En mars 2000, les 15 adoptaient, à Lisbonne, un programme d'actions destiné à faire de l'Europe, à l'horizon 2010, l'économie la plus compétitive et la plus verte du monde. A mi-parcours, j'avais déjà eu l'occasion de souligner la modestie des résultats obtenus. Au moment où s'achève ce programme, le bilan est fortement négatif. La compétitivité extra-européenne a augmenté plus vite, la désindustrialisation se poursuit, aucun pays ne consacre 3% de son PIB à la recherche et, du fait de la crise, le chômage retrouve un de ses niveaux les plus élévés. La promotion d'une "économie de la connaissance" a fait long feu.

Ce slogan lui-même était déjà mal choisi, je l'avais ressenti comme une injure aux générations précédentes considérées, a contrario, comme des économies de l'ignorance. Mais surtout, la stratégie de Lisbonne a doublement pêché : par son caractère excessivement optimiste et par son absence de caractère incitatif, voire contraignant. On en paie les conséquences aujourd'hui. Au moment où l'on annonce, pour 2010-2020, un programme nouveau pour dynamiser la croissance, l'emploi et le développement durable, deux priorités me paraissent évidentes : d'une part, renforcer le début de régulation financière esquissé depuis quelques mois, d'autre part, mettre en place une coordination des politiques économiques, prélude à un futur "gouvernement " économique de l'Europe. Tout le reste est littérature ou affichage. Si l'Union renonce à agir sur ces deux axes majeurs, il est inutile de concevoir un nouveau programme pour 10 ans, quel que soit le nom qu'on lui donnera.