J'ai lu ce matin une tribune du sociologue Raymond Boudon soulignant que "nos élites sont victimes d'une perte des repères". Méditant ce jugement, l'actualité la plus récente m'en a instantanément fourni plusieurs exemples.
La gestion calamiteuse de la vaccination contre la grippe H1N1 : je ne reproche pas au ministre d'avoir maximisé le risque, à un moment où personne ne pouvait vraiment en prévoir la gravité et l'ampleur. Que n'aurait-on pas entendu si Roseline Bachelot avait réagi tardivement en ne commandant pas des doses massives de vaccin ? En revanche, la campagne de mobilisation et d'explication a été immédiatement au-dessus de zéro. Les instances de concertation ont été court-circuitées, les professions de santé tenues à l'écart, le dispositif monté par le ministère de l'intérieur avait tout d'une usine à gaz. Résultat, le scepticisme ambiant n'a cessé d'augmenter, la confiance dans les messages diffusés a diminué à vue d'oeil. C'est inquiétant. Que se passera-t-il si on est, un jour prochain, en face d'un fléau ravageur ? On a déjà été échaudé avec le virus de la grippe aviaire, il faut vite tirer les leçons de ce gaspillage. Esope raconte l'histoire de ce jeune berger qui criait "au loup" sans raison, jusqu'au jour où...
Au fait, j'attends toujours la convocation qu'on m'avait annoncée il y a plusieurs semaines !
La protestation injustifiable des grandes écoles : la conférence des grandes écoles vient de rédiger un texte dans lequel elle refuse l'objectif de 30 % de boursiers, envisagé à terme par la ministre de l'enseignement supérieur. Au nom du rejet des quotas et du nécessaire maintien du niveau des concours. On croit rêver ! Personne n'a parlé de quotas, en quoi l'admission d'étudiants d'origine plus modeste abaisserait la qualité de la formation dispensée ? Sciences-Po atteindra 30 % de boursiers dans deux ans, je ne sache pas que le diplôme en ait souffert. Les grandes écoles feraient mieux de s'interroger sur les modalités de sélection, la nature des épreuves qui perpétuent les inégalités sociales. Si les grandes écoles n'avaient que des mérites, on aurait, dans notre pays, la haute fonction publique la plus performante, les ingénieurs les plus inventifs, les managers les plus avisés.
Il faut balayer devant sa porte.
Les inconséquences de la ville de Rouen : à un niveau plus modeste, nos élus pourraient aussi se remettre en question. Ils dénoncent, à juste titre, le réchauffement climatique et tiennent un discours écologiquement bien-pensant. Mais, dans le même temps, les illuminations de la ville contredisent leur propos. Rien n'a été fait pour en réduire le coût et la durée (un mois), de grandes affiches 4 par 3 ont été placardées, une campagne de spots publicitaires financée sur France 3 pour vanter les mérites de "Rouen givrée". Est-ce bien cohérent ? Heureusement que V. Fourneyron et G. Grima se sont rendus au sommet de Copenhague. Je n'ose imaginer ce qui se serait passé là -bas s'ils n'avaient pas fait le voyage ?