Blog de Pierre Albertini

mardi 28 décembre 2010

Une page se ferme: le festival du cinéma nordique disparaît



J'ai appris avec tristesse la fin d'un festival qui avait trouvé sa place dans le paysage culturel rouennais. Créé de toutes pièces par Jean-Michel Mongrédien qui l'animait depuis plus de vingt ans, avec la passion qu'on lui connaît, ce festival nous a permis d'entrer dans l'univers des pays du Nord, proches de nous géographiquement mais en même temps si singuliers. Une occasion rare de rappeler qu'une part des racines de la Normandie lui vient des invasions scandinaves, danoises, norvégiennes notamment. Le succès a vite consacré cette entreprise audacieuse. Puis, dans les années 90, le festival s'est étendu à de nouveaux pays, au fur et à mesure que l'Europe se libérait de la tutelle soviétique. La liberté cinématographique rimait alors avec la liberté tout court.

C'est donc d'abord un grand merci que j'exprime à Jean-Michel et à toute son équipe qui préparait, d'année en année, ce rendez-vous attendu par les cinéphiles. Sans cette programmation originale, qui aurait eu accès à ces films qui n'intéressent guère, hélas, les grands circuits de distribution ? Le festival a contribué aussi à retisser des liens avec nos voisins et conforté la vocation culturelle de Rouen, dans cette partie de l'espace européen. A l'opposé des spectacles et des événements médiatiques dont on rabat les oreilles, il construisait une véritable politique dans la durée, désormais interrompue. Pourra-t-elle reprendre, un jour ?

Mais, au-delà des regrets, on peut comprendre la décision prise par les organisateurs du festival. Celui-ci est lié à un lieu : le Melville qui perpétue la présence, menacée et fragile, d'un cinéma d'art et d'essai au coeur de notre ville. Or, l'équipe municipale actuelle, entrainant dans son sillage la région et le département, a tout fait pour faire disparaître ce bien précieux, au lieu de le conforter. Après l'abandon de la médiathèque, le retrait de la co-direction de l'Opéra, le transfert de la gestion du Muséum d'histoire naturelle au département, la politique culturelle de la ville n'est plus à la dimension d'une véritable métropole.

dimanche 12 décembre 2010

Le monde comme il va...



A la fin de cette année, le monde offre comme toujours des images contrastées. Les unes sont désespérantes, d'autres au contraire laissent entrevoir un coin de ciel bleu. En privilégiant celles-ci ou celles-là, on peut composer un tableau bien différent. De l'actualité la plus récente, je retiens personnellement, d'un côté, l'obstination d'un président battu qui refuse de respecter le verdict des urnes, le maintien en prison du prix Nobel de la Paix que son pays qualifie de "criminel", le quasi-blocage des discussions entre Israéliens et Palestiniens ; de l'autre, l'accord -minimal certes- conclu à Cancun, la parole unie de la France et de l'Allemagne face à la crise, la création d'emplois -encore bien modeste- réalisée dans notre pays.

"Les hommes font l'histoire mais ils ne savent pas quelle histoire ils font". A chacun de vous, je souhaite la force de résister aux épreuves et de faire un pas vers les autres. A notre ville et à notre pays, je souhaite un nouvel élan, dans une démocratie apaisée et plus solidaire. Dans cette perspective, je vous propose cette définition de Marc Sangnier : "La démocratie est l'organisation sociale qui tend à porter au maximum la conscience et la responsabilité de chacun".

Bonne année 2011 !

jeudi 9 décembre 2010

Justice et droits de l'homme dans le monde



Dans le cadre de l'Université populaire, Richard Sédillot, avocat au barreau de Rouen, fera ce soir, une conférence sur "Justice et droits de l'homme dans le monde". Une réflexion salutaire sur les nécessaires progrès à accomplir, en Chine, en Afrique et même en France, le jour où sera remis, devant une chaise vide, le prix Nobel de la Paix à un Chinois emprisonné pour des raisons politiques.

jeudi 9 décembre - 18 heures - Maison des Associations (11,avenue Pasteur)

samedi 4 décembre 2010

Les établissements de réinsertion scolaire : une fausse bonne idée



Depuis la rentrée, des incidents entre élèves ont provoqué une montée des protestations sur les ERS : impréparation, moyens accordés insuffisants, cohabitation délicate avec les élèves de l'établissement d'accueil. L'idée de donner une seconde chance à des collégiens de 13 à 16 ans en galère est plus que sympathique, utile. Toute la question est de savoir comment s'y prendre. A ce jour, une dizaine d'ERS ont été mis en place. Chacun concerne dix à quinze adolescents, sortis de leur collège d'origine et transplantés (le mot n'est pas trop fort) dans un établissement éloigné de leur quartier. Le but est de les couper des influences néfastes qu'ils subissent et de les mettre en contact avec un environnement différent du leur. L'immersion n'y est cependant pas totale, les élèves en rupture étant soumis à un régime et un temps scolaires aménagés.

Quantitativement, l'expérience est limitée, ce n'est qu'une minuscule goutte d'eau au regard du nombre d'élèves, en situation d'échec à la fois social et scolaire. Elle ne peut donc être à la hauteur du problème à traiter, même si une extension des ERS est envisagée. En réalité, je doute que la formule soit adaptée. C'est à la racine du mal qu'il faut s'attaquer, dès l'école primaire, et non pas au collège où, souvent, il est déjà trop tard. La détection des difficultés d'apprentissage et de discipline est possible bien avant l'entrée en sixième. Un soutien et un suivi personnalisés sont nécessaires le plus en amont possible. Or les moyens supplémentaires accordés aux classes situées en zone prioritaire sont bien trop faibles : une étude récente de la Cour des comptes l'estimait à 6 ou 7 % à peine ! On se donne bonne conscience à peu de frais. Mais il ne faut pas alors s'étonner de la médiocrité des résultats obtenus.

La vérité est que l'école élémentaire ne joue plus aussi bien qu'autrefois son rôle de transmission d'un socle de connaissances et de règles de vie commune, pour des raisons multiples qui ne tiennent pas qu'à elle. Mais pouvons-nous longtemps encore différer une réforme d'autant plus cruciale qu'elle concerne l'avenir de beaucoup de jeunes ? Au lieu de disperser quelques centaines de collégiens dans des ERS -mesure homéopathique et beaucoup trop tardive- veillons à l'apprentissage des connaissances et des règles de vie en société dès le plus jeune âge. Evitons aussi de concentrer dans la même classe un trop grand nombre d'élèves issus de familles en difficulté ou d'immigration récente. Ce n'est pas leur rendre service que de les maintenir dans une école qui ressemble à déjà à un ghetto. C'est dès l'âge de 5, 6 ou 7 ans que la mixité s'impose. Au-delà d'un certain seuil de concentration des problèmes, leur résolution est toujours compromise.