Blog de Pierre Albertini

mardi 22 décembre 2009

Une perspective intéressante : la création d'un PRES normand




Le C.A. de l'université du Havre, le dernier à se prononcer, vient de dire oui, à son tour , à la création d'un Pôle de Recherche et d'Enseignement supérieur : PRES. Ainsi , sera créé un établissement public de coopération scientifique regroupant les 3 universités normandes et les deux écoles d'ingénieur (INSA et ENSI). Dans le contexte concurrentiel qui est celui de la recherche, cette mise en commun des moyens, au niveau du Doctorat et des Masters, est la réponse la plus adaptée. On sait en effet que la recherche publique est nettement insuffisante dans un rayon de 250 kilomètres autour de Paris. La mise en place d'un réseau normand s'imposait donc avec d'autant plus d'évidence que le Gouvernement ne cache plus sa volonté d'aller vers des campus d'excellence, capables de prendre une meilleure place dans les classements internationaux.

Naturellement, l'outil ainsi forgé vaudra surtout par l'usage que l'on en fera et par la qualité des projets communs. Les universitaires montrent cependant la voie. Qu'ils en soient félicités. Plus que les élus municipaux qui, eux, ont décidé de saborder, l'an dernier, "Normandie Métropole", le réseau des 3 villes normandes : dans l'ordre alphabétique, pour ne froisser personne, Caen, Le Havre et Rouen. Dans cette affaire, qui est le plus visionnaire ? les universitaires qui décident de se rapprocher ou les maires qui interrompent le chemin commencé ensemble ? J'ai le sentiment que ces derniers sont en retard d'un train sur l'évolution de l'enseignement supérieur.

vendredi 18 décembre 2009

La crise est-elle finie ?



Depuis quelques semaines, le frémissement enregistré en Europe et la reprise de la croissance dans des pays comme la Chine font dire à de nombreux commentateurs patentés que la "crise est derrière nous". A longueur de journaux écrits ou télévisés, on nous assène ce slogan. Bel exemple de méthode Coué. Qui veut-on convaincre ? La crise sociale est devant nous. Il suffit de constater la forte augmentation du chômage (+ 650 000 demandeurs d'emploi en France). Au rythme actuel de croissance modeste, on ne connaîtra, au mieux, qu'une lente décrue. C'est l'aspect le plus préoccupant et le plus visible.

Mais sommes-nous vraiment sortis de la crise financière ? Certes, échaudés par la crise de 29, les Etats sont massivement intervenus pour sauver le système bancaire, selon une maxime désormais classique : privatisation des bénéfices et collectivisation des pertes ! On n'est pourtant pas à l'abri de nouvelles secousses. Sait-on d'abord quel est le niveau exact des titres pourris que détiennent encore bon nombre d'établissements financiers ? Mais surtout, chassées par la porte, les mauvaises pratiques rentrent par la fenêtre : spéculations financières déconnectées de l'économie réelle, bonus distribués aux traders, rachat de contrats d'assurance-vie plus que friables...Le contribuable n'acceptera pas de payer une seconde fois, a prévenu un responsable américain. En est-on sûr ?

Annoncée par le G 20, à grands renforts d'accolade, la régulation financière tarde à se mettre en place. Tant que le niveau de fonds propres imposé aux banques, tant que le niveau de risque raisonnablement acceptable n'auront pas été définis et contrôlés, il y a lieu de rester circonspect. Pour paraphraser un sociologue connu, on ne change pas par discours la nature du capitalisme.

jeudi 10 décembre 2009

M. le Ministre, vous vous trompez !



La question de la suppression de l'histoire en terminale S est tout, sauf secondaire (si je puis m'exprimer ainsi, s'agissant du lycée). De quoi s'agit-il ? Sous couvert de renforcer le niveau scientifique des bacs S, le ministre propose une augmentation du contingent horaire consacré à l'histoire-géo en première et son caractère simplement optionnel en terminale. Globalement, le compte n'y sera pas : l'enseignement de l'histoire-géo représenterait 4 heures avec la réforme contre 5 aujourd'hui. Il y a bien réduction. En soi, cette contraction n'est pas négligeable mais surtout elle nie la différence de mâturité entre un élève de première et un élève de terminale.

Le programme concerné est en effet crucial pour saisir les enjeux actuels, il s'agit en effet du monde contemporain. Aborder ces questions au terme de sa scolarité est important, c'est un peu un couronnement de la formation et de la réflexion. On nous dit que l'un des objectifs de la réforme est aussi de revaloriser la filière littéraire qui ne cesse de décliner. On marche sur la tête ! A qui fera-t-on croire que les bacheliers L seront plus nombreux si l'enseignement de l'histoire-géo devient optionnel pour les bacheliers S ? Déshabiller Pierre n'a jamais suffi à habiller Paul.

En vérité, on est en plein paradoxe. D'un côté, on lance un débat (mal parti d'ailleurs) sur l'identité nationale. De l'autre, on réduit la connaissance et la compréhension du monde contemporain pour les futurs bacheliers S qui sont aujourd'hui 50 % de l'effectif des bacs généraux. Que je sache, le bac S est loin de ne mener qu'à des carrières scientifiques, c'est aujourd'hui la voie royale (on peut le déplorer) qui conduit à des métiers très divers. Personnellement, j'essaie de former des étudiants au fonctionnement des institutions, aux modes de gouvernement, à l'équilibre des pouvoirs, au respect des libertés publiques. Les connaissances historiques de la plupart des bacheliers (toutes sections confondues) sont hélas bien faibles.

C'est pourquoi, je ne peux me résoudre à les voir diminuer encore. Un peu de cohérence dans l'action, s'il-vous-plaît. On ne peut, au même moment, inviter nos concitoyens à se pencher sur leur passé, sur leurs valeurs communes et restreindre les possibilités données aux jeunes d'y participer avec profit. M. le Ministre, vous pouvez "mieux faire".