Blog de Pierre Albertini

mardi 22 février 2011

La voix de la France



La France a-t-elle encore une politique étrangère qui lui soit propre ? J'en doute. Le retard avec lequel elle a réagi aux événements en Tunisie, en Egypte est consternant. A l'image de l'attitude arrogante de notre nouvel ambassadeur à Tunis qu'on aurait dû aussitôt rappeler à Paris, après sa désastreuse prestation et ses excuses emberlificotées. Déjà, Bernard Kouchner n'était ni une trouvaille ni une flèche. Notre président a cru qu'un alignement sur les positions américaines nous serait profitable. Funeste erreur ! Que nous a rapporté la réintégration dans le commandement militaire de l'OTAN ? Joue-t-on un rôle quelconque dans le conflit israélo-palestinien ? Quelle sera demain notre influence en Méditerranée ?

Bien-sûr, il y a la présidence du G 20 sur laquelle Nicolas Sarkozy a beaucoup misé. Mais il ne faut pas en attendre de miracle. Passé le risque d'effondrement du système bancaire, les Etats retrouvent leurs réflexes nationaux traditionnels : chacun pour soi. Et la Chine n'est pas la dernière en ce domaine. Je serais très agréablement surpris si la présidence française obtenait des résultats significatifs dans les prochains mois.

Jusqu'ici, la diplomatie de notre pays faisait l'objet d'un large consensus : indépendance, dans la solidarité de nos alliances. Il est rompu aujourd'hui. Quant à l'Europe, qui aurait pu parler d'une voix forte, elle est comme tétanisée par la peur de prendre des initiatives. De Gaulle, réveille-toi ! Ils sont devenus fous.

vendredi 18 février 2011

Fréquence des inondations et gaz à effet de serre



Ces derniers mois ont vu des précipitations diluviennes s'abattre sur certains pays comme le Brésil, l'Australie, l'Afrique du sud, la Colombie. S'agit-il seulement de catastrophes naturelles ou sont-elles accélérées par le changement climatique ? La controverse alimentée par Claude Allègre et quelques autres scientifiques devrait s'apaiser désormais. En effet, pour la première fois, deux études, publiées dans la revue Nature (17 février) apportent des éléments de réponse précis.

La première, réalisée par des Canadiens, analyse la fréquence des précipitations extrêmes, dans l'hémisphère Nord, de 1951 à 2003 : elle montre que l'intensification de ces phénomènes est due pour une large part à l'émission de gaz à effet de serre, provoquée par les activités humaines. La seconde, conduite par des universitaires d'Oxford, s'attache ponctuellement aux inondations qui ont dévasté le Pays de Galles et l'Angleterre, en 2000 : à l'aide de plusieurs milliers de simulations, les auteurs démontrent que le risque de précipitations anormales augmente 9 fois sur 10 de plus de 20 % et 2 fois sur 3 de plus de 90 %.

Certes, les activités humaines ne sont pas les seules responsables de la survenue de telles catastrophes (on ne l'a jamais prétendu) mais on peut désormais en mesurer l'amplification résultant des gaz à effet de serre. Il est inutile de souligner combien le défi à relever est important, y compris pour l'agriculture mondiale.

La France est-elle gouvernable ?

Pour ceux que le sujet intéresse, je viens de publier ce livre. En voici la présentation de l'éditeur ainsi que quelques extraits : "A bien des signes, et encore plus vue de l'étranger, la France semble difficile à gouverner. Le tableau de ses oscillations politiques est ici brossé : la succession de cycles montre qu'il n'y a aucune fatalité dans le destin ou le tempérament national. L'auteur cherche les causes de notre affaiblissement dans l'organisation de la société et la défaillance de ses structures. Il appelle à une nouvelle régulation sociale fondée sur un équilibre entre valeurs collectives et valeurs individuelles."

Lire la suite

samedi 12 février 2011

L'écho des vagues



J'ai découvert ce matin une librairie entièrement consacrée à l'histoire, aux paysages de la Normandie. C'est une belle initiative, à encourager. Aussi, je vous invite à pénétrer dans cette antre. L'espace est réduit mais vous y découvrirez un fonds très riche d'ouvrages et de revues (y compris des numéros anciens). Une excellente occasion d'approfondir notre connaissance de la région, l'année même du 1100e anniversaire de la création du duché de Normandie, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte
L'écho des vagues, librairie, rue des Boucheries Saint-Ouen.

vendredi 11 février 2011

La folle nuit des Egyptiens



Après trente ans de pouvoir, Hosni Moubarak a démissionné. Le Caire est en liesse. Bien sûr, rien n'est encore définitivement gagné. Mais est-ce une raison pour ne pas partager la joie d'un peuple qui a voulu tourner une page de son histoire. Après la Tunisie et l'Egypte, à quand le tour de l'Algérie ?

samedi 5 février 2011

L'odieux assassinat de Laëtitia



Fallait-il réagir, à chaud, après le meurtre sauvage de Laëtitia qui a bouleversé l'opinion ? J'avoue humblement que je ne sais pas quelle attitude aurait été préférable. Se taire, est-ce compatible avec l'intensité de l'émotion que nous ressentons tous ? S'il faut parler alors, avec quels mots le faire ? Depuis quelques jours, les donneurs de leçons s'expriment dans tous les rangs. Est-ce le meilleur moyen d'apaiser la colère et, surtout, de rendre, à l'avenir, de tels drames moins fréquents ?

C'est le président de la République qui a ouvert le feu : sans nuance ni précaution de langage. Sa parole aurait été aussi forte s'il avait dit simplement : "si l'enquête prouve que des fautes ou des négligences ont été commises, les responsables seront sévèrement punis". De leur côté, les syndicats de magistrats et de policiers se sont drapés dans leur dignité outragée, criant à la stigmatisation de la justice et de la police. Mais la justice comme la police sont des services publics qui ne peuvent s'exonérer de toute responsabilité.

Dans L'Idiot, Dostoïeivski écrit qu'"entraîné par la passion, l'homme s'aveugle, perd le jugement et agit comme un petit sot, eût-il d'ailleurs la sagesse de Salomon". Il faudra hélas beaucoup d'énergie pour réparer ces dégâts inutiles.