Depuis quelques semaines, le frémissement enregistré en Europe et la reprise de la croissance dans des pays comme la Chine font dire à de nombreux commentateurs patentés que la "crise est derriÚre nous". A longueur de journaux écrits ou télévisés, on nous assÚne ce slogan. Bel exemple de méthode Coué. Qui veut-on convaincre ? La crise sociale est devant nous. Il suffit de constater la forte augmentation du chÎmage (+ 650 000 demandeurs d'emploi en France). Au rythme actuel de croissance modeste, on ne connaßtra, au mieux, qu'une lente décrue. C'est l'aspect le plus préoccupant et le plus visible.

Mais sommes-nous vraiment sortis de la crise financiĂšre ? Certes, Ă©chaudĂ©s par la crise de 29, les Etats sont massivement intervenus pour sauver le systĂšme bancaire, selon une maxime dĂ©sormais classique : privatisation des bĂ©nĂ©fices et collectivisation des pertes ! On n'est pourtant pas Ă  l'abri de nouvelles secousses. Sait-on d'abord quel est le niveau exact des titres pourris que dĂ©tiennent encore bon nombre d'Ă©tablissements financiers ? Mais surtout, chassĂ©es par la porte, les mauvaises pratiques rentrent par la fenĂȘtre : spĂ©culations financiĂšres dĂ©connectĂ©es de l'Ă©conomie rĂ©elle, bonus distribuĂ©s aux traders, rachat de contrats d'assurance-vie plus que friables...Le contribuable n'acceptera pas de payer une seconde fois, a prĂ©venu un responsable amĂ©ricain. En est-on sĂ»r ?

Annoncée par le G 20, à grands renforts d'accolade, la régulation financiÚre tarde à se mettre en place. Tant que le niveau de fonds propres imposé aux banques, tant que le niveau de risque raisonnablement acceptable n'auront pas été définis et contrÎlés, il y a lieu de rester circonspect. Pour paraphraser un sociologue connu, on ne change pas par discours la nature du capitalisme.