
La proximité de l'élection présidentielle est l'occasion d'ouvrir ou de rouvrir des débats, nouveaux ou plus anciens. Les uns font partie de la confrontation normale des idées que justifie le choix électoral à venir. D'autres au contraire relèvent de la démagogie effrénée de candidats en mal d'électeurs. Le débat sur le cannabis, relancé récemment par Daniel Vaillant, ancien ministre de l'intérieur du gouvernement Jospin, fait-il partie de la première ou de la seconde catégorie ?
Notons d'abord qu'il y a une différence entre dépénalisation de la consommation et prise en charge de la vente du cannabis. Ce que propose Daniel Vaillant va beaucoup plus loin que la dépénalisation puisqu'il imagine une organisation contrôlée par les pouvoirs publics de la vente du haschisch, dans notre pays. Son argumentation s'appuie, pèle-mêle, sur l'ampleur de la consommation, la délinquance qu'elle fait naître et l'échec relatif de la lutte contre les réseaux. Mais le diagnostic (exact) ne justifie pas, à mes yeux, l'adoption de sa proposition (à la fois naïve et irresponsable). Organiser la vente du cannabis, dans des lieux, en principe contrôlés, revient en effet à faire sauter tout interdit. Ce n'est pas le meilleur message adressé aux jeunes. Si plus de 40 % ont déjà fumé, que ressentiront les 60 % qui ont refusé jusqu'ici de le faire ? Des sociologues nous expliquent que la consommation est avant tout un acte de transgression d'un tabou. Peut-être mais comment savoir quel effet la légalisation du cannabis aura sur les autres, plus nombreux encore ?
Regardons autour de nous, au lieu de contempler notre nombril ! Les pays qui, comme la Hollande, ont eu longtemps l'attitude la plus libérale en sont revenus. L'ouverture des "coffee shops" a-t-elle supprimé les trafics, fait baisser la consommation et la délinquance ? Hélas, non. Mais plus encore, c'est l'idée même de drogue "douce" qu'il faut combattre. Le cannabis n'est pas une substance neutre, elle provoque des effets psychiques non négligeables. Sinon, comment expliquer que les conducteurs ayant fumé soient deux fois plus dangereux que les autres, ce que confirment toutes les analyses récentes ? On nous dit aussi que le haschisch ne génère aucune accoutumance. Il suffit de constater l'irritation qu'éprouvent des consommateurs réguliers en manque pour se convaincre de la vanité de tels propos. Naturellement, ce n'est pas le cas d'un fumeur occasionnel comme d'ailleurs des consommateurs épisodiques de vin et de tabac (qui, à usage répété, provoquent aussi des addictions). Enfin, n'oublions pas que la consommation de joints, insignifiante au départ devient, statistiquement, assez souvent le premier pas vers une prise ultérieure de substances plus nocives encore comme la cocaïne.
Le sujet est trop sérieux pour être abandonné aux fantaisies d'un calendrier électoral. C'est avant tout une préoccupation de santé publique qui doit nous guider. Quels principes pour orienter, promouvoir l'éducation des jeunes, c'est-à -dire leur apprentissage progressif d'une liberté qu'on ne peut assumer d'un seul coup ? La proposition de Daniel Vaillant, qui ne fait pas l'unanimité dans son propre camp, part d'un bon sentiment : lutter contre l'économie souterraine de la drogue qui infeste beaucoup de nos quartiers. Mais, elle serait, à mon sens, ravageuse en terme de signal adressé aux jeunes, à un moment où déjà la société ne leur fait pas vraiment la place qu'ils méritent. Agissons plutôt sur les causes de leur mal être.