Il y a plusieurs lectures possibles des élections régionales du 14 mars. Les responsables politiques qui se sont succédé, sur les plateaux et les antennes, nous ont abreuvés de leurs commentaires. Cela allait de la satisfaction affichée (en gros, tous les leaders de la gauche), à l'encouragement type méthode Coué (prodigué par le duo des ineffables Xavier Bertrand et Hervé Morin). Bref, du grand classique médiatique. Seul, le MoDem faisait part de sa déception et évoquait son échec. Il est vrai que de 2007 à 2010, François Bayrou a divisé par quatre son électorat. En matière de glisse électorale, difficile de faire plus schuss !

C'est sur le terrain des chiffres que je voudrais me placer, le plus objectivement possible. Pour moi, ils autorisent quatre leçons majeures :
- l'abstention record (53,6%) : niveau jamais atteint pour des élections régionales, même si pour la première fois depuis 1986, elles n'étaient pas couplées à d'autres élections. Quoi qu'on en dise, ce n'est pas un signe de confiance à l'égard de la politique telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui. Toutes les formations devraient être interpellées par cet effritement du socle démocratique
- un rapport des forces au net avantage de la gauche (PS+Europe Ecologie+Front de gauche = 48,1%, plus de 50% si l'on y ajoute l'extrême gauche) : elle devance nettement l'UMP (26,3%) qui atteint là son score le plus faible et va aborder le second tour sans pouvoir passer d'alliance électorale avec quiconque.
- le rééquilibrage au sein de la gauche : il profite évidemment au parti socialiste qui redevient le premier parti de France (29,1% avec ses alliés PRG et MRC) et à Europe Ecologie qui s'installe dans le paysage politique (12,1%), sans pouvoir rééditer son score des européennes. Le Front de gauche, alliance du PC, de JL Mélanchon et de la gauche unitaire, sauve les meubles. Sa plus grande satisfaction est l'élimination du MoDem dans la course aux fusions de l'entre-deux tours.
-le maintien du Front national à un niveau élévé(11,4%) : avec des pics en PACA et dans le Nord-Pas de Calais, il peut se maintenir dans 12 régions. Après la forte poussée de 2002 et de 2004, les sondages le donnaient plus bas, pronostic démenti par les électeurs.

La question la plus importante est évidemment celle de la décomposition des abstentionnistes, de loin les plus nombreux le 14 mars. On en retrouve évidemment sur tout l'échiquier politique, de l'extrême gauche à l'extrême droite, et la crise n'y est pas pour rien. Mais la comparaison des électorats respectifs montre que l'abstention a été plus élévée à droite. Réserve de votants pour le deuxième tour, estime l'UMP ? Je n'y crois pas un seul instant. C'est, selon moi, un signe de désenchantement, un avertissement clair donné au président de la République qui ferait mieux de ne plus dire désormais : "à élections régionales, conséquences régionales". Réponse le 21.