Blog de Pierre Albertini

mercredi 29 juin 2011

Libres !



Les deux journalistes pris comme otages sont enfin libres. Chacun s'en réjouit.

N'oublions pas cependant les autres otages, Français ou non, encore détenus dans le monde. Il faut continuer à parler d'eux et à y penser.

Christine Lagarde au FMI



Choisie par consensus, Christine Lagarde va donc diriger le FMI à compter du 5 juillet. On peut ressentie cette nomination de diverses façons. D'abord comme une reconnaissance quasi-unanime de son expérience et de ses compétences personnelles. On peut aussi se réjouir que l'institution soit dirigée à nouveau par une Française. Cela ne fera disparaître ni le déficit de nos finances ni notre endettement mais cela ne peut pas nuire à notre pays, en particulier pour le triple A que lui attribuent les agences de notation. Enfin, le choix d'une femme, pour la première fois, à la tête du Fonds est évidemment, à la fois, un symbole et un encouragement à la cause de l'égalité réelle des sexes. Jusque-là, le constat est largement partagé.

Mais, au-delà de ces observations sympathiques, deux questions restent entières. La première concerne l'orientation de la politique que pratiquera la nouvelle directrice du FMI. Malgré l'hommage qu'elle a rendu au travail de son prédécesseur, il est difficile de le deviner. Jusqu'ici, Mme Lagarde a eu surtout pour rôle de mettre en musique, avec talent d'ailleurs, des décisions inspirées par l'Elysée. En outre, la direction du FMI ne lui laissera pas une totale liberté, elle devra tenir compte des intérêts des Etats qui y détiennent les droits de vote les plus importants. Elle aura bien besoin de ses capacités de négociation pour les convaincre. La seconde, franco-française, concerne les suites de l'affaire Tapie : mi-juillet, on saura si des poursuites sont ou non engagées contre la ministre devant la Cour de justice de la République. Si c'était le cas, le crédit de notre pays, déjà sérieusement entamé par l'affaire DSK, en prendrait un second et rude coup. Cela ferait beaucoup en l'espace de quelques mois.

mardi 21 juin 2011

Le débat sur le cannabis resurgit



La proximité de l'élection présidentielle est l'occasion d'ouvrir ou de rouvrir des débats, nouveaux ou plus anciens. Les uns font partie de la confrontation normale des idées que justifie le choix électoral à venir. D'autres au contraire relèvent de la démagogie effrénée de candidats en mal d'électeurs. Le débat sur le cannabis, relancé récemment par Daniel Vaillant, ancien ministre de l'intérieur du gouvernement Jospin, fait-il partie de la première ou de la seconde catégorie ?

Notons d'abord qu'il y a une différence entre dépénalisation de la consommation et prise en charge de la vente du cannabis. Ce que propose Daniel Vaillant va beaucoup plus loin que la dépénalisation puisqu'il imagine une organisation contrôlée par les pouvoirs publics de la vente du haschisch, dans notre pays. Son argumentation s'appuie, pèle-mêle, sur l'ampleur de la consommation, la délinquance qu'elle fait naître et l'échec relatif de la lutte contre les réseaux. Mais le diagnostic (exact) ne justifie pas, à mes yeux, l'adoption de sa proposition (à la fois naïve et irresponsable). Organiser la vente du cannabis, dans des lieux, en principe contrôlés, revient en effet à faire sauter tout interdit. Ce n'est pas le meilleur message adressé aux jeunes. Si plus de 40 % ont déjà fumé, que ressentiront les 60 % qui ont refusé jusqu'ici de le faire ? Des sociologues nous expliquent que la consommation est avant tout un acte de transgression d'un tabou. Peut-être mais comment savoir quel effet la légalisation du cannabis aura sur les autres, plus nombreux encore ?


Regardons autour de nous, au lieu de contempler notre nombril ! Les pays qui, comme la Hollande, ont eu longtemps l'attitude la plus libérale en sont revenus. L'ouverture des "coffee shops" a-t-elle supprimé les trafics, fait baisser la consommation et la délinquance ? Hélas, non. Mais plus encore, c'est l'idée même de drogue "douce" qu'il faut combattre. Le cannabis n'est pas une substance neutre, elle provoque des effets psychiques non négligeables. Sinon, comment expliquer que les conducteurs ayant fumé soient deux fois plus dangereux que les autres, ce que confirment toutes les analyses récentes ? On nous dit aussi que le haschisch ne génère aucune accoutumance. Il suffit de constater l'irritation qu'éprouvent des consommateurs réguliers en manque pour se convaincre de la vanité de tels propos. Naturellement, ce n'est pas le cas d'un fumeur occasionnel comme d'ailleurs des consommateurs épisodiques de vin et de tabac (qui, à usage répété, provoquent aussi des addictions). Enfin, n'oublions pas que la consommation de joints, insignifiante au départ devient, statistiquement, assez souvent le premier pas vers une prise ultérieure de substances plus nocives encore comme la cocaïne.

Le sujet est trop sérieux pour être abandonné aux fantaisies d'un calendrier électoral. C'est avant tout une préoccupation de santé publique qui doit nous guider. Quels principes pour orienter, promouvoir l'éducation des jeunes, c'est-à-dire leur apprentissage progressif d'une liberté qu'on ne peut assumer d'un seul coup ? La proposition de Daniel Vaillant, qui ne fait pas l'unanimité dans son propre camp, part d'un bon sentiment : lutter contre l'économie souterraine de la drogue qui infeste beaucoup de nos quartiers. Mais, elle serait, à mon sens, ravageuse en terme de signal adressé aux jeunes, à un moment où déjà la société ne leur fait pas vraiment la place qu'ils méritent. Agissons plutôt sur les causes de leur mal être.

mercredi 15 juin 2011

La création de Pôle Emploi : un bilan décevant



Trois ans après la loi fusionnant l'ANPE et les ASSEDIC, le bilan est plus que mitigé. Non seulement, cette fusion est intervenue au plus mauvais moment, en pleine période d'augmentation du chômage, rendant plus difficile la collaboration entre organismes dont la culture était différente. Mais encore, cette réforme a été mal préparée et appliquée dans la précipitation. C'est d'ailleurs ce qu'un prochain rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental va souligner lourdement, en faisant toute une série de préconisations pour améliorer la performance du service public de l'emploi.

Le suivi personnalisé, l'accompagnement vers l'emploi, le respect des délais ne sont pas vraiment au rendez-vous de la fusion. Et je ne parle pas de la détérioration du climat social au sein de Pôle Emploi. Ce n'est pas le moment de baisser les bras ! Le niveau élevé de chômage justifie un accroissement des moyens. Il est essentiel que chaque conseiller puisse gérer un nombre moins important de demandeurs d'emploi.

Une fois encore, la leçon est claire : il ne suffit pas de voter une loi pour impulser une politique de meilleure qualité. L'entrée en vigueur d'une loi nouvelle doit être précédée d'une étude d'impact précisant les conditions de la réussite (concertation, formation, application progressive, moyens humains nécessaires). Pôle Emploi : une occasion largement manquée.