Elections européennes : le cas de la Turquie
Par Pierre Albertini, lundi 25 mai 2009 à 21:56 :: General :: #451 :: rss
L'hypothèse de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne suscite une intense polémique. Je verse au débat quelques éléments d'appréciation.
La Turquie est un pays de 68 millions d'habitants, occupant une position stratégique, entre la Méditerranée et la mer Noire, dans une zone de tensions permanentes. Qu'on en juge par ses frontières avec la Syrie, l'Irak, l'Iran mais aussi la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Depuis l'éclatement de l'URSS, c'est également un enjeu fort pour l'acheminement du pétrole produit autour de la Caspienne. Héritière de ce qui fut, jusqu'au XXe siècle, un vaste empire, la Turquie est en quasi-totalité musulmane mais se prévaut d'une conception laïque, depuis Mustapha Kémal (appelé Atatürk, le père des turcs).
Une négociation a été ouverte avec l'Union pour explorer les voies d'une adhésion éventuelle mais elle semble piétiner. les partisans les plus farouches de l'entrée de la Turquie dans l'union sont les Américains. Barack Obama, dans la ligne de G. Bush, a récemment confirmé l'importance qu'il y attachait. L'objectif des Etats-Unis est simple : arrimer la Turquie à l'Occident et s'appuyer ainsi sur un allié fidèle dans une zone géographique plus qu'instable. D'autres soulignent l'intérêt de démontrer que l'Occident n'est pas un ennemi de l'Islam. Ces arguments, pour respectables qu'ils soient, ne sont pas convaincants. D'abord, si la Turquie entrait dans l'Europe, rien ne justifierait la mise à l'écart de la Géorgie ou de l'Ukraine, par exemple, qui frappent avec insistance à la porte. Or l'élargissement sans limites n'est pas une fin en soi mais une fuite en avant, avec un risque de dilution d'un projet politique encore fragile. Ensuite, il existe des hypothèques que la Turquie n'a pas encore levées. La question kurde n'est pas des moindres : sur les 25 millions de kurdes, 15 vivent en Turquie, les autres se répartissent entre l'Irak et l'Iran. Or les rapports entre le PKK et Ankara, qui craint la contagion de l'autonomie relative des Kurdes en Irak, sont loin d'être stabilisés. En outre, le poids de l'armée en Turquie est encore important : ainsi, elle est intervenue à plusieurs reprises et de manière forte pour protéger l'héritage d'Atatürk et contre les Kurdes. Est-ce le propre d'une démocratie apaisée ? Enfin, le drame arménien est toujours présent dans la mémoire collective.
Personnellement, je ne crois pas que l'entrée de la Turquie dans l'Union, à vue humaine, soit une bonne chose. Mais rien n'est immuable comme l'histoire le démontre souvent.
Commentaires
1. Le mardi 26 mai 2009 à 11:23, par chouchou
2. Le mardi 26 mai 2009 à 17:36, par Nearyou alias Garfy
3. Le mardi 26 mai 2009 à 19:47, par Clô!
4. Le mardi 26 mai 2009 à 21:25, par Nearyou alias Garfy
5. Le mercredi 27 mai 2009 à 20:48, par pierre Albertini
6. Le mardi 2 juin 2009 à 10:23, par chouchou
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