Blog de Pierre Albertini

lundi 26 avril 2010

L'affaire du voile intégral



La question du voile intégral connaît depuis quelques mois un regain d'intérêt que ne justifient pas le nombre de ses adeptes mais plutôt le respect des principes. Elle a été ouverte par la commission parlementaire présidée par André Gérin, maire de Vénissieux : celle-ci a conclu en souhaitant le vote d'une résolution solennelle mais dépourvue d'effet obligatoire qui condamnerait l'usage du voile intégral dans l'espace public. Depuis, elle a rebondi avec l'initiative de JF Copée, le président du groupe UMP à l'Assemblée, et surtout avec la prise de position récente en faveur d'une loi d'interdiction, la plus générale et la plus rapide possible, par Nicolas Sarkozy.

Essayons de voir plus clair dans cette polémique. Disons d'emblée que ce débat mérite d'être ouvert même si les moyens proposés ne sont pas exempts d'arrière-pensées politiques. Ce qui choque, dans le port de la burqa, c'est d'abord l'atteinte à la dignité de la femme qui le porte. Soustraire son visage au regard des autres, c'est lui enlever une part d'elle-même, la considérer comme un être à part ne pouvant se montrer à l'égal des hommes auxquels personne n'a proposé jusqu'ici de se couvrir eux ausssi la face. Ce n'est pas non plus une prescription du Coran qui n'exige nulle part le port d'un voile intégral. Sur un milliard de musulmans dans le monde, seul un petit nombre sacrifie à la burqa qui n'est, au mieux, qu'une tradition minoritaire. Enfin, l'espace public est, par nature, un lieu d'échange et de rencontre : il implique de se présenter aux autres à visage découvert, dans l'égal respect dû à toute personne, quels que soient son sexe, son âge, sa couleur de peau. On aura compris que je suis résolument hostile au voile intégral, même porté par des femmes "volontaires" qui prétendent s'assumer ainsi librement.

Pour moi, la question majeure est celle des moyens pour y parvenir, sans céder à l'exploitation électorale ou à la stigmatisation injuste d'une religion dont on doit encourager l'esprit tolérant et non l'interprétation intégriste. La loi est-elle la réponse adaptée ? Personnellement, j'en doute. Dans une matière qui touche au vivre ensemble, à la conception de la dignité humaine, au respect de l'autre, le rappel des principes, l'explication sont toujours préférables. Une règle spontanément acceptée par le corps social a plus de force qu'une interdiction, au demeurant difficile à faire respecter dans certaines circonstances : un samedi matin, sur le marché d'une ville de banlieue parisienne, par exemple. Voter une loi, n'est-ce pas se donner bonne conscience à peu de frais, donner des gages à l'opinion publique, sans agir véritablement sur les causes? Si au sein des familles comme à l'école les principes de toute vie en communauté étaient enseignés avec force, aurions-nous besoin d'une norme supplémentaire ?

L'inflation législative n'est pas un signe de bonne santé, c'est au contraire celui d'une société dont les valeurs, la cohésion et le sens du bien commun s'effritent. Malheureusement, il est plus facile hélas de voter une loi nouvelle que de conduire une politique publique, dans la cohérence et dans la durée.

samedi 17 avril 2010

"Mémoire des futurs"



Le 27 mars, Philippe Ripoll présentait, à la librairie L'Armitière, "Mémoire des futurs", fruit d'un atelier d'écriture réalisé à partir des témoignages des habitants, sur les Hauts de Rouen. A l'origine, l'idée qu'il m'avait soumise s'inscrivait dans un travail de mémoire, encouragé par l'équipe du Grand Projet de Ville, pour conserver les traces de l'histoire et de la perception des quartiers. Illustré par une belle photo faisant surgir de la brûme le chateau d'eau du Chatelet, le livre est un récit en forme de poèmes sur l'aventure, individuelle et collective, des Hauts.

Mémoire vivante, faite de souvenirs, de craintes, de solidarités aussi, fragments de bonheurs et de peines, histoire humaine qui prend sa source dans les années 60 et interroge les lendemains à venir. Morceaux rassemblés d'une vie, d'une ville qui se construit, se déconstruit et se reconstruit sans cesse. Patiemment, Philippe Ripoll écoute, recueille, enregistre, transcrit. Il nous fait pénétrer dans tous ces mondes et dans les sentiments qui les peuplent. Une lecture recommandée à tous ceux que la politique de la ville intéresse ou concerne (chez L'Harmattan).

Aujourd'hui, que reste-t-il de l'équipe du GPV ? Démantelée, dispersée, elle a quitté les Hauts de Rouen. Une bien curieuse façon d'être au contact des habitants, de partager leurs souffrances et leurs espoirs !

mercredi 14 avril 2010

Bravo à tous les joueurs de l'USQ



Tous les Normands étaient ce soir des Quevillais. Honneur à la valeureuse équipe qui n'a rein à se reprocher ! Jusqu'au bout, elle a tenu le stade Michel d'Ornano en haleine et joué crânement sa chance. Le retour à Petit-Quevilly ne devrait avoir aucun goût amer. Car c'est une véritable épopée qu'a accomplie l'USQ, demi-finaliste de la coupe de France pour la seconde fois de son histoire.

Chapeau !

samedi 10 avril 2010

Inondations dans l'ouest



Les préfets de Vendée et de Charente-Maritime viennent de communiquer aux habitants le périmètre des zones noiresdans lesquelles les constructions (environ 1400) devront être détruites, après acquisition par l'Etat, de manière amiable ou par expropriation. On comprend l'émotion des propriétaires : les maisons, pleines de souvenirs, sont un peu une part d'eux-mêmes, de leur histoire. La perspective de les voir rasées ne peut que les attrister. S'y ajoute l'inquiétude qui plane encore sur le prix d'acquisition ou sur les conditions de leur installation ailleurs. Ce n'est donc pas de gaîté de coeur qu'ils ont entendu le représentant de l'Etat leur signifier leur sort.

Ce drame n'est pourtant pas le premier. Régulièrement, la nature que l'homme a cru pouvoir maîtriser reprend ses droits. depuis une trentaine d'années, une série de lois ont attiré l'attention es citoyens et de l'administration sur la nature et la gravité de ce risque et prévu l'élaboration de plans de prévention. Malheureusement, la succession de catastrophes n'y change pas grand chose. Beaucoup de communes, menacées, ne s'en sont toujours pas dotées. C'est là le véritable scandale. Pourquoi, en dépit de la répétition de ces drames, le rythme est-il si lent ? Les responsabilités sont évidemment partagées. Ici, les élus répugnent à prendre des mesures d'interdiction impopulaires. Là-bas, des habitants, croyant que les catastrophes n'arrivent qu'aux autres, font pression pour obtenir des permis. Et que dire des professionnels de l'immobilier poussant à la vente de terrains et à la constructions de nouveaux lotissements ? Tout cela est connu de longue date. Ce qui l'est moins, en revanche, c'est l'affaiblissement de l'autorité de l'Etat dans ce type de dossier : atermoiement des administrations centrales, recul prudent des préfets. Or, c'est lui qui devrait être le garant de l'intérêt général qui n'est pas la somme des intérêts particuliers. Je ne serais pas choqué qu'en cas de carence locale, les plans de prévention contre les risques soient imposés par l'Etat aux communes récalcitrantes. Mais est-ce dans l'air du temps ?

Moralité (si l'on peut dire) : des morts, irréparables, et un coût financier très lourd. Au bas mot, plusieurs centaines de millions d'euros, pour l'acquisition des propriétés, sans compter les dégâts causés aux digues, aux routes, aux plantations. Inconséquence quand tu nous tiens !

jeudi 8 avril 2010

L'enseignement supérieur, un atout pour les territoires



Le 31 mars, j'ai participé à un séminaire sur l'impact local de l'enseignement supérieur. A l'époque où l'université était pilotée par l'Etat et concentrée sur un petit nombre de grandes villes, cette question ne retenait guère l'attention. Aujourd'hui, au contraire, la présence d'établissements universitaires est une chance pour l'attractivité des territoires.

L'enseignement supérieur est d'abord un acteur économique de premier plan (salaires, investissement, consommation étudiante) dont les effets locaux sont parfaitement mesurables comme le montrent des études réalisées à Rennes, à Strasbourg, à Saint-Etienne, par exemple. Mais c'est aussi un catalyseur du développement : il agit sur le marché du travail en fournissant aux employeurs des jeunes qualifiés, favorise l'innovation et la créativité, contribue enfin à l'animation et à l'image des villes. On imagine mal la place de la Comédie, le cours Mirabeau ou le Capitole sans étudiants ?

Si cette question vous intéresse, consultez le site : avuf.net qui mettra prochainement en ligne la synthèse de ce séminaire.