pour Les Vieux Gréments Brest.

- Les chiffres de fréquentation avancés par le Président de l'association Armada (8 voire 12 millions !) doivent être vérifiés. De même, les retombées sur l'économie locale méritent une évaluation rigoureuse.

- La concurrence entre les grands rassemblements de bateaux est aujourd'hui très vive. Peut-on se contenter d'appâter au prix fort les propriétaires de navires, ce qui augmente le déficit de l'événement ?

- Enfin, sans remettre en cause la qualité des bénévoles, peut-on laisser à une association la conception d'un événement devenu aussi coûteux ? Ainsi, comment entreprendre sérieusement la préparation de l'édition suivante alors même que les comptes 2008 n'ont toujours pas été présentés ?
Bref, c'est tout le bilan coût-avantages qu'il faut accepter de faire, lucidement. Tous les financeurs doivent s'en préoccuper dès maintenant. Le dilemme est simple : ou bien préparer dans d'autres conditions l'Armada à venir ou bien la voir péricliter. Il vaut bien un débat public !

Elections européennes : les mécanismes de décision



Les Français ont bien du mal à décrypter les mécanismes de décision au sein de l'Union. Ce n'est pas étonnant. Ils sont complexes, ils n'ont pas d'équivalent en droit interne, enfin les gouvernements successifs ont souvent préféré laisser planer une certaine opacité, leur permettant d'accuser Bruxelles de tous les maux et d'échapper ainsi à leurs propres responsabilités.

En réalité, les institutions de l'Union s'efforcent de combiner trois types de légitimité :
- celle de la construction européenne incarnée par la Commission, composée de personnalités indépendantes mais désormais responsables devant le Parlement ;
- celle desEtats membres représentée par le Conseil qui réunit les ministres, en formation variable selon l'ordre du jour (affaires générales, économie et finances, politique extérieure, agriculture, énergie, transports...). Le vote y est pondéré selon l'importance démographique des Etats, il s'exprime soit à l'unanimité soit à la majorité qualifiée ;
- celle de l'opinion publique, exprimée par le Parlement européen, élu depuis 1979 au suffrage direct par les citoyens des 27 pays membres.

A l'origine, la construction européenne a reposé sur le couple : Commission-Conseil des Ministres. Aujourd'hui, le Parlement joue un rôle de plus en plus actif dans le processus de décision. Ce dernier se déroule ainsi : la Commission propose, puis le Parlement et le Conseil sont chargés de trouver une position commune. Ce partage des compétences,ui associe les trois légitimités évoquées plus haut, est de plus en plus la règle.

De création plus récente, le Conseil européen réunit quatre fois par an les chefs d'Etat et de gouvernement pour tracer les orientations générales de l'Union : il n'a pas à proprement parler de pouvoir normatif, il se prononce par consensus, sans modalité de vote particulière. Enfin, la Cour de Justice (composée d'un juge par Etat) est chargée de l'interprétation des traités et rend des arrêts ou des avis. Le Traité de Lisbonne tente d'apporter des améliorations à ce dispositif. Ce sera le prochain sujet.

samedi 25 avril 2009

Universités : comment sortir d'un conflit qui s'enlise



Depuis près de trois mois, une partie des universités est bloquée ou fonctionne cahin-caha. Au-delà des prétextes du moment (l'évaluation et le service des enseignants, l'autonomie des établissements, la formation des maîtres), le malaise est ancien et profond.

Dans les années 80 et 90, les universités ont connu une massification sans précédent, dans un contexte d'insuffisance des moyens . Cette paupérisation a touché toutes les disciplines mais plus encore les sciences humaines et sociales qui sont d'ailleurs en pointe dans le mouvement. Parallèlement, le statut social et financier des universitaires, comparé à celui des pays anglo-saxons, s'est dégradé. Enfin, l'existence d'un système sélectif(les grandes écoles), plus largement doté, a diminué l'attractivité des formations classiques et donné l'impression, partiellement fausse, que les meilleurs se détournaient d'elles.

Comme toujours, il y a dans ce conflit qui perdure, à la fois, des revendications et des inquiétudes légitimes et un urgent besoin de rénover et de remettre à niveau le système universitaire dans son ensemble. Peut-on trouver le point d'équilibre, faire évoluer les choses, sans rompre avec notre héritage ? A ce jour, il n'y a ni vainqueurs ni vaincus. Mais si le conflit persiste, tout le monde y perdra. L'image de l'université ne sortira pas grandie, le Gouvernement ne gagnera au pourrissement qu'une amertume ravivée.

Or l'université est une chance pour la nation. Les missions qu'elle doit assumer sont nobles : formation et insertion professionelle des étudiants, recherche et progrès des connaissances, réflexion sur le monde d'aujourd'hui et de demain. Notre intérêt commun est qu'elle puisse les remplir efficacement et dans la sérénité retrouvée.

Je ne vois qu'un chemin pour y parvenir. Que le pouvoir politique dise clairement l'ambition qu'il a pour l'université et la recherche, gommant ainsi les effets du discours du 22 janvier dont le rédacteur devrait être renvoyé à ses chères études ! Que les universitaires et les organisations qui les représentent (syndicats, associations) acceptent le principe d'un dialogue, ponctué par un débat parlementaire sur les fins et les moyens ! Il n'y a rien de honteux à faire un pas vers l'autre. Tout à perdre à camper sur ses certitudes.

jeudi 16 avril 2009

Elections européennes du 7 juin : le mode de scrutin



Du 4 au 7 juin, dans les 27 pays de l'Union, aura lieu, pour la septième fois, l'élection du Parlement européen au suffrage universel direct. C'est l'un des scrutins libres destiné à représenter le plus grand nombre d'habitants : 500 millions ! Comment se déroule-t-il, en France ?

A l'origine, en 1979, les députés européens étaient élus, dans notre pays, au plan national : les électeurs avaient à choisir entre des listes de plus de 80 noms, la répartition des sièges se faisant à la proportionnelle (en fonction des suffrages obtenus). En 2004, le cadre géographique a été modifié : La France est désormais divisée en 8 circonscriptions qui, à l'exception de l'Ile-de-France, regroupent plusieurs régions. L'objectif était alors de rapprocher les députés européens de leurs électeurs. La Haute-Normandie est regroupée avec la Basse-Normandie, la Picardie et le Nord-Pas-de-Calais, dans une circonscription qui élira, en juin, 10 députés. Pour le reste, le système électoral demeure la proportionnelle, avec une répartition des sièges à la plus forte moyenne, ce qui avantage plutôt les grandes formations. Une "clause de sauvegarde", fixée à 5 % des suffrages exprimés, élimine les listes n'ayant pas atteint ce seuil.

Quel jugement peut-on porter sur ce scrutin et sa réforme récente ? A l'évidence, c'est le plus démocratique de tous ceux que nous pratiquons, la répartition des sièges étant directement fonction du nombre de voix obtenues. La clause de sauvegarde, inspirée par l'exemple allemand, est justifiée par le souci d'éviter une dispersion excessive des sièges. On peut cependant discuter à l'infini du seuil retenu : les petits partis aimeraient qu'il soit abaissé à 3%, par exemple.

A l'expérience, le découpage en 8 circonscriptions a -t-elle rapproché les élus de leurs électeurs ? Sans doute : il est plus difficile (mais pas impossible) de "parachuter" un candidat n'ayant aucun lien avec le territoire concerné alors que des listes nationales hébergeaient, à l'origine, beaucoup d'apparatchiks, inconnus pour la plupart des électeurs. Cependant, ce découpage n'a pas empêché une abstention croissante. En vérité, le mode de scrutin est incapable à lui seul de susciter l'intérêt de nos concitoyens. Aujourd'hui, la perception des enjeux proprement européens est faible. Comme les élections locales, celles du 7 juin risquent d'être largement détournées de leur objet. Déjà, beaucoup de partis appellent à un "vote sanction" contre la politique présidentielle. Ce serait la négation même de la spécificité du vote européen, au profit d'une confiscation nationale. Réponse le 7 juin !

mardi 14 avril 2009

Elections européennes du 7 juin



Nous sommes désormais à J-53 des élections européennes. Le moins qu'on puisse dire est que cette échéance ne passionne pas les foules. Où est l'enthousiasme de la première élection du Parlement européen, au suffrage universel direct, en 1979 ? On avait alors le sentiment que l'Europe allait réaliser un saut qualitatif et démocratique. Aujourd'hui, le rêve européen s'est dissipé dans la montée des égoïsmes des Etats membres. La volonté des peuples a du mal à se faire entendre. Et pourtant, la crise financière et économique n'a jamais autant justifié une réponse européenne coordonnée et de nature politique.

Or les premières enquêtes d'opinion laissent envisager une abstention des deux tiers ! Les partis politiques en sont encore, à moins de deux mois de l'échéance, à peaufiner la liste de leurs candidats. La campagne n'a pas encore démarré si elle démarre un jour. Mais ce scénario n'est pas une fatalité. Il appartient à chacun de nous de tenter d'en modifier le cours. C'est l'objet de cet espace d'expression. Chaque semaine, j'évoquerai un aspect de l'Union européenne à laquelle le destin de la France est attaché : mode de scrutin, compétences du Parlement, politiques communes, défense et sécurité, perspectives du traité de Lisbonne, élargissement...J'entends souvent dire que l'Europe coûte cher, que ses mécanismes de décision comme son financement sont indéchiffrables. On pourra échanger en toute liberté sur ses sujets. Cet espace n'est dédié à aucun parti, il est ouvert à tous ceux que l'Europe intéresse.

vendredi 3 avril 2009

Le G 20 : des orientations encourageantes mais à suivre de près



Ouf ! le sommet de Londres n'a pas accouché d'une souris. Dans le contexte actuel, il a évité le pire : un communiqué diplomatique (type langue de bois), pétri d'autosatisfaction et dépourvu de tout contenu. On attendait un signe, on l'a obtenu. Pour autant, contrairement à ce que j'entends dire, il n'y a encore ni nouvel ordre mondial ni refonte du capitalisme. Le sommet de Londres n'est pas Bretton Woods.

Dans la congratulation générale, quels sont les aspects immédiats les plus positifs ? D'abord, l'augmentation du financement mis à la disposition du FMI pour aider les pays les plus en difficulté (de 250 à 750 milliards de dollars). DSK ne va pas manquer de travail ! Ensuite, l'encadrement des fonds spéculatifs (obligation de s'enregistrer, information sur leur contrôle des risques). Enfin, l'effort en faveur des pays les plus pauvres devrait (je suis prudent) être accru dans le trois ans qui viennent. Pour tout le reste, il faut attendre et voir. Il reste beaucoup à faire pour que la régulation du système soit mise en place, la situation des banques restaurée et les normes comptables modifiées dans un sens plus favorable à la logique économique. Je n'ose parler des paradis fiscaux sur lesquels l'attention s'est polarisée.

Souvent, l'importance des sujets est inversement proportionnelle aux paroles qu'ils suscitent. En bref, rendez-vous dans quelques mois pour une appréciation plus complète. Au fait, combien de temps avaient pris les discussions ayant abouti aux accords de Bretton Woods, signés en 1944 ? Quelques années, je crois me rappeler.