
Comme pour chaque élection présidentielle, un flot continu de sondages va submerger la France (nous détenons d'ailleurs le record mondial des sondages préélectoraux). Celui qui vient d'être publié par Le Parisien a alimenté la chronique et continuera sans doute de le faire. Pour la première fois, il donne la candidate du Front National en tête des intentions de vote...14 mois avant la présidentielle d'avril-mai 2012. Jusqu'ici, les instituts de sondage éprouvaient un peu de mal à mesurer les préférences électorales en faveur de l'extrême droite, qu'ils sous-estimaient souvent. On se rappelle la surprise ressentie le 21 avril 2002. Or, cette fois, bien avant l'échéance, la pôle position est attribuée à Marine Le Pen. Je ne mets pas en doute le sérieux de la méthode suivie par l'institut concerné, je sais aussi qu'un tel sondage n'a pas de caractère prédictif, surtout si loin de l'élection réelle. J'observe seulement que les intentions de vote n'ont été recueillies qu'à travers internet auquel 2/3 des foyers français sont raccordés aujourd'hui. Peut-être, convient-il d'envisager avec prudence le résultat présenté ?
Quoi qu'il en soit, même si une marge d'incertitude subsiste, il serait vain de nier la montée du FN. Pourquoi se cacher derrière son petit doigt ? Le refus de nommer certains problèmes et surtout l'incapacité à leur trouver des solutions expliquent cette poussée de l'extrême droite, en France comme dans toute l'Europe comme l'ont montré des scrutins récents chez nos voisins. En ce sens, la responsabilité ne peut être que partagée. Il n'y a que les dirigeants socialistes pour croire que cet échec n'est imputable qu'au président de la République. Si l'analyse était juste, la gauche en profiterait. Or, ce n'est pas le cas, les électeurs ne lui font pas plus confiance qu'à l'UMP. De deux choses l'une : ou bien, les partis et les candidats sauront évoquer les inquiétudes de nos concitoyens et leur proposer des perspectives et le vote extrémiste diminuera, ou bien, ils continueront de mouliner leur discours dans le vide et un nouveau 21 avril se reproduira. Le pire n'est jamais sûr !
En revanche, on ne m'empêchera pas de penser que ce sondage vient, pour certains, à point nommé. A qui ses résultats peuvent-ils servir ? A l'évidence, au président sortant qui ne manquera pas de pointer les "dangers", pour lui, de candidatures multiples, au centre droit et à droite. Suivez mon regard : cela ne concerne pas Hervé Morin qui culmine à 1 % mais plutôt Dominique de Villepin crédité de 7 % ou l'hypothétique Jean-Louis Borloo qui multiplie ces temps derniers les allusions aux bienfaits de l'"humanisme radical". Ce sondage ne fait pas vraiment les affaires de Martine Aubry mais donne du grain à moudre à Dominique Strauss-Kahn qu'on croit plus capable, aujourd'hui, de distancer Sarkozy au 1er tour. Enfin, Eva Joly, déjà largement plombée par sa propre campagne se sort pas, non plus, renforcée de cette première esquisse : c'est Nicolas Hulot qui va sentir les ailes de son ULM pousser plus encore. Curieusement, François Bayrou, crédité de 8%, pourrait aussi se voir conforté dans sa démarche de "ni gauche ni droite".
Bref, dans tout cela, il n'y a rien d'innocent. Comme Maigret, il faut toujours se demander à qui profite le crime.