L'Eglise est secouĂ©e par les affaires et les soupçons de pĂ©dophilie qui pĂšsent sur elle. Les propos du Pape (dont j'apprĂ©cie moyennement l'action par ailleurs) ont Ă©tĂ© d'une grande fermetĂ©. Comme la dĂ©claration des EvĂȘques de France aujourd'hui. Ces pratiques, aussi graves soient-elles, ne doivent Ă©videmment pas jeter le discrĂ©dit sur l'Eglise tout entiĂšre. Songe-t-on Ă  fermer l'Ă©cole lorsque des instituteurs se laissent aller Ă  des tentations coupables ?

Mais il faut reconnaĂźtre que le problĂšme vient de loin : la hiĂ©rarchie catholique comme les familles ont trop longtemps sous-estimĂ© le trouble et les souffrances subis par les jeunes sur lesquels s'exerçaient allusions mystĂ©rieuses, caresses insistantes ou actes plus graves encore. Les victimes elles-mĂȘmes ne s'en ouvraient ni Ă  leurs parents ni Ă  leur entourage, de crainte de n'ĂȘtre pas compris. On couvrait souvent d'un silence faussement pudique, complaisant, voire complice, des pratiques condamnables mais rarement poursuivies.

A l'Ă©poque, le refus de regarder en face la pĂ©dophilie, dans la sociĂ©tĂ© en gĂ©nĂ©ral et dans l'Eglise en particulier, contrastait par exemple avec la sĂ©vĂ©ritĂ© du jugement portĂ© sur les prĂȘtres ayant des relations "coupables" avec des femmes, pourtant majeures et consentantes. InĂ©galitĂ© de traitement, rĂ©vĂ©latrice de la respectabilitĂ© dont l'Eglise voulait donner l'image. Abusant de l'autoritĂ© qui s'attachait encore Ă  la soutane, la pĂ©dophilie Ă©tait pourtant cent fois plus condamnable et ses consĂ©quences sur l'Ă©quilibre et la personnalitĂ© des victimes mille fois plus profondes. Ce temps est rĂ©volu aujourd'hui, il faut s'en rĂ©jouir. Mais ce trop long silence explique l'Ă©motion qui entoure la dĂ©couverte d'actes, mĂȘme trĂšs minoritaires, mais toujours inadmissibles, quels qu'en soient leurs auteurs.