Blog de Pierre Albertini

mercredi 26 mai 2010

Comprenne qui pourra



Les marchés sont-ils animés par une logique rationnelle ? On peut en douter à voir comment ils se retournent et sont agités de préoccupations contraires.

Il y a quelques semaines, ils s'attaquaient à certains pays européens, la Grèce, notamment, contrainte d'emprunter à des taux de plus en plus élevés qui l'étouffaient littéralement. On a dit alors que cette attitude s'expliquait par le niveau d'endettement, trop élevé, de nombreux Etats, en Europe notamment. De doctes experts expliquaient la chute de l'euro par l'impossibilité de faire face au risque de contagion affectant de plus grands pays (Espagne, Italie, France...). Longtemps paralysée par les tergiversations de l'Allemagne, l'Europe a réagi en mobilisant une série de garanties (750 milliards) provenant des Etats, du FMI et de la Banque centrale.

La réaction des marchés à cette forme de solidarité a été positive, les indices boursiers ont augmenté significativement. Mais cette embellie a été de courte durée. A nouveau, les marchés financiers connaissent une "grande déprime". On nous dit maintenant qu'elle s'explique par la crainte de voir les plans de rigueur compromettre durablement le retour de la croissance en Europe. La réalité est que la finance est devenue opaque, que les règles prudentielles ont sauté, que la recherche du profit à court terme l'emporte sur toute logique économique de long terme. A quand la régulation promise ? L'Union européenne avance à pas lents mais le Sénat américain vient d'approuver un projet assez ambitieux. Un signe d'espoir ?

mercredi 19 mai 2010

La belle attitude de Clothilde Reiss



Beaucoup de Français ont été, comme moi, profondément émus par la joie profonde de Clothilde Reiss, à son retour en France. En quelques mots simples, elle a dit sa fierté de retrouver à la fois son pays, sa famille et la liberté dont elle a été privée pendant près d'une année. Elle n'a pas manqué de rendre hommage aux iraniens avec qui elle était détenue et qui l'ont "traitée comme une soeur". Enfin, elle a dit que ses pensées allaient aussi vers les deux hommes, assis à ses côtés lors d'un procès inique, exécutés par un pouvoir barbare. Une formidable leçon de dignité et de sobriété que bien des communicants devraient méditer. Merci Clothilde !

lundi 10 mai 2010

Solidarité européenne, enfin !



Après trois mois de tergiversations, allemandes en particulier, les pays européens viennent de mettre en place des mécanismes de solidarité conséquents avec la Grèce et, potentiellement, avec les autres nations qui en auraient besoin. Ces mécanismes sont de diverse nature :
60 milliards débloqués en faveur de la Grèce
440 milliards de garanties données par les Etats
250 milliards procurés par le FMI
auxquels s'ajoute, sans qu'on puisse en définir le montant, la possibilité de rachat des dettes sur le marché, par la Banque centrale européenne, notamment. Le pragmatisme a fini par l'emporter sur la posture idéologique.

Il était temps. Après la crise bancaire qui avait provoqué l'intervention massive des Etats, c'est la zone euro et, au-delà d'elle, l'économie mondiale qui était menacée par des comportements agressifs, alimentés par l'endettement excessif de nombreux pays européens. Cela explique que le président américain ait pesé lui-aussi pour la mise en place de mécanismes de solidarité qui dépassent le seul cadre de l'Union. C'est un pas important qui a été franchi. Est-ce suffisant ? Non. L'endettement et la faible croissance La solidarité mise en place implique donc un sérieux effort des pays les plus vulnérables (la France y compris) et un rapprochement des politiques budgétaires. La création d'une monnaie commune, sans gouvernement économique commun, n'était une fiction temporaire. Ce sera la prochaine étape à franchir. Elle le sera sans doute lentement mais l'évolution est amorcée. Restera à concrétiser au niveau mondial, les engagements pris par le G 20, et c'est plus difficile encore. D'ores et déjà, c'est bien la fin de l'hyperpuissance américaine et l'avènement immédiat de la Chine (en attendant l'Inde et les autres) que consacrent ces épisodes chaotiques.

vendredi 7 mai 2010

Elections britanniques : la glorieuse incertitude des urnes



A l'heure où j'écris ce billet, les résultats définitifs des élections en Grande-Bretagne ne sont pas encore connus. Cependant, après 13 ans de gouvernement travailliste, l'interprétation du scrutin d'hier se révèle particulièrement délicate. Aucune majorité cohérente ne se dégage. Les travaillistes seront à coup sûr minoritaires à la Chambre des Communes mais les conservateurs, pourtant en tête, seront loin d'atteindre la majorité absolue : 326 sièges sur 650). Le tiers parti, les libéraux-démocrates, ne réalisent pas la percée espérée et perdront probablement des députés par rapport à la chambre sortante, malgré les bonnes prestations télévisées de leur jeune leader: Nick Clegg. Seule, une coalition (travaillistes-libdem ou conservateurs-libdem) pourra assurer le futur gouvernement d'un soutien parlementaire. Le pays, réputé pour son alternance régulière droite-gauche, va entrer dans la voie de tractations politiques dont l'issue est indécise.

Malgré une participation électorale élevée, comment ne pas ressentir une certaine déception au vu de ce verdict ininterprétable ? Les travaillistes ont perdu les élections mais les conservateurs ne les ont pas gagnées. Comme en France avec François Bayrou, l'attirance éprouvée pour la troisième voie ne se concrétise pas. Tout cela est le fruit du mode de scrutin à un seul tour et de l'inégale répartition des forces politiques sur le territoire britannique. Le premier favorise le vote "utile" et décourage les sympathisants du tiers parti. La seconde pénalise aujourd'hui les conservateurs qui, pour gagner en sièges, ont besoin d'une avance de près de 10 points en voix sur leur concurrent travailliste. Paradoxalement, c'est la plus petite formation qui va arbitrer et faire pencher la balance, soit à gauche soit à droite. On ne sait pas aujourd'hui qui va être Premier ministre. Décidément, le scrutin uninominal à un tour, célébré pour sa vertu simplificatrice, n'est plus ce qu'il était.