Blog de Pierre Albertini

mercredi 29 juillet 2009

Bel été à tous



Où que l'on soit, les quelques semaines qui viennent marquent une pause, dans notre vie collective et individuelle. Je vous souhaite de la mettre à profit, non pour "bronzer idiot" mais pour reprendre des forces et pour vous ressourcer. Merci à tous pour vos commentaires que je lis toujours très soigneusement, à l'exception de ceux qui se situent dans un registre strictement polémique du genre : le suffrage universel a parlé, vous n'avez donc plus rien à dire. C'est avec de tels arguments que l'on a souvent muselé dans notre pays la liberté de parole et de jugement. Ils ne sont donc pas admissibles à mes yeux.

Pour le reste, j'ai le sentiment qu'un grand danger nous guette : l'oubli des causes qui ont précipité le capitalisme débridé dans la plus grave de ses crises. Déjà, on voit des banques distribuer à nouveau des bonus inconsidérés comme si rien ne s'était passé et si les Etats n'étaient pas venus à leur secours, aux Etats-Unis notamment. Or la régulation du système bancaire et financier devrait être la priorité des nations et de l'Europe en particulier. Car les effets sociaux de l'implosion de 2008 ne vont pas disparaître même si l'activité économique reprend timidement dans les mois qui viennent. Ainsi le chômage continue de s'aggraver, il y a aujourd'hui plus de 4 millions de demandeurs d'emploi, toutes catégories confondues. Mais, plus le temps passe, plus les partisans du statu quo gagneront du terrain.

En revanche, je suis plus optimiste sur l'éveil de la sensibilité écologique qui progresse notablement dans le monde. En France, l'idée d'une contribution énergie-climat (dite taxe carbone) le prouve. Mais la "révolution verte" ne suffit pas à construire un véritable projet politique, l'écologie n'est qu'un moyen au service de l'édification d'une société plus juste, plus créative, plus solidaire. Sur ce chemin, il y a encore beaucoup à faire pour redonner confiance à nos concitoyens.

lundi 13 juillet 2009

Promesses oubliées...



La ville de Rouen vient de présenter, plus d'un an après la mise en place de la nouvelle équipe, son PPI (plan pluriannuel d'investissement) qui orientera l'action municipale jusqu'en 2014. Ce qui frappe, à la lecture de ce document, c'est son extraordinaire décalage par rapport aux engagements pris devant les rouennais. Ceux-ci étaient pourtant précédés par une déclaration très claire de Valérie Fourneyron :

"Il ne s'agit pas d'aligner des idées à la pelle, de promettre encore et toujours. Le temps des engagements sans lendemain est révolu. Les 100 projets présentés dans ce document ont tous été mûrement pesés et évalués (...). Je veux que la fiscalité reste stable au cours de mon mandat."

Un an plus tard, les projets abandonnés ou reportés sine die sont légion : j'en donne une liste non exhaustive qui permettra de mesurer l'ampleur du hiatus entre ce qui a été dit et ce qui sera fait :
logement : réhabilitation des foyers de travailleurs immigrés, soutien aux centres d'accueil d'urgence, d'hébergement et de réinsertion sociale, lancement de nouvelles OPAH
Ile Lacroix : une plaine de loisirs avec jeux et bassin d'eaux vives, un café du bout du monde, une passerelle vers les deux rives
vie scolaire : une école à l'ouest
durée de vie : une nouvelle résidence d'une centaine de places rive gauche, des voiturettes électriques dans les cimetières
propreté : aspiration souterraine des déchets dans un quartier, multiplication des poubelles enterrées
patrimoine : une salle de congrès de 800 places en centre ville
déplacements : transport collectif de petie ceinture non polluant, remonte pente pour les vélos av. de la Porte des Champs, mini-bus et taxis-bus
boulevards : des avenues fluides et vertes, de Saint-Hilaire au carrefour de la Motte
des places à vivre : un espace de détente place de la Haute-Vieille-Tour, valorisation de la rue Cauchoise
quais : protection phonique sur les deux rives, passerelle entre av. Pasteur et quais, réaménagement du Mont-Riboudet
solidarités : une maison de l'adolescent
sport : un équipement sportif ambitieux rive gauche
culture : une maison des arts et des artistes
quartiers : maison de quartier à St-Marc/Croix-de-Pierre/Champ-de-Mars
aménagement : promenade sur la presqu'île Rollet.

En réalité, sur les 205 millions d'euros du PPI, les actions nouvelles n'en représentent guère que 20 %. Pas de quoi renforcer le rayonnement et l'attractivité de notre ville.

vendredi 10 juillet 2009

Une expérience de mixité sociale originale, à Rouen

Les lecteurs de La Croix et la Fondation de France viennent de saluer l'initiative originale prise en 2007 par le centre communal d'action sociale de Rouen : l'accueil, dans une résidence pour retraités (le Hameau des Brouettes) de personnes en réinsertion. A l'époque, les lieux étaient tristes, la maison manquait d'animation et périclitait. A l'initiative de L. de Kergal, le CCAS en reprend alors la gestion et lance cette expérience de mixité, réussie. Aujourd'hui, une trentaine de personnes âgées cohabitent, partagent le même toit avec une vingtaine de personnes en difficulté. C'est enrichissant pour tous. Pour avoir assisté à une soirée de Noël avec elles, je peux témoigner de la satisfaction éprouvée d'être accueillies dans un lieu de vie "normal" et non dans un centre d'hébergement spécialisé. Cela se sentait plus dans leurs yeux que dans leurs mots dont ces personnes pudiques sont souvent économes. Bravo à toute l'équipe d'accompagnement qui fait preuve d'un bel enthousiasme !

Je profite de cette circonstance pour signaler qu'une autre expérience de mixité, cette fois entre des personnes âgées et de jeunes handicapés, sur la voie de l'autonomie, lancée il y a deux ans à Saint-Filleul est directement menacée. Alors que les progrès réalisées par les jeunes, au contact des aînés, dans une ambiance familiale, sont salués par tous, le conseil général et la ville viennent d'évoquer l'interruption de cette expérience également originale. Des pressions ont même été exercées sur les jeunes handicapés dont on imagine la fragilité pour qu'ils quittent la résidence malgré le contrat de séjour dont ils bénéficient. Méthodes proprement scandaleuses !

Cette initiative intéressante de mixité mérite d'être défendue. La solidarité ne se proclame pas, elle se fait.

lundi 6 juillet 2009

Restitution des têtes maories



C'est avec beaucoup de satisfaction que j'ai enregistré l'adoption, à l'unanimité par le Sénat, d'une proposition de loi (déposée par Catherine Morin-Desailly) autorisant la restitution des têtes maories par les musées français. Elle viendra en discussion à l'Assemblée, en octobre. Je ne vois pas ce qui pourrait désormais bloquer ce processus, engagé par la ville de Rouen en 2007. L'éthique l'a enfin emporté sur les mauvaises raisons invoquées par quelques conservateurs et couvertes par un ministère de la culture frileux.

Faut-il rappeler que la tête maorie, déposée au muséum de Rouen à la fin du XIXe siècle, n'y avait fait l'objet d'aucun classement et n'y était plus exposée depuis plusieurs années ? Que le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, qui exerce la tutelle sur les muséums, avait émis un avis très favorable à cette restitution ? Que celle-ci était réclamée avec insistance par le gouvernement néo-zélandais, non pour exposer ce reste humain mais pour lui donner une sépulture, sur la terre de ses ancêtres ? A cette occasion, la démarche exemplaire de notre ville a été saluée dans le monde entier. Son fondement est simple : les restes humains ne doivent pas faire l'objet d'une appropriation ni publique ni privée. Ils doivent être restitués à leurs peuples lorsque ces derniers le demandent. Question élémentaire de respect de leurs traditions et de leurs croyances. Aux conservateurs crispés sur leurs collections, je demande : "quelle serait votre réaction si vous appreniez que des restes de vos arrière-grands-parents sont stockés dans les placards d'obscurs musées, en Océanie ou ailleurs ?"