
Dans ce monde où une information chasse l'autre, une émotion éclipse l'autre, le "concert" des médias n'est pas un vain mot. Tous sont animés par la recherche de l'audimat, c'est-à -dire des meilleures parts de marché. Dans cette course, ils se précipitent, dans un mouvement unanime, vers les sujets les plus exploitables, au détriment de ceux qui le sont moins. D'où ce conformisme qui fait se ressembler de plus en plus les chaines de télé, les journaux ou les magazines de la grande presse. Ces derniers jours, dans le genre, nous avons été gâtés.
Il y a eu d'abord le matraquage des préparatifs du mariage princier, avec les deux milliards de téléspectateurs attendus. Le jour de l'événement, la couverture a été générale, chacun y allant de son commentaire sur le protocole, la robe de la mariée, la famille royale. Peut-être, cette cérémonie a-t-elle du sens pour les Anglais, à défaut d'en avoir pour les Gallois, les Ecossais et...pour tous les autres. J'avoue que je ne suis pas sensible à ce faste, au demeurant introduit récemment chez nos voisins. La tradition est bonne fille. Je n'ai donc pas vibré aux baisers furtifs de Kate et de William et je n'en ressens aucun manque.
Depuis hier, la mort de Ben Laden a remplacé le mariage princier. Faute d'images sur l'expédition punitive, les télés ont passé leur temps à débiter les mêmes commentaires, à diffuser le témoignage de badauds plus ou moins représentatifs de l'opinion de leur pays, à recueillir l'analyse d'experts condamnés à bredouiller des hypothèses. Tout cela est assommant. Trop, c'est trop ! A qui fera-t-on croire que la mort du leader d'Al-Qaida fera disparaître les menaces de la constellation terroriste ?
Mise en scène pour détourner des vrais problèmes ? On doit s'interroger sur les effets de ce matraquage séquentiel. A l'inverse, l'hommage rendu à Jean-Paul II méritait sans doute d'être éclairé par un vrai débat contradictoire. Au-delà de la béatification (qui n'a de sens que pour les croyants), l'itinéraire de l'homme, ses appels à la jeunesse, son rôle dans l'effondrement de l'empire soviétique comme ses prises de position très controversées sur les questions de société justifiaient une série de regards croisés. Car tout cela a plus de portée que le "oui" majestueux de Westminster. Mais cela supposait une discussion, une confrontation de points de vue ni spectaculaire comme l'action d'un commando ni fleur bleue comme l'amour que se portent les jeunes mariés de Londres. On n'est pas loin d'un conditionnement auquel chaque citoyen doit opposer sa liberté de jugement.