Blog de Pierre Albertini

jeudi 27 janvier 2011

Quelle est la mission de l'Education nationale ?



Je reproduis ici la note d'information qu'une directrice d'école de Rouen vient de distribuer aux parents d'élÚves. Chacun pourra juger.

"Dans le cadre de l'enseignement des langues et cultures d'origine, votre enfant peut recevoir Ă  l'Ă©cole pour la rentrĂ©e scolaire 2011, un enseignement de la langue arabe et de sa culture d'origine (marocaine, algĂ©rienne, tunisienne) ou un enseignement de la langue et de la culture turques. Cet enseignement peut ĂȘtre un atout pour sa rĂ©ussite personnelle. Si vous souhaitez que votre enfant suive cet enseignement l'an prochain, demandez un formulaire Ă  la maĂźtresse de votre enfant (...)"

Personnellement, je suis profondĂ©ment choquĂ© par ce genre d'initiative. Naturellement, qu'un enfant d'origine Ă©trangĂšre (quelle qu'elle soit) ne soit pas coupĂ© de sa culture d'origine est trĂšs souhaitable. Mais, Ă  mes yeux, le maintien de ces liens ne relĂšve que de la sphĂšre privĂ©e. Que les familles, les associations le prennent en charge, quoi de plus naturel ? Mais cela n'entre pas dans la mission de l'Ă©cole de la RĂ©publique qui doit ĂȘtre la mĂȘme pour tous. A-t-on jusqu'ici dispensĂ© des cours aux Ă©lĂšves dont les familles venaient d'Italie, d'Espagne, de Pologne ou du Portugal, par exemple ? Je croyais jusqu'ici que la mission de l'Education nationale Ă©tait d'apprendre le français Ă  tous ses Ă©lĂšves. La maĂźtrise de notre langue est en effet un facteur de rĂ©ussite scolaire, d'intĂ©gration sociale et plus tard d'insertion professionnelle. Qui peut croire qu'on rendra service Ă  ces enfants, en ajoutant Ă  leur apprentissage du français (et quelquefois de l'anglais) celui de leur langue d'origine ? Ce n'est pas ainsi qu'on rĂ©tablira l'Ă©galitĂ© des chances !

Enfin, le choix de l'arabe et du turc est une insulte aux autres familles, d'origine européenne, africaine ou asiatique. Pourquoi exclure le roumain, le wolof ou le chinois, par exemple ? Rien ne justifie une telle discrimination. ll est temps de revenir aux fondamentaux : l'école est laïque et républicaine, elle respecte la diversité mais n'en privilégie aucune.

vendredi 21 janvier 2011

Céline, retiré des célébrations nationales



Frédéric Mitterrand ne brille ni par son courage ni par la fermeté de son jugement. Sous la pression de quelques habitués de la pétition, il vient de retirer Céline des célébrations nationales pour 2011. Soyons clairs ! Inscrire le 50e anniversaire de la mort de Céline sur la liste des célébrations nationales n'impliquait aucun hommage de la part de l'Etat mais le simple rappel de l'importance de l'oeuvre de l'écrivain. Cela nul ne peut le contester, quoi qu'en pense notre ministre de la culture.

CĂ©line a Ă©crit des pamphlets injustifiables, son antisĂ©mitisme (partagĂ© par beaucoup de mĂ©decins dans la France des annĂ©es 30) me fait horreur. Mais il reste un Ă©crivain dont l'Ă©criture domine de la tĂȘte et des Ă©paules cette partie du siĂšcle. On lui avait dĂ©jĂ  refusĂ© le Goncourt de son vivant au profit d'un obscur concurrent qui n'est pas passĂ© Ă  la postĂ©ritĂ©. Avec Voyage au bout de la nuit, Mort Ă  crĂ©dit, D'un chĂąteau l'autre, CĂ©line, lui, a profondĂ©ment marquĂ© la littĂ©rature, n'en dĂ©plaise Ă  notre pauvre ministre.

samedi 15 janvier 2011

Espoir pour la Tunisie



Le départ peu glorieux de Ben Ali ouvre une phase de transition constitutionnelle délicate, en Tunisie. Avant l'organisation d'élections libres, attendues de longue date par le peuple tunisien, les défis à relever sont nombreux : rendre la parole à des partis laminés par la dictature, éviter le chaos et le désordre, lutter contre la corruption, remettre à sa place une police aujourd'hui discréditée. Rien n'est encore gagné mais un espoir est né, notamment chez les jeunes. En quelques semaines, le sort du régime a basculé. Il faut évidemment s'en réjouir.

En revanche, je ne fĂ©licite de leur clairvoyance ni les diplomates ni les conseillers prĂ©sidentiels. La France a Ă©tĂ© Ă  la remorque des Ă©vĂ©nements, ne trouvant pas les mots, pourtant simples, qui convenaient. RĂ©action Ă  contretemps dont les consĂ©quences ne vont pas s'effacer en quelques semaines. Pourtant, chacun sait combien les Tunisiens portent intĂ©rĂȘt Ă  ce qui se passe chez nous. A dĂ©faut de pouvoir s'exprimer librement dans leur pays, ils se passionnaient pour notre vie politique. Je l'avais constatĂ© comme parlementaire, lors d'un voyage Ă  Tunis, il y a quelques annĂ©es. Avons-nous oubliĂ© que la France n'est vraiment elle-mĂȘme que lorsqu'elle s'adresse au monde ?

lundi 10 janvier 2011

Un nouvel Opéra, à Rouen ?



Vous avez, comme moi, entendu le prĂ©sident du conseil rĂ©gional Alain Le Vern Ă©voquer le projet d'un nouvel OpĂ©ra, sur les quais de notre ville. Si nous avions Ă©tĂ© un 1er avril, j'aurais pensĂ© que la plaisanterie Ă©tait un peu grosse. Mais, c'est bien en dĂ©cembre que l'idĂ©e a Ă©tĂ© rendue publique. Comment peut-on oser exprimer pareille folie ? Je ne parlerai mĂȘme pas de la situation des finances publiques dans notre pays qui impose des choix plus judicieux encore que par le passĂ©. Je ne rappellerai pas non plus que le prĂ©sident du conseil rĂ©gional s'est fait une spĂ©cialitĂ© de la dĂ©nonciation, Ă  tour de bras, du dĂ©sengagement de l'Etat. J'invoquerai seulement le mĂ©pris de l'histoire et de la tradition lyrique de Rouen dont ce projet absurde tĂ©moigne. Le ThĂ©atre des Arts a Ă©tĂ© reconstruit, dans les annĂ©es soixante, pour ĂȘtre un signal fort : l'Ă©difice, aux lignes classiques, est symboliquement situĂ© Ă  l'entrĂ©e de la ville et tournĂ© vers la Seine. Tout cela ne rĂ©sulte pas du hasard ou de la fantaisie des Ă©lus de l'Ă©poque.

Faudrait-il en faire table rase ? Rappelons enfin que la cage de scĂšne du TDA, conçue pour la musique, vient d'ĂȘtre modernisĂ©e Ă  coups de millions d'euros. Que pense de ces fariboles le maire de Rouen qui a hĂ©las abandonnĂ© Ă  la seule rĂ©gion la codirection de l'OpĂ©ra ? PlutĂŽt que de lancer une idĂ©e aussi saugrenue, le prĂ©sident Le Vern devrait se soucier du rayonnement artistique de la maison. J'entends dire que la programmation n'est pas exceptionnelle, que le nombre des abonnĂ©s est en baisse. A mes yeux, il Ă©tait plus important de conserver un directeur ayant une vraie sensibilitĂ© musicale que de se lancer dans ce projet fou.

"Les lignes malades de la SNCF"



Aujourd'hui, le PDG de la SNCF Guillaume Pépy vient enfin de reconnaßtre qu'une douzaine de lignes, qualifiées de "malades", souffraient de retards chroniques, de vétusté des matériels, d'un manque cruel d'informations...Il a donc annoncé que des moyens seraient affectés à leur amélioration. Espérant voir la ligne Rouen-Paris figurer dans cette liste, je me suis précipité sur le communiqué publié par la SNCF et par les médias. Nenni ! Pour l'instant, on parle, notamment, de Paris-Tours, Paris-Amiens, Paris-Le Mans et de lignes du RER parisien. Rien encore pour la Normandie. Comme vous, j'attends avec impatience la liste définitive. il serait aberrant que nous n'y figurions pas.

mercredi 5 janvier 2011

Un peu de pudeur s'il-vous-plaĂźt.



StĂ©phane Hessel, dans un petit livre qui se vend trĂšs bien, nous invite Ă  nous indigner. Aujourd'hui, Ă  quelques minutes d'intervalle, j'ai ressenti comme deux bouffĂ©es de chaleur qui ressemblent fort Ă  de l'indignation. Parcourant le premier numĂ©ro de Rouen Magazine, qui fait en images le bilan de l'annĂ©e Ă©coulĂ©e, je lis avec surprise que l'Ă©quipe municipale se dĂ©livre un incroyable "10 sur 10". La sagesse populaire dit certes qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-mĂȘme. Mais enfin, s'accorder une telle rĂ©ussite, c'est un peu fort de cafĂ© ! Pourquoi pas 12 sur 10 ou 20 sur 10 ? A ce tarif, rien ne compte vraiment plus.

Peu aprÚs, écoutant les infos sur une chaine de télé, j'entends la sémillante Nadine Morano, sortant du premier conseil des ministres de l'année, évoquer tout de go "la France nouvelle", celle que dessinent les réformes présidentielles. Jusqu'à cet instant mémorable, j'ignorais totalement que l'ambition de Sarkozy fût de créer une autre France. J'avoue cependant ne l'avoir pas encore rencontrée.

En réalité, trop, c'est trop ! Si la France en général et Rouen en particulier se portaient si bien, cela se saurait. Un peu de lucidité et de modestie rendraient certainement plus crédible le discours officiel.