Blog de Pierre Albertini

mardi 30 novembre 2010

Les primaires au PS : une machine à perdre ?



Sous l'impulsion d'Arnaud Montebourg, l'abondance de candidats potentiels a conduit le parti socialiste à imaginer une procédure ouverte de sélection des présidentiables. Le terme est emprunté aux Etats-Unis où une trentaine de "primaires" plus ou moins ouvertes sont organisées, sur plusieurs mois, avant l'investiture officielle donnée aux deux grands candidats par les républicains et les démocrates. Plus récemment, la gauche italienne a également organisé deux primaires, dont la première était de pure ratification (Romano Prodi) et la seconde n'a pas permis de faire gagner le candidat choisi (Veltroni). Cela aurait dû inciter les socialistes français à la prudence : d'autant plus qu'ils avaient déjà goûté aux plaisirs de ce dispositif pour la présidentielle de 2007. On avait présenté alors la compétition entre Strauss-Kahn, Fabius et Royal comme un progrès. On sait ce qu'il advint, Ségolène Royal fut choisie par les militants mais soutenue ensuite mollement, voire contestée par l'appareil du PS. Elle en conçut une amertume qu'apparemment elle n'a pas encore digérée.

Les primaires programmées pour 2011 épargneront-elles aux candidats les déboires précédents ? On peut en douter. D'abord, le périmètre des primaires n'est pas encore défini. Des candidats autres que socialistes s'y présenteront-ils ? Pour l'instant, on ne se bouscule au portillon ni chez les écologistes ni chez les radicaux dits de gauche ni chez les centristes de Bayrou. Cela restreint sensiblement les termes du choix. Le "pacte" Strauss-Kahn-Aubry-Royal paraissait destiné à éviter la guerre des chefs pour ne tolérer que celle des sous-chefs. Or il vient de voler en éclats, si même il a jamais existé. Avant même le dépôt des candidatures, il y a déjà quatre socialistes qui se sont avancés dans l'arène, sans compter ceux qui attendent impatiemment leur heure...Cette course de lenteur a de quoi inquiéter. Avec les primaires, n'a-t-on pas pris l'effet pour la cause ? La faiblesse socialiste tient d'abord à son absence de positionnement clair et à la faiblesse de ses propositions novatrices. L'organisation de primaires ne fait en rein disparaître ce handicap. Bien plus, elle entretient un climat de compétition entre les présidentiables rivaux : pour être perçus distinctement, pour l'emporter dans le sprint final, ceux-ci sont conduits à souligner leurs différences comme ils l'ont fait en 2007. Recoller ensuite les morceaux du puzzle est toujours délicat, à quelques mois de l'échéance décisive.

On ne m'enlèvera pas de l'idée que la force d'un grand parti de gouvernement, c'est à la fois de proposer un projet et de posséder un leader, capable de l'incarner. Ce fut la force de Mitterrand, seul socialiste à avoir gagné deux fois la présidentielle. Pour l'UMP, ce fut aussi la force de Sarkozy, en 2007. Aujourd'hui, c'est moins le cas : c'est d'ailleurs pour se garder de ses "amis" (Copé, Juppé, Baroin) qu'il les a appelés auprès de lui. La tache n'est peut-être pas impossible mais ce sera difficile. Sauf si le PS, empêtré dans ses divisions, concurrencé par Mélenchon et les écologistes, prépare consciencieusement, méthodiquement sa quatrième défaite consécutive.

mercredi 24 novembre 2010

PAKISTAN-IRAN -AFGHANISTAN : quels enjeux ?



L'Université populaire de Rouen invite un chercheur de l'IRIS, Karim Pakzad, à parler de cette zone de conflits et de tensions :
jeudi 25 novembre, 18 heures
Maison des Associations (11, avenue Pasteur) -entrée libre

mardi 23 novembre 2010

Etes-vous écran ou papier ?



Depuis quelques années, je m'interroge comme beaucoup d'entre vous sur les mérites respectifs de la lecture sur écran et sur papier. Malgré une utilisation de plus en plus fréquente de l'écran, j'avais la sensation que ma lecture sur papier était plus productive dès que j'abordais un sujet un peu difficile. Une étude récente réalisée sur un échantillon de 50 personnes compare les mérites respectifs de l'écran et du papier. J'en résume les conclusions.

La lecture sur papier permet une plus grande mémorisation : 20 % de plus que sur écran si l'on en juge par les résultats de l'échantillon testé. Les auteurs de l'étude constatent par ailleurs que la lecture sur écran est nettement plus rapide, ce qui expliquerait d'ailleurs cette perte de substance. Pourquoi pas ? Mais d'ou vient cette différence de rapidité ? L'hypothèse émise par les auteurs de l'étude me laisse songeur : la lecture classique permettrait de mesurer instantanément la longueur du texte à lire ; au contraire, celle sur écran ne permettant pas de le deviner induirait un cheminement plus rapide pour en connaître le volume.

Etes-vous convaincus ? D'autres expériences, auprès d'un échantillon plus vaste, sont nécessaires. Il ne s'agit pas évidemment d'opposer l'écran au papier (ils sont désormais complémentaires) mais d'en mesurer les avantages et les inconvénients respectifs. Pour les élèves et les étudiants, notamment, ce serait bien utile.

samedi 20 novembre 2010

Et si on parlait de la France et des Français...



Le feuilleton du remaniement qui faisait les choux gras des médias depuis plusieurs mois est heureusement terminé. Le temps des supputations, de l'espoir pour les uns, de l'amertume pour les autres est enfin révolu. On nous a abreuvé d'images sur la passation des pouvoirs au seuil des ministères et le retour à la vie "normale" des évincés du gouvernement. Rarement les images et les commentaires ont été aussi éloignées des préoccupations de nos concitoyens. Et si on parlait enfin des sujets qui les intéressent et les inquiètent : l'emploi, la formation des jeunes, les solidarités, l'avenir de la France et de l'Europe. J'ai écouté attentivement les réponses du Président aux questions que lui posaient des journalistes timorés, je n'en ai rien appris de nouveau. Je doute que le discours de politique générale que prononcera bientôt le Premier ministre soit d'une autre facture. Il n'y a plus d'hyper Président, il n'y aura pas d'hyper Premier ministre. Mais qu'au moins la politique reprenne le chemin des réalités de ce monde !

samedi 6 novembre 2010

Le bal des prétendants



Le feuilleton du remaniement, commencé il y a plusieurs mois, se poursuit. Fillon, Borloo ? Tour à tour, les deux hommes tiennent la corde. Le président, dans une posture mitterrandienne, distribue les louanges à l'un et à l'autre et tente d'entretenir un suspense qui ne passionne guère l'opinion. Cette ambiance délétère rappelle les manoeuvres de la IVe République. En réalité, en évoquant un remaniement plusieurs mois à l'avance, Nicolas Sarkozy s'est piégé lui-même. Aujourd'hui, il n'a plus le choix qu'entre deux mauvaises solutions.

L'hypothèse Borloo est a priori la plus séduisante politiquement. Elle donne l'apparence d'un changement, au moins de style, et surtout neutralise les velléités d'une candidature centriste aux élections présidentielles. L'appel au ministre radical se traduirait en effet par l'entrée au gouvernement d'élus du Nouveau Centre qu'on voit mal se retourner ensuite contre le président, lors de l'échéance de 2012. A l'inverse, elle conduit à désavouer Fillon qui jouit aujourd'hui d'une certaine popularité et d'une certaine estime de l'opinion qui apprécie son calme au côté d'un président agité. En outre, le Premier ministre actuel a le soutien de beaucoup de députés UMP qui verraient d'un mauvais oeil que la conduite du gouvernement échappe à l'un des leurs.

L'hypothèse Fillon est la plus simple, elle s'inscrit dans la continuité des réformes annoncées et des rapports entre le président et son Premier ministre. Elle s'inspire d'ailleurs des mêmes motifs qui avaient conduit Giscard à maintenir R. Barre, entre 1978 et 1981. En revanche, elle ne marque aucun élan nouveau, ne signe aucun changement pour les dix-huit mois qui restent à courir avant l'élection présidentielle. Le président se priverait donc de tout joker d'ici-là. Le jeu de chaises musicales au sein du gouvernement, l'entrée de personnalités comme Alain Juppé ou Xavier Bertrand auraient sur l'opinion un bien faible impact. Au moment où les Français doutent et attendent plus que jamais un cap, une vision de la société, une plus juste répartition des efforts, ce remaniement nain risque de passer inaperçu et de faire flop (ou pschitt comme aurait dit Chirac). A annoncer trop longtemps à l'avance un possible changement, Nicolas Sarkozy a perdu tout effet de surprise ou de choc.