mardi 28 décembre 2010
Une page se ferme: le festival du cinéma nordique disparaît
Par Pierre Albertini, mardi 28 décembre 2010 à 22:58 :: General
J'ai appris avec tristesse la fin d'un festival qui avait trouvé sa place dans le paysage culturel rouennais. Créé de toutes pièces par Jean-Michel Mongrédien qui l'animait depuis plus de vingt ans, avec la passion qu'on lui connaît, ce festival nous a permis d'entrer dans l'univers des pays du Nord, proches de nous géographiquement mais en même temps si singuliers. Une occasion rare de rappeler qu'une part des racines de la Normandie lui vient des invasions scandinaves, danoises, norvégiennes notamment. Le succès a vite consacré cette entreprise audacieuse. Puis, dans les années 90, le festival s'est étendu à de nouveaux pays, au fur et à mesure que l'Europe se libérait de la tutelle soviétique. La liberté cinématographique rimait alors avec la liberté tout court.
C'est donc d'abord un grand merci que j'exprime à Jean-Michel et à toute son équipe qui préparait, d'année en année, ce rendez-vous attendu par les cinéphiles. Sans cette programmation originale, qui aurait eu accès à ces films qui n'intéressent guère, hélas, les grands circuits de distribution ? Le festival a contribué aussi à retisser des liens avec nos voisins et conforté la vocation culturelle de Rouen, dans cette partie de l'espace européen. A l'opposé des spectacles et des événements médiatiques dont on rabat les oreilles, il construisait une véritable politique dans la durée, désormais interrompue. Pourra-t-elle reprendre, un jour ?
Mais, au-delà des regrets, on peut comprendre la décision prise par les organisateurs du festival. Celui-ci est lié à un lieu : le Melville qui perpétue la présence, menacée et fragile, d'un cinéma d'art et d'essai au coeur de notre ville. Or, l'équipe municipale actuelle, entrainant dans son sillage la région et le département, a tout fait pour faire disparaître ce bien précieux, au lieu de le conforter. Après l'abandon de la médiathèque, le retrait de la co-direction de l'Opéra, le transfert de la gestion du Muséum d'histoire naturelle au département, la politique culturelle de la ville n'est plus à la dimension d'une véritable métropole.