La question de la suppression de l'histoire en terminale S est tout, sauf secondaire (si je puis m'exprimer ainsi, s'agissant du lycée). De quoi s'agit-il ? Sous couvert de renforcer le niveau scientifique des bacs S, le ministre propose une augmentation du contingent horaire consacré à l'histoire-géo en premiÚre et son caractÚre simplement optionnel en terminale. Globalement, le compte n'y sera pas : l'enseignement de l'histoire-géo représenterait 4 heures avec la réforme contre 5 aujourd'hui. Il y a bien réduction. En soi, cette contraction n'est pas négligeable mais surtout elle nie la différence de mùturité entre un élÚve de premiÚre et un élÚve de terminale.

Le programme concernĂ© est en effet crucial pour saisir les enjeux actuels, il s'agit en effet du monde contemporain. Aborder ces questions au terme de sa scolaritĂ© est important, c'est un peu un couronnement de la formation et de la rĂ©flexion. On nous dit que l'un des objectifs de la rĂ©forme est aussi de revaloriser la filiĂšre littĂ©raire qui ne cesse de dĂ©cliner. On marche sur la tĂȘte ! A qui fera-t-on croire que les bacheliers L seront plus nombreux si l'enseignement de l'histoire-gĂ©o devient optionnel pour les bacheliers S ? DĂ©shabiller Pierre n'a jamais suffi Ă  habiller Paul.

En vérité, on est en plein paradoxe. D'un cÎté, on lance un débat (mal parti d'ailleurs) sur l'identité nationale. De l'autre, on réduit la connaissance et la compréhension du monde contemporain pour les futurs bacheliers S qui sont aujourd'hui 50 % de l'effectif des bacs généraux. Que je sache, le bac S est loin de ne mener qu'à des carriÚres scientifiques, c'est aujourd'hui la voie royale (on peut le déplorer) qui conduit à des métiers trÚs divers. Personnellement, j'essaie de former des étudiants au fonctionnement des institutions, aux modes de gouvernement, à l'équilibre des pouvoirs, au respect des libertés publiques. Les connaissances historiques de la plupart des bacheliers (toutes sections confondues) sont hélas bien faibles.

C'est pourquoi, je ne peux me rĂ©soudre Ă  les voir diminuer encore. Un peu de cohĂ©rence dans l'action, s'il-vous-plaĂźt. On ne peut, au mĂȘme moment, inviter nos concitoyens Ă  se pencher sur leur passĂ©, sur leurs valeurs communes et restreindre les possibilitĂ©s donnĂ©es aux jeunes d'y participer avec profit. M. le Ministre, vous pouvez "mieux faire".