Blog de Pierre Albertini

dimanche 28 février 2010

Les limites de la politique d'ouveruure



Depuis son Ă©lection, le prĂ©sident de la RĂ©publique a construit une grande partie de sa stratĂ©gie politique sur l'entrĂ©e au gouvernement de personnalitĂ©s issues de la sociĂ©tĂ© civile telles Martin Hirsch et FadĂ©la Amara ou de la gauche avec Bernard Kouchner, Jean-Marie Bockel et Eric Besson. Ce geste audacieux a Ă©tĂ© saluĂ© Ă  l'Ă©poque comme un coup de maĂźtre : la preuve de la capacitĂ© de faire bouger les lignes, d'attirer Ă  lui, au-delĂ  des clivages classiques, des hommes et des femmes d'horizons diffĂ©rents et voulant concourir au programme de rĂ©formes souhaitĂ© par Nicolas Sarkozy. Ce dernier ne sĂ©tait-il pas vantĂ© d'ĂȘtre dĂ©sormais le DRH du parti socialiste ?

Avec le recul, on peut douter que les avantages politiques attendus soient vraiment au rendez-vous. L'illusion sarkoziste fait penser irrésistiblement au mirage du second septennat mitterrandien. La politique d'ouverture serait-elle vouée à l'échec dans notre pays ? On pourrait le croire. En réalité, elle suppose la réunion de deux conditions élémentaires. La premiÚre est de s'inscrire dans une politique d'union nationale, légitimant les efforts de tous et non de débauchage individuel ou de récompense des appétits personnels. La seconde est d'offrir une véritable valeur ajoutée par l'entrée au gouvernement de talents nouveaux bénéficiant d'une certaine autonomie d'action.

Chacun pourra apprĂ©cier si l'une et l'autre de ces conditions ont Ă©tĂ© rĂ©unies. Pour ma part, je pense qu'elles n'ont Ă©tĂ© satisfaites ni en 1988 ni en 2007. Je le regrette car je persiste Ă  penser que, dans les pĂ©riodes de crise, l'ampleur des problĂšmes Ă  traiter justifie le concours du plus grand nombre de bonnes volontĂ©s, d'oĂč qu'elles viennent. Mais je crains que cet espoir ne reste vain, dans un systĂšme politique aussi bloquĂ©.

mercredi 10 février 2010

Pourquoi ?



Les choristes de l'Opéra de Rouen-Haute-Normandie viennent d'écrire une lettre ouverte au président du conseil d'administration Alain Le Vern. Ils s'inquiÚtent, à juste titre, des conséquences de la disparition, envisagée, du choeur formé, depuis de longues années, sous la direction compétente et efficace de Daniel Bargier. Pourquoi interrompre d'un trait de plume un travail patiemment entrepris depuis plus de dix ans ?

La création d'un choeur figurait expressément dans le projet artistique défini en 1998, lors de la création de l'association Léonard de Vinci. Elle a été unanimement confirmée quelques années plus tard au moment du choix du nouveau directeur. Non seulement, elle avait du sens pour une maison d'opéra en pleine recomposition mais encore elle s'inscrivait dans une logique de concours souhaité avec les organismes et les ensembles régionaux. Pourquoi renoncer à cette piÚce maßtresse aujourd'hui alors que la qualité du choeur de D. Bargier est au rendez-vous ?

La solution concoctée serait de confier désormais cette mission à Accentus et à Laurence Equilbey dont l'aide a certes été précieuse à l'origine. Mais quel lien Accentus a-t-il avec Rouen et la région ? A-t-on jamais entendu Laurence Equilbey parler de l'Opéra de Rouen et mentionner l'aide financiÚre qui lui était accordée ? Accentus est un ensemble remarquable mais dont la vocation n'est pas ancrée en Normandie. Enfin comment ne pas ajouter à ce gùchis artistique et humain le coût supplémentaire qui résulterait d'une décision aussi peu fondée qu'arbitraire ?

L'équilibre financier et de gestion sur lequel reposait l'Opéra, par un partage des financements et une présidence alternée ville-région, est rompu. La ville a hélas renoncé à ce co-pilotage. C'est un risque pour la pérennité d'une institution à laquelle les rouennais sont si attachés. J'espÚre que la sagesse et la fidélité au projet artistique l'emporteront, in fine.