Blog de Pierre Albertini

samedi 30 juillet 2011

La zone euro n'est pas sortie des turbulences



Le deuxième plan d'aide à la Grèce a provisoirement calmé les marchés. Mais pour combien de mois ? Le mécanisme imaginé, via le fonds européen de stabilité financière, consiste à prêter à nouveau à ce pays à des taux inférieurs et pour des durées allongées, ce qui a fait dire que l'Europe achetait du temps de répit. Certes, on ne pouvait guère rester insensible aux malheurs du peuple grec, condamné à s'endetter de plus en plus lourdement et donc à s'enfoncer dans une crise à l'issue fatale. D'autant que son effondrement retentirait nécessairement sur l'ensemble des autres pays européens. En aidant la Grèce, c'est aussi le contribuable français qu'on tente d'épargner.

Pourtant, si nécessaire que soit cette solidarité, l'issue n'est pas gagnée. Certes, les Etats ne prêtent pas directement à la Grèce puisque les emprunts transitent par le FESF. Mais, ils se portent garants des prêts ainsi consentis et, en cas de défaut de remboursement, ils seraient mis à contribution. Cela explique que François Fillon ait d'ores et déjà reconnu que le second plan d'aide provoquerait un alourdissement de notre dette d'environ 15 milliards d'euros. On vient au secours des autres en s'endettant soi-même plus encore ! La réalité est que, tant que l'endettement des pays de la zone euro ne sera pas substantiellement diminué, le risque d'attaque des pays les plus vulnérables (Grèce, Portugal, Irlande, Italie, Espagne) existera toujours, compromettant ainsi la solidité de l'ensemble. Le pari n'est pas perdu mais il n'est pas gagné, non plus. Une croissance économique plus forte nous aiderait incontestablement mais, depuis de longues années, l'Europe ne parvient pas à retrouver un rythme durablement supérieur à 2 ou 3 %. On le voit, dramatiquement, avec la persistance dans de nombreux pays, dont la France, d'un taux de chômage élevé.

L'avenir est encore incertain mais cela ne justifie pas, à mes yeux, les solutions illusoires avancées par les populistes. La sortie de l'euro par exemple aurait pour notre pays, et pour les générations futures, des conséquences plus funestes encore.

vendredi 8 juillet 2011

Bilan de quatre ans de présidence



Même si les Français n'ont pas encore l'esprit à la prochaine présidentielle, les états-majors et les candidats, déclarés ou potentiels, ne pensent plus qu'au scrutin d'avril-mai 2012. Même si l'on peut en déplorer l'ampleur, la personnalisation et la concentration du pouvoir en font l'"élection reine"de notre système politique. La quasi concomitance avec l'élection législative qui la suivra de près donnera à la première une forte influence sur la seconde. En quelques semaines, notre pays choisira son Président et déterminera par son vote l'orientation du Gouvernement et de la majorité à l'assemblée. Ce n'est donc pas une mince affaire ! Avant que la campagne ne batte son plein, peut-on dresser un bilan aussi objectif que possible de l'action de Nicolas Sarkozy, à la tête de l'Etat ?

Les appréciations portées sur la présidence Sarkozy pêchent souvent par excès d'éloge partisan ou de critique systématique. Au risque de me faire foudroyer par l'un et l'autre camp, je souhaite tenter l'exercice. Je propose de passer les principaux aspects de l'action présidentielle au crible de trois types de jugement : succès, insuffisance ou échec. Ce classement est évidemment un peu schématique mais par sa simplicité, il constitue une base d'appréciation et de discussion.

Succès :
-rapidité de réaction devant le risque d'effondrement du système bancaire et présidence active de l'Union européenne
-intervention en Libye (après bien des atermoiements complices à l'égard de Ben Ali, en Tunisie)
-grand emprunt axé prioritairement sur la recherche et l'innovation
-suppression de la taxe professionnelle, "impôt imbécile" selon F. Mitterrand et pénalisant les investissements
-loi sur l'autonomie des universités, toujours ajournée par les gouvernements précédents
-statut de l'auto-entrepreneur

Insuffisance et demi-mesures :
-réduction du déficit et de l'endettement
-réforme des retraites (incomplète et peu équitable)
-système de santé (la loi HPST est une usine à gaz qui n'en améliore vraiment ni l'efficacité ni le bilan financier)
-supervision bancaire (encore à l'état embryonnaire)

Echecs :

-cohésion nationale et confiance dans l'avenir
-réduction des inégalités
-déficit commercial qui creuse notre différence avec l'Allemagne
-politique fiscale, chaotique et trop favorable aux plus aisés
-performance de l'école et rythmes scolaires
-délinquance des jeunes et violences sur les personnes
-efficacité et impartialité de la justice -

NB : Ne sont pas pris en compte ici les actions qui dépendent avant tout de l'environnement international, non qu'elles soient négligeables mais laissent à l'Etat une faible marge de manoeuvre. Il en est ainsi de la paix dans le monde, de l'équilibre nord-sud, de la politique européenne et même de la croissance économique. Sur tous ces aspects, le jugement est nécessairement plus délicat et plus nuancé. Ayons la lucidité de le reconnaître.

Cette grille de lecture est faite avant tout pour susciter un débat citoyen. Vous avez la parole.